[Entrepreneuriat] PHARMA

Interview d’Anne-Marie Noir, Président Directeur général des Laboratoires ASEPTA.

By Pascale Caron

De formation Psychologue clinicienne, diplômée de l’IAE de Paris en Administration des Entreprises elle rejoint les Laboratoires en 1994. Auparavant elle avait travaillé tour à tour comme psychologue en crèche familiale et PMI, responsable de formation et de recrutement, mais également professeur de psychologie.

À la suite du décès de son père Paul Lacroix, fondateur des Laboratoires ASEPTA, elle prend la tête de la société et la développe en favorisant l’innovation dans les produits et la renommée du « Made in Monaco » à l’international. En 2015 elle remporte le trophée « des Femmes de l’Économie de la région PACA Monaco » dans la catégorie : Chef d’Entreprise.

 Peux-tu nous parler des Laboratoires ASEPTA ?

C’est en 1943 que Paul Lacroix et Henri Mas fondent les Laboratoires ASEPTA. L’idée de départ venait des croupiers du Casino de Monte-Carlo qui se plaignaient de douleur aux pieds. C’est donc grâce à une crème podologique appelée AKILEÏNE que le laboratoire démarre. Depuis d’autres gammes prestigieuses ont vu le jour comme VITA CITRAL, ECRINAL, COUP D’ÉCLAT et dernièrement D’ÂME NATURE. Les Laboratoires ASEPTA sont une entreprise familiale co-dirigée de nos jours par les descendants des membres fondateurs.

Plus de 75 ans après sa création, nous fabriquons toujours en Principauté de Monaco des gammes dermocosmétiques qui ont acquis une renommée internationale en restant fidèles à notre devise « Recherche Qualité et Innovation ». Aujourd’hui, nous employons plus de 200 personnes dans une structure moderne régie par les normes internationales en cosmétiques. Notre présence mondiale s’étend à plus de 60 pays sur les cinq continents grâce à un réseau de distributeurs et nos filiales en Allemagne, Belgique, Suisse, Tunisie et Canada.

Quelle success-story, étais-tu préparée à prendre la co-direction de l’entreprise ?

Pas vraiment ! Dans ma vie j’ai fait des choses différentes et je me suis souvent lancée sans me poser de questions : « je prends le risque et j’y vais ». C’est en lisant « Chien perdu sans collier » de Gilbert Cesbron que j’ai su que je voulais être psychologue. À l’époque mon père m’avait soutenue « si c’est ce que tu veux faire, fais-le ». Je me suis rapidement confrontée au marché du travail, car je n’avais pas choisi une voie facile. J’ai finalement rejoint un cabinet de recrutement : c’est ainsi que je suis rentrée chez un de mes clients comme adjointe du DRH. Mon mari est psychiatre et au cours de sa coopération nous sommes partis 1 an au Sénégal, avant de nous installer à Paris. J’ai eu 2 filles et 1 garçon. Ce dernier qui a lui aussi démarré sa carrière par la psychologie a rejoint les Laboratoires ASEPTA depuis 2 ans et il prendra ma succession.

Je n’envisageais pas de rentrer à Monaco dans l’entreprise de mon père. À cette époque mon père était à un carrefour. Il fallait prendre une décision pour les Laboratoires et il m’a demandé de le rejoindre, de m’engager à ses côtés pour prendre sa succession et pérenniser ce qu’il avait construit. J’ai donc décidé de suivre une formation continue à l’IAE pour ainsi une fois mon diplôme en poche rentrer à Monaco et intégrer l’entreprise.

J’estime que j’ai eu beaucoup de chance, car je n’ai pas eu à créer cette entreprise. J’ai également un excellent associé Monsieur Georges MAS, avec qui je m’entends très bien. En 2023 ASEPTA aura 80 ans. Nous avons une très grande stabilité des salariés, certains sont restés dans l’entreprise pendant 40 ans. Nous sommes dans la période de renouvellement, parce que les baby-boomers partent à la retraite : c’est une nouvelle page qui se tourne. Nous sommes dans la continuité de la volonté de mon père : nous travaillons en famille, nous restons indépendants et nous pérennisons l’emploi à Monaco.

 Comment as-tu géré le poids des responsabilités ?

Je ne me suis jamais posé la question, j’ai appris en marchant. Pour moi le travail est une valeur essentielle. Quand j’ai commencé, il y avait beaucoup de choses que je ne connaissais pas et j’apprends toujours. Je, suis bien entourée et je délègue tout en gardant le contrôle, même si la décision finale m’incombe. Je prends toujours un temps de réflexion, mis à part des cas d’urgence. J’utilise ma formation de psychologue. J’écoute les gens et une fois que ma décision est prise je ne reviens pas dessus de manière générale. Bien sûr on a quelquefois droit à l’erreur.

J’ai vu que par ailleurs tu es très engagée, peux-tu nous parler de l’association AFCEM dont tu es la vice-présidente ?

L’AFCEM (l’Association des Femmes Chefs d’Entreprise à Monaco) a été créée il y a 15 ans. À l’époque quand j’ai participé à sa création, nous étions 10. C’était une façon de faire connaitre les entreprises gérées par des femmes qui participaient à l’essor de l’économie monégasque. À cette période elles n’étaient pas vraiment reconnues. Nous avons fait beaucoup d’actions pour les femmes à l’étranger. Cette année sous la présidence de Joanna Houdrouge nous avons décidé de recentrer l’action sur Monaco. Nous avons pour projet de mettre en place un concours pour les étudiants, sur le travail en entreprise. Nous voulons créer des binômes, fille et garçon pour montrer qu’à plusieurs on est plus forts et surtout complémentaires. À travers l’éducation et les échanges autour de ce projet notre objectif est de démontrer que même s’il existe une distinction entre les sexes elle n’est en aucun cas un frein à la réalisation de projets. Chacun peut réaliser ce qu’il entreprend.

Quel a été l’impact de la crise du COVID pour les Laboratoires ASEPTA ?

La crise a été compliquée pour tout le monde, mais notre canal de distribution étant les pharmacies nous avons eu la chance qu’elles soient restées toujours en activité. Nous avons pu rebondir après les 2 mois de confinement. Nous avons eu une grande demande sur la gamme VITA CITRAL de crème pour les mains. A contrario, la gamme Sports Akileïne, dédiée aux soins pour les sportifs, a beaucoup souffert. Nous ne sommes pas à plaindre, car nous avons eu les aides précieuses du gouvernement et les employés ont exprimé leur volonté de reprendre le travail dès que cela a été possible.

Quels sont tes prochains challenges ?

L’entreprise est un moteur qui m’apporte chaque jour défis et challenges. Nous voulons aller plus loin et développer au maximum les Laboratoires ASEPTA, en France et à l’International.

Les consommateurs évoluent et leurs exigences avec. Depuis quelques années la composition des formules était la principale considération, désormais c’est une approche plus globale : emballages, approvisionnements, déchets… Dès à présent nous testons de nouveaux matériaux pour remplacer le plastique qui devrait être interdit en 2025. Le choix est difficile, car souvent une idée vertueuse au premier abord peut s’avérer encore plus désastreuse pour la planète à long terme.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

En tout premier lieu, mon père : il s’était lancé dans l’entrepreneuriat alors que ses parents étaient issus de mondes complètement différents. Il a fait HEC et m’a toujours laissé suivre la voie que j’avais décidé de prendre. Il était très charismatique et était aussi un excellent commercial.

J’admire beaucoup Simone Veil, l’histoire de sa vie et ses batailles. La façon dont elle a rebondi en gardant son optimisme pour le genre humain après tout ce qu’elle a vécu est une grande source d’inspiration pour moi. Elle a eu une force de caractère hors norme tout en conservant sa simplicité.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Pour me reposer et me délasser, j’aime lire des polars. Je recommanderais « Le siècle » de Ken Follet. Ce livre traverse toute l’histoire depuis la 1re guerre mondiale et même si elle est romancée, elle fait réfléchir aussi sur notre époque actuelle et la montée des extrêmes.

 En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« La vie est un risque et nous sommes là pour en prendre. Quand une occasion se présente même si elle n’est pas forcément réaliste, je fonce ».


[Impact] Les Franjynes

[Impact] Les Franjynes

Entretien avec Julie Meunier, la fondatrice des Franjynes.

By Pascale Caron

Il y a eu un avant et un après…

Après des études de droit, Julie a commencé sa carrière en tant que juriste en droit immobilier dans une grande entreprise. Et puis à 27 ans, tout bascule. Elle contracte un cancer du sein qui a donné lieu à « vingt-quatre chimiothérapies, deux opérations, quarante séances de radiothérapie et cinq ans d’hormonothérapie ». À la suite de cette terrible expérience, elle crée LES FRANJYNES en 2017. C’est une collection de FRANGES, entièrement adaptées à l’alopécie et la pelade, à accessoiriser avec un turban, bonnet, foulard ou turbonnet, pour un look tendance, classique ou bohème. Elle est également une conférencière engagée. Le fruit de ses interventions permet de financer des ateliers « nouages de turbans » aux femmes touchées par le cancer.

J’ai eu la chance de croiser la route de Julie 2 fois. La première c’était à Paris en 2018 lors d’une rencontre de la région sud sur les Startup. À l’époque j’étais associée dans une startup du Tourisme et nous étions invitées à prendre la parole également. Avant de monter sur scène, Julie s’était transformée avec une frange et un bonnet qui lui donnait une allure de Rock star. Son pitch m’a profondément émue, j’en ressens encore des frissons. À l’époque mon amie d’enfance, Valérie, avait contracté un cancer et je lui ai transmis sur-le-champ le site des Franjynes. Quelque temps après Valérie m’avait envoyé une photo d’elle qui m’avait fait chaud au cœur. Elle se sentait belle et avait retrouvé sa féminité.

La 2e fois, j’ai rencontré Julie au concours GetInTheRing à Sophia Antipolis où j’officiais en tant que coach. C’est à ce moment que j’ai compris que le parcours de ce magnifique projet était semé d’embuches. Le succès de son entreprise ne tenait qu’à sa ténacité. Aucune banque n’a voulu lui accorder de prêt à cause de sa maladie. Elle a dû se battre pour réaliser ce projet et l’a fait naitre grâce à un financement participatif. Récemment, elle a signé un livre, « À mes sœurs de combat » aux Éditions Larousse. Elle y parle du cancer, l’élément déclencheur qui l’a aidée à prendre conscience qu’on se met souvent soi-même des barrières : alors que tant qu’on a la santé tout reste possible. Mais elle a surtout souhaité dire aussi combien une épreuve peut se transformer en expérience, permettre de rebondir pour oser être soi.

Elle a reçu de multiples prix parmi lesquels celui de l’entreprise solidaire du Trophée des femmes dirigeantes FCE/COTE 2021. Elle a reçu également l’inspiration 2019 de l’association Pink Ribbon Monaco, le Prix de l’engagement sociétal de EY, celui du public de l’entreprise Altruiste, Femme Sensationn’Elles ou encore le spécial coup de cœur #letsgofrance.

Le made in France et l’engagement responsable est très important pour toi. Peux-tu nous en parler ?

Nous abordons la mode de façon éthique et responsable. Tous les tissus employés ici proviennent de fins de rouleaux et stocks dormants de grandes maisons. Les bonnets sont fabriqués dans des ateliers français engagés dans l’insertion professionnelle, que ce soit pour des étudiants, des personnes en reconversion, en situation d’isolement social ou souffrant d’un handicap. De sorte qu’il existe aujourd’hui 252 revendeurs de la marque en France métropolitaine, dans les Drom-Tom, en Europe et au Canada. Dans le cadre de maladies longue durée, la parure frange et turban peut même être remboursée par la Sécurité sociale. En quatre ans, nous avons déjà permis à plus de 9 000 femmes d’avoir le choix de garder un look qui leur convient et de se réapproprier une image qui leur plait, retrouver leur identité malgré les épreuves. Nous avons créé désormais des gammes pour enfants (Les Franjynettes) ainsi que pour homme (Les Franjyns).

 Quel a été l’impact de la crise du COVID pour tes activités ?

Tout d’abord je tiens à dire que la crise de la COVID a eu un impact sur les malades du cancer, car il y a eu un recul net du nombre de dépistages. Certains ont consulté trop tard à des stades avancés et j’ai pu le constater de mon côté à notre showroom. Beaucoup de malades se sont senties laissées pour compte. Il faut savoir que le Cancer représente 430 morts par jour en France.

Le cancer n’a pas arrêté de sévir malgré l’arrivée de la Covid 19. Chez les Franjynes nous sommes aussi une entreprise du secteur de la santé, proposant une alternative à la perruque ainsi que des accessoires textiles techniques. Nous avons malgré tout réussi à poursuivre notre croissance en 2020 et à créer de l’emploi. Nous avons dû beaucoup travailler sur notre modèle économique multicanal : avec le site internet, notre showroom et notre réseau de vente en pharmacie. Nous avons beaucoup soutenu les patients. Je me suis également consacrée à l’écriture de mon livre « À mes sœurs de combat » aux éditions Larousse : comme une lettre ouverte de conseils aux malades, aux soignants et aux accompagnants.

Quels sont tes prochains challenges ?

2021 est une année encore un peu compliquée. À l’origine j’ai monté les Franjynes pour « kiffer », je ne pensais pas que gérer une société était parfois si difficile moralement et physiquement. J’adore créer de nouvelles collections, m’occuper avec mon équipe au jour le jour des clientes, pour avoir une relation très proche et personnalisée avec les patients : ça, ce n’est que du bonheur. Mais il y a aussi l’envers du décor qui représente la vie de l’entreprise et qui est moins glamour. Cette semaine par exemple, mon compte Instagram de 17 000 abonnés a été piraté et effacé. Grâce à la diligence d’Instagram France qui m’avait invité pour faire une conférence sur le body positive il y a 2 ans dans leurs locaux, nous avons réussi à le récupérer dans la nuit. C’était 5 ans de travail qui étaient partis en fumée. Ce genre de « soucis » est très énergivore et stressant et j’avoue que je n’ai pas créé les Franjynes pour ça.

Donc le gros challenge et de m’organiser différemment, mieux structurer l’entreprise, et arrêter de travailler 80 heures par semaine. Je dois également trouver du temps pour moi, car « pour aider les autres il faut savoir s’aider soi-même ».

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Philippe Croizon m’inspire vraiment : c’est un ancien ouvrier français qui est devenu athlète après la perte de tous ses membres. Malgré son handicap, il a multiplié les exploits sportifs, tels que la première traversée de la Manche à la nage accomplie alors qu’il est amputé des quatre membres, le 18 septembre 2010. Il développe également des activités de chroniqueur dans divers médias et de conférencier en entreprise. Il a écrit 2 livres que j’ai dévorés. J’ai eu la chance de la voir en conférence et j’ai une dédicace qu’il a signée en tenant le stylo dans sa bouche. Il m’a dit une phrase qui m’éclaire beaucoup : « L’impossible n’existe pas, car dans impossible il y a possible ». L’instinct de survie est incroyable, l’humain est capable de s’adapter au pire. La rencontre avec cet homme a été révélatrice, s’il y a un problème, il y a une solution.

 Tu nous conseilles donc ses livres ?

Oui sans hésitation. Sinon je suis en train de lire « Les quatre accords toltèques », un livre qui m’a été vivement conseillé par mes proches. Miguel Ruiz nous propose de nous libérer de la pression quotidienne responsable de nombreuses souffrances physiques et psychologiques. Il explique comment les sociétés contemporaines nourrissent les corps et les esprits par la peur du lendemain et limitent ainsi nos facultés à percevoir le sentiment de liberté. Je suis sûre que ces enseignements vont me permettre de trouver des clefs pour ma propre organisation et perception, afin d’avoir un meilleur équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle.

Sinon pour me délasser j’aime lire des romans historiques !

 En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Oui, celle de Philippe Croizon ne me quitte pas : « L’impossible n’existe pas, car dans impossible il y a possible ». Et « Quand la vie te donne des centaines de raisons de pleureur, montre-lui que tu en as 1000 de sourire ».


[Education] innovation

[Education] innovation

Interview de Christelle Caucheteux, fondatrice de LifeBloomAcademy : une entrepreneure sociale, professeure, exploratrice en pédagogie et passionnée par l’éducation et les Ed Tech.

By Pascale Caron

Diplômée de l’EDHEC, elle s’est consacrée pendant plus de 15 ans à l’innovation et à la réalisation d’activités internet et commerciales dans le prêt-à-porter. Elle a été tour à tour responsable du Style & du Marketing de l’Offre pour Pimkie, co-fondatrice de la marque NoBoYs en Allemagne, directrice des marchés pour la Redoute. Puis pendant 6 ans, en tant que directrice générale du réseau des diplômés EDHEC, elle a accompagné des étudiants, dirigeants et entrepreneurs dans la concrétisation de leur potentiel. Elle a été également coordinatrice pédagogique du projet Stan’up. Il s’agissait d’un concours de création d’« entreprises sociales et solidaires » à destination des collégiens et lycéens du collège et lycée Stanislas à Nice où elle a enseigné comme professeure de Sciences économiques et sociales.
Cette idéaliste pragmatique est mère de deux adolescents. À travers LifeBloomAcademy elle met ses multiples talents et son énergie bouillonnante, au service du développement personnel des enfants et adolescents.

Comment as-tu décidé de pivoter dans ta carrière, tout d’abord en devenant professeure et ensuite entrepreneure ?

Je suis issue d’une famille d’enseignants sur 2 générations. Ma prise de conscience a commencé quand j’ai réalisé que mon fils aîné ne trouvait pas sa place à l’école et se flétrissait au fur et à mesure de sa scolarité. J’ai entamé un cheminement initiatique qui m’a fait réaliser que beaucoup d’enfants étaient sous pression et se désintéressaient de l’école. J’étais alors, à la Redoute, et j’ai dû gérer un plan social ; je me suis rendue compte que je devais modifier quelque chose dans ma vie. L’éducation n’avait pas encore fait sa transformation digitale, sa mue, et je me suis alors passionnée pour l’enseignement et sa révolution. J’ai eu une révélation quand j’ai lu « l’éducation réinventée » de Salman Khan. Il est convaincu que notre façon d’enseigner et d’apprendre doit changer. Nous devons passer d’une démarche passive à une plus active. Pour lui, le cours magistral en classe et les devoirs individuels chez soi n’ont plus de sens à l’ère numérique. Il soutient le décloisonnement de la classe vers une classe unique. Elle doit être sans limites d’âge, basée sur l’entraide entre les élèves de générations différentes. J’ai mûri pendant 8 ans, le projet d’ouvrir un collège d’un nouveau genre. Tout au long de ces années, mon projet se construisait. Je me suis formée aux neurosciences, au « Design Thinking » et je me suis passionnée pour la pédagogie positive et les fondements cognitifs des apprentissages scolaires. J’étais alors à l’Edhec et je voyageais souvent. Comme j’avais peur en avion, je discutais avec mes voisins et souvent je parlais de mon rêve de création. Un jour sur le « Nice Paris », un entrepreneur me parle des « summer camps » pour les petits Américains sur l’entrepreneuriat. Cette réflexion a résonné en moi, c’est pour cela que j’ai créé des stages permettant aux jeunes de découvrir l’entrepreneuriat social. Avant d’ouvrir mon collège, je voulais être sûre de moi. J’ai donc enseigné au sein de Stanislas à Nice et du Lycée Professionnel Escoffier. Ouvrir le collège était mon projet de cœur, « ma face nord d’une falaise de glace » et pour cela je devais être préparée comme un sportif de haut niveau. Au sein de Stanislas j’ai rapidement commencé par des stages d’été ou de vacances. Je remercie M. Faivre pour se confiance.

Dans les parcours IKIGAY que j’anime, je demande aux jeunes d’imaginer qu’ils intègrent le shadow comité d’Emmanuel Macron : « Vous avez votre mot à dire : quel message voulez-vous passer ? ». La recommandation qui ressort systématiquement est : changer l’école, atténuer la pression scolaire et les défiances professeurs/élèves. Cela conforte ma conviction qu’un autre collège est possible. Un établissement où élèves et professeurs font équipe et suivent les programmes scolaires dans la joie, avec du sens, autour de projets concrets.

Peux-tu nous parler de LifeBloomAcademy ? Et tout d’abord d’où vient ce nom ?

Life Bloom signifie l’éclosion de la vie. L’adolescence est une période charnière et c’est justement le moment de leur germination, de leur transformation physique et de la perte de repères. Nous les accompagnons, à être entrepreneurs de leurs vies, à développer de « Soft Skills » afin de comprendre que le savoir être et plus important que le savoir-faire. Ils deviennent des citoyens éclairés, architectes d’un monde durable, tout en prenant du plaisir. Nous leur donnons des armes, pour mieux réussir, et se projeter dans l’avenir en stimulant leur créativité, leur confiance en eux. Ils apprennent également à se connaitre et à s’apprivoiser. Notre pédagogie est basée sur la coopération, la créativité, l’esprit d’équipe ; nous leur permettons de découvrir qui ils sont et comment ils se comportent avec les autres, et de s’épanouir pour faire grandir le monde. À l’ère digitale, bâtir un enseignement efficace encore plus humain et connecté, c’est possible et c’est ce que nous mettons en œuvre chez LifeBloomAcademy.

Nous construisons des solutions éducatives sous forme d’activités extrascolaires comme des stages à distance, ateliers hebdomadaires ou des parcours e-learning. Il s’agit de formations boosters de confiance : Start Me Up, apprentis entrepreneurs sociaux, IKigaï, trouver sa voie, School’Up, apprendre à apprendre. 

Nous avons créé un collège alternatif bilingue « Enjoyschool » situé à Cagnes-sur-Mer. Nous mixons les expériences actives et les pratiques d’entreprise. L’équipe d’animation exploite le digital, la coopération, le jeu, l’intelligence collective et le « design thinking ». Les jeunes entreprennent des projets, découvrent leurs cerveaux, trouvent leur voie et leurs talents.

 Derrière cette académie, se cache-t-il également une recherche d’utilité sociale ?

 En effet, au-delà de l’impact positif auprès des élèves et stagiaires participants à nos activités, nous souhaitons contribuer à faire avancer la recherche en éducation et à essaimer nos méthodes gratuitement auprès des parents. Nous participons actuellement au groupe de travail GTnum #Scol_IA, animé par le LINE, Laboratoire d’Innovation et numérique pour l’Éducation. Le but est de faire progresser la réflexion sur le renouvellement des pratiques numériques en intégrant l’intelligence artificielle.

D’autre part, nous avons développé la rubrique #conseils sur notre chaîne YouTube pour diffuser gracieusement une partie de nos pratiques. Nous aidons ainsi les parents en leur faisant découvrir le fonctionnement du cerveau dans l’apprentissage pour leur permettre d’accompagner leurs enfants dans les devoirs.

Quel a été l’impact de la crise du COVID pour tes activités ?

 Le confinement a été une opportunité. J’avais lancé ma campagne de crowdfunding juste avant. Pendant le confinement, nous avons assuré 100 % de nos cours en ligne. Cette expérience a fait l’objet d’un article que l’on peut trouver sur le blog de Jean-Charles Calliez d’EducPro. Cette période a renforcé l’esprit de communauté apprenante du côté élèves, mais aussi du côté enseignants. Nous avons pu également lancer des stages en ligne comme Ikigai et School’up pour des enfants à Londres, en Égypte, en Suisse : notre horizon s’est ouvert.

 Peux-tu nous parler des projets éducatifs mis en place pendant la crise ?

 Nous avons consacré des plages horaires à l’échange sur le virus, pour que les élèves puissent « déposer » leurs inquiétudes et ainsi bien préparer leur tête à travailler. Nous avons également mis en œuvre un projet interdisciplinaire sur le coronavirus, utilisant l’actualité pour apprendre. Nous souhaitions que les enfants comprennent de manière approfondie la crise pour augmenter leur confiance. Et puis, cette crise est un problème complexe à comprendre, donc un « cas d’école » parfait pour couvrir une partie du programme en étant ancré dans le réel.

 À partir de janvier 2020, chaque jeudi, lors de notre « Quoi de neuf dans le Monde ? », nous suivions la progression de cette épidémie. Le 12 mars, nous décidons de lancer le projet Étude d’une épidémie. À la manière de journalistes d’investigation, nous sommes partis à la découverte des causes de l’émergence de la Covid 19. Nous avons analysé ses impacts sur les hommes (conséquences sociales, économiques…). Ce projet a permis de mieux comprendre l’actualité et d’étudier la propagation d’une épidémie d’un point de vue mathématique, scientifique, géopolitique… et médiatique ! Nous avons abordé les épidémies de l’Histoire (Peste, Grippe espagnole.), compris le rôle de la censure. Nous avons parlé démocratie et régime autoritaire, localisé Wuhan, rappelé ce qu’est un pays émergent, une politique de prévention, une crise sanitaire (programme de géographie). Nous avons appris à déjouer les « fake news », car de nombreuses rumeurs circulaient et circulent encore sur le virus. Nous avons expliqué le rôle du gouvernement, les pouvoirs du président (programme d’EMC). Nous avons fait le lien avec le programme de SVT au collège : système immunitaire, bactéries, virus, vaccins… Nous avons travaillé sur les calculs de pourcentages en parlant d’immunité collective, compris ce qu’est une courbe exponentielle. Finalement, les élèves ont rédigé l’article, et l’ont structuré sans faute d’orthographe. Tout au long du projet, ils prenaient en charge des missions en fonction de leurs envies pour faire avancer le projet. Ils avaient une grande motivation, car c’était l’actualité.

 C’est absolument fascinant, bravo. Quels sont tes prochains challenges ?

 En tant qu’entrepreneure de l éducation, j’ai pu finaliser mon « Proof Of Concept. » Le collège existe, nous aurons 30 élèves l’année prochaine, et nous avons déjà formé plus de 600 élèves depuis le début de l’aventure. Mais ce n’est que le début, je voudrais essaimer le concept, solidifier le modèle et trouver d’autres modes de financement, notamment pour les bourses de scolarité pour nos élèves. Nous effectuons déjà des stages à Paris et grâce au numérique nous avons pu nous ouvrir à l’Europe. Sinon je rêve de faire un TED et plus tard d’écrire un livre.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Sans hésiter, Salman Khan et sa Kahn Academy, mais aussi Ken Robinson et son TED « Do school kill creativity? ». Je citerais également Claude Terosier, fondatrice de « magic makers », qui apprend aux enfants à programmer, et pour finir, Magarida Romero, la directrice du Lab de recherche en éducation numérique de Nice. Elle est incroyable et partage, collabore et anime avec enthousiasme un réseau de chercheurs et d’écoles. Elle crée des ponts entre chercheurs et professeurs. Comme moi elle est un rond dans un carré !

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Oui, plusieurs ! Tout d’abord, « Former avec le Funny learning » de Brigitte Boussuat et Jean Lefebvre. Pourquoi continuer avec le même enseignement pour tous, alors que les neurosciences révèlent que chaque cerveau est unique et apprend à sa manière ? « L’École du Colibri. La Pédagogie de la coopération » d’Isabelle Pelloux. En 2006, elle fonde une école différente, au cœur du centre agroécologique des Amanins, dans la Drôme. Elle y développe une pédagogie fondée sur la coopération entre les élèves ainsi qu’un enseignement spécifique d’éducation à la paix avec soi-même, avec les autres et avec l’environnement.

 En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Je dis fréquemment « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». C’est une citation du « Petit Prince » de Saint Exupéry.

 Merci, Christelle, pour ce cœur à cœur…


[Cosmétique] hommes

[Cosmétique] hommes

Interview de Karine Coccellato, présidente et co-fondatrice d’Archiman, une ligne de soins cosmétiques dédiée aux hommes.

By Pascale Caron

 Après des études en Économie et Finance à Sophia Antipolis, Karine a été pendant 7 ans directrice Europe et Moyen-Orient des cosmétiques Urban Decay. À la suite du rachat de la marque américaine par L’Oréal elle décide de quitter l’entreprise et de partir dans une société d’ingénierie à Sophia Antipolis. En juin 2017, elle passe le pas et crée avec sa sœur, Stéphanie, Archiman, une marque made in France, qui bouscule les codes de la beauté. Elles proposent une gamme de soins pour homme à base d’ingrédients naturels. Les packagings, d’un design Arty très original et écoresponsable, nous invitent à voir le mâle partout. Elles ont pour priorité la santé et l’environnement et ont établi une #Archiblacklist de composants controversés qui sont bannis de leurs produits.

Peux-tu nous parler de ton expérience chez Urban Decay ?

Dans les sociétés américaines, tout est possible. Pendant toutes ces années, j’ai eu la chance de m’exercer à l’entrepreneuriat. Je suis née à Nice, mais je suis partie à Paris à la fin de mes études pour travailler. À la suite d’un événement familial, j’exprime à mon boss mon désir de travailler quelques jours par semaine à Nice. Il me conseille de déménager le siège social, je n’en demandais pas tant ! Ma sœur Stéphanie me rejoint sur la partie opérations, RH et logistique. J’ai énormément appris de cette expérience et beaucoup voyagé. J’ai joui d’une grande liberté comme si c’était ma propre compagnie. Après le rachat de la société par L’Oréal, l’organisation et le modèle de management ont considérablement changé et je n’y trouvais plus ma place.

 Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

 J’étais encore au sein d’Urban Decay et on me propose alors un poste de directrice générale dans l’ingénierie à Sophia Antipolis, je décide de partir. Au cours de cette expérience qui a duré 3 ans, je n’ai pas retrouvé mon ADN, je n’étais pas dans le bon écosystème : j’ai perdu le sens. Stéphanie était restée chez Urban Decay et quand elle me conseille de fonder notre marque, j’ai accepté immédiatement !

Mon but était de me faire plaisir, de trouver du sens et créer de la valeur autour d’un produit. Je voulais me lever le matin et de me dire « j’ai accompli quelque chose ». Je me martèle souvent « Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie ». Cela me permet de ne pas regarder derrière et de repartir quotidiennement d’une nouvelle page blanche en essayant tout le temps d’être une meilleure version de moi-même. J’aime la pensée positive et je me dois d’être un modèle pour mon fils de 8 ans. Le Job le plus difficile après tout, c’est celui de maman !

Pourquoi avoir ciblé le marché des soins pour hommes ?

 On est dans un vrai marché de niche. Il n’existait pas de marque chic et élégante qui prenne à la fois soin de l’homme et de son environnement. Certains hommes identifient les marques comme Biotherm aux cosmétiques de leurs pères. Il fallait une relève qui réponde aux besoins d’une clientèle de plus en plus jeune, responsable et en quête de sens. Depuis son lancement, Archiman a eu la consécration des experts de la beauté. Nous avons déjà reçu 3 awards de référence et nous sommes en finale pour un 4e et un 5e. Nous sommes distribués à l’étranger et comptons bien continuer notre déploiement international. Je suis convaincue qu’une marque doit être honnête et généreuse pour réussir. Nous avons défini l’Archiblacklits des ingrédients controversés : c’est notre cahier des charges pour nos fournisseurs.

 Est-ce facile de travailler en famille ?

Oui. Stéphanie et moi avons des caractères diamétralement opposés et nous sommes très complémentaires. Dans les familles italiennes, on a l’habitude de vivre ensemble, on partage tout et c’est toujours « un pour, tous pour un ».

Quel est ton rôle préféré dans l’entreprise ?

 Je m’occupe de la partie création, et de tout ce qui touche au produit. J’adore rajouter ma touche d’insolence. Sur tous les packagings, j’ai introduit un crapaud, c’est ma signature qui dit « I have kissed so many frogs to find my charming Prince ».

Je me fais plaisir quand je conçois les produits. Sur le nettoyant aux acides de fruits, par exemple, on peut voir des champignons hallucinogènes (« Let’s get acid »). Le côté structuré du packaging secondaire en carton rappelle la matière des polos masculins. J’ai le souci du détail.

Pour notre logo : Je voue une passion à Chanel et j’avais envie moi aussi d’avoir mon propre monogramme. Je me suis inspirée de l’œuvre du photographe espagnol Chema Madoz et nous avons rajouté le symbole de la féminité au cœur du M d’Archiman. Les hommes ont toujours une femme dans leur vie. (C’est un petit clin d’œil à leurs mères).

Quel a été l’impact de la crise du COVID pour Archiman ?

Nos ventes à l’étranger se sont arrêtées net. Nous avions signé un contrat avec les Galeries Lafayettes et avec Selfridges à Londres, 3 semaines avant le 1er confinement. Cette crise nous a forcées à nous digitaliser et à nous concentrer sur le marché français. Nous avons recentré notre énergie sur notre cœur de marque, amélioré les packagings et avons proposé à Pierre Frolla, l’apnéiste, d’être notre égérie. C’est une belle personne, engagée, avec de jolies valeurs et il a accepté par pure générosité. Cette aventure nous a permis de faire de riches rencontres.

Comment avez-vous financé votre entreprise ?

Nous avons d’abord démarré par de la « love money ». D’anciens fournisseurs d’Urban Decay ont cru en nous et nous ont suivies. On a par la suite finalisé une deuxième levée de fonds, juste avant la crise. Nous avons réussi à créer par nos ouvertures de capital un réel écosystème au service de la marque : chacun de nos investisseurs a une vraie valeur ajoutée au sein du développement d’Archiman. On y retrouve des experts en IT, presse, distribution, finance, juridique, logistique. Et cela n’a pas de prix.

 Quels sont vos prochains challenges ?

 Continuer l’ascension d’Archiman en France et à l’étranger ! J’ai énormément d’idées qui foisonnent de partout ; je me fatigue toute seule. Je me lève la nuit et je m’envoie des mails. Je souhaiterais aller beaucoup plus loin dans la gamme et même attaquer le côté nutritionnel, « Sky Is the Limit! »

De nouvelles perspectives s’ouvrent également à nous : nous venons d’intégrer un réseau de Social Selling. C’est une startup soutenue par la French Tech qui a 1200 stylistes beauté en France et en Belgique. C’est une très bonne façon de vendre nos produits.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je n’ai pas forcément des personnes en particulier. J’ai eu la chance de beaucoup voyager pour mon métier. J’adore Londres c’est ma ville de cœur, elle est cosmopolite, vibrante. Mon plaisir est de déambuler dans les rues et prendre des idées : tout est source d’inventivité. Le marketing et les marques américaines me passionnent. Elles m’inspirent énormément. Dans le monde de la mode, je citerai bien sûr, Coco Chanel et Yves Saint Laurent. J’aime le streetart, Banksi, Brainwash et l’esprit du tatouage. On retrouve tout cela dans Archiman.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

 J’en ai un qui me parle beaucoup et que j’ai lu plusieurs fois : c’est « Les 4 accords toltèques » de Miguel Ruiz. On l’évoque souvent avec ma sœur, c’est notre « religion » pour ne pas perdre le fil. Ils sont affichés aux murs de notre société.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Aujourd’hui est le premier jour du reste de ma vie » bien sûr, et « Make it simple », c’est ce que me martelait mon patron aux usas. Je l’applique quotidiennement dans le business.


[Entrepreneuriat] Élégance

[Entrepreneuriat] Élégance

Interview de Valérie KUNTZMANN COHEN, fondatrice de MAÏKO ACCESSOIRE.

By Pascale Caron.

Alsacienne de naissance, Valérie possède un Master en Ingénierie d’Affaires internationales de l’ISG Paris. Après avoir commencé dans le shipping, elle se retrouve dans le commerce international à Monaco. Elle a travaillé successivement dans l’industrie du parfum de Luxe ou elle était chef de la zone export des produits « Mass market » pour l’Afrique de l’Ouest, puis dans une société d’import-export (Mercure Intl of Monaco), où elle était brand manager pour des  marques de prêt à porter et cosmétique en Afrique. Elle a ensuite travaillé pour M.M.C.I où elle a développé le département Logistique « Arts & Spectacles » ainsi que commercialisé l’entrepôt sous douane de la Principauté de Monaco. En juin 2018 elle décide de créer sa structure VKMC Consulting et son site internet d’accessoires de mode MAÏKO ACCESSOIRE.

Tu es une vraie globe-trotteuse, peux-tu nous parler de ton expérience dans le commerce international ?

J’ai en effet beaucoup voyagé, tout d’abord sur l’Afrique et ensuite dans le monde entier. Dans chacun des pays, je me suis intéressée à chaque personne rencontrée ainsi que leur culture et leur artisanat.

L’Afrique m’a tout particulièrement donné le goût de l’aventure et du challenge. La femme africaine m’a beaucoup inspirée. J’ai commencé dans l’industrie du parfum de luxe. Je devais organiser des tournées pour voir nos clients existants et rencontrer des prospects. Je partais toute seule et j’aimais rencontrer de nouvelles personnes avec qui échanger, des cultures différentes. Durant tous mes voyages, j’observais beaucoup.

J’ai ensuite travaillé dans une Centrale d’achat à Monaco, qui avait de nombreuses boutiques en Afrique dans l’alimentaire, le sport et le fashion. J’étais Brand Manager d’un certain nombre de marques et je passais 70 % de mon temps à l’étranger. Je partais encore une fois en Afrique pour donner des formations et m’occuper du merchandising des boutiques. On m’appelait l’Africaine blanche, car j’étais très à l’aise avec cette culture. Là encore, j’ai découvert une richesse incroyable avec un melting-pot de cultures, en voyageant non seulement en Afrique, mais également à travers le monde.

 Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

En 2018, j’ai décidé d’arrêter mon activité salariée afin de me recentrer et réfléchir à un projet qui me tenait à cœur. J’allais prendre un nouveau tournant dans ma vie. J’ai eu envie de créer une marque. Par mes différentes expériences professionnelles, je suis une spécialiste du cursus du produit. Une fois celui-ci sorti d’usine, je maitrise la logistique, la mise en place dans les boutiques, le merchandising nécessaire pour le succès des ventes. Avec un début d’idée, l’aventure pouvait commencer. De belles rencontres m’ont permis de fonder MAÏKO en avril 2018.

Au départ, ça n’a pas été simple d’endosser la peau d’un Chef d’Entreprise. Mon papa, haut cadre bancaire me répétait constamment « qu’il était important d’assurer sa retraite et donc de travailler pour un employeur ». C’est grâce à une séance d’hypnose que j’ai pu couper cet élastique qui me tirait vers l’arrière et m’empêchait d’avancer. Ça a été très efficace !

Comment est venue l’idée de MAÏKO ?

Quand j’ai quitté mon dernier employeur, j’ai pris un an pour réfléchir à ce que je voulais faire. Mon mari, chef d’entreprise lui-même me poussait à créer ma société. J’ai commencé par aider une amie à monter son business et cela m’a permis de me rendre compte que mon expérience professionnelle était un atout pour monter un business dans la mode. J’ai commencé tout d’abord avec une ligne de vêtements pour femmes rondes : c’est là que j’ai appris qu’avant de se lancer il est indispensable de faire une étude de marché. C’était un domaine très compliqué, car aucune femme ronde n’est pareille. Je me suis rendu compte rapidement que vendre sur internet sans essayer n’était pas judicieux. Je proposais également de la maroquinerie et finalement j’ai pivoté vers l’accessoire de mode. Mes collections sont façonnées en Indonésie. J’ai eu un coup de cœur pour une boutique qui m’a permis de démarrer mon histoire pour les accessoires : les voyages sont toujours les sources d’inspiration. J’ai fait pas mal de ventes éphémères et la marque se vend beaucoup sur le site par le bouche-à-oreille. 

Peux-tu nous parler du salon des services à la personne que tu organises depuis 2 ans ?

En effet je coorganise en tant que consultante (VKMC) le salon des services à la personne. Je commercialise les stands auprès des entreprises qui viennent exposer : c’est un sujet qui me parle beaucoup, car je vis la même situation au sein de ma famille. Nous en sommes à la 3e édition : les 2 premières étaient à Monaco et la prochaine se déroulera à Nice au Palais des congrès d’Acropolis le 24 février 2022. Les exposants sont divers, cela va des maisons médicalisées, aux maisons de retraite, des aides à la personne nous avons également un village de startups. C’est un beau travail d’équipe avec les organisateurs. Ce travail de conseil est un bon moyen pour moi de financer MAÏKO.

Je suis convaincue au fond de moi que ma marque va grandir !

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je suis très inspirée par les chefs d’entreprise qui sont partis de rien et qui ont réussi tout en gardant une certaine humilité, car ils savent d’où ils viennent.

Mon mari est une source d’inspiration, c’est un homme d’affaires qui prend les choses avec beaucoup de recul, avec une belle philosophie de vie, il est mon étoile. Le fondateur de Mercure international, Adnan Houdrouge, la société pour laquelle j’ai travaillé, est un homme absolument incroyable. Il est parti de quasiment rien et en 2010, Mercure international of Monaco comptait près de 5 000 salariés dans le monde entier.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

J’ai beaucoup aimé, « La stratégie de la libellule » de Thierry Marx, le Chef de cuisine. Il nous promène dans son dictionnaire de bon sens et nous donne trucs et astuces pour avancer plus légèrement dans la vie. Il nous propose de nous inspirer de la libellule qui ne va jamais en arrière, mais attend pour trouver la brèche dans le mur.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Oui, je me répète souvent « l’important c’est de s’écouter et de se faire confiance », car finalement si tu écoutes les autres tu ne fais jamais rien.


[RSE] Cosmétique

[RSE] Cosmétique

Interview de Candice Colin, CEO et co-fondatrice de BEAUTYLITIC (LITICA) et de OFFICINEA. By Pascale Caron

Candice possède un diplôme de l’institut d’Études Politiques (IEP) de Grenoble. Après une première partie de carrière pendant près de 10 ans dans de grands groupes financiers internationaux, elle s’installe en 2005 en Russie ou elle créé sa première entreprise. À son retour en France, elle crée un laboratoire cosmétique qui sera aussi à l’origine de l’appli CLEAN BEAUTY, la première appli de décryptage des cosmétiques lancée en France. En 2018, elle crée LITICA LABS, un société tech à l’origine de BEAUTYLITIC. C’est la première plateforme Saas BtoB d’analyse des cosmétiques à destination des retailers, e-commerce, marques, fonds d’investissement. Elle vient d’être récompensée par le Prix d’excellence de la beauté connectée par le magazine MARIE CLAIRE.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

J’ai fait une première partie de carrière à Paris dans de grands groupes, principalement en relations investisseurs et en conduite du changement. J’ai aussi fait partie des premiers responsables RSE en France. Je n’avais jamais songé me lancer dans l’entrepreneuriat. C’est la vie qui en a voulu autrement.

En 2005, j’ai dû m’installer en famille à Moscou alors que ce n’était pas vraiment mon choix. J’avais déjà un enfant et j’étais enceinte du 2e. Je savais qu’une expatriation de ce type était peu compatible avec la poursuite de ma vie professionnelle et je voulais plus que tout continuer à travailler. J’éprouvais une urgence de rebondir. Maitriser la langue était devenu obsessionnel, je l’ai appris à marche forcée. Les premiers mois furent très difficiles. Mais au début des années 2000, la Russie était économiquement hallucinante, le pays semblait effervescent, je crois que ça m’a portée. Petit à petit, j’ai commencé à voir les choses sous un autre angle et j’ai commencé à envisager de créer une société. Totalement inconsciente, j’ai alors approché MAGIMIX qui a miraculeusement accepté de me confier sa distribution en CEI. C’était parti.

Qu’as-tu appris lors de cette expérience ?

Ce fut finalement une aventure hors norme et indéniablement cela reste la plus grande aventure de ma vie. J’ai pu pleinement expérimenter le terme « sortir de sa zone de confort », ça fait bateau, mais c’est très vrai. J’ai fait des choses que je n’aurais jamais imaginé faire et j’ai bien compris cette maxime « il faut parfois prendre un gros risque pour aller bien au-delà ». Cette expérience a été un révélateur de moi-même.

Mais nous avons du rentrer… Nous avons choisi de nous installer à Grasse dans notre maison de vacances. Continuer de gérer ma société de France était très compliqué d’autant qu’il a fallu compter avec un imprévu familial.

En effet à cette époque mon fils ainé Noah, a été diagnostiqué avec des troubles cognitifs très sévères : multi dys et hyper actif. S’il a eu une scolarité compliquée dans le primaire, son entrée au collège a été un « game changer » et il aura 18 ans dans un mois. Le sport et la compétition de snowboard au club « Back to back » d’Isola 2000, l’ont également beaucoup aidé.

 Comment est née l’application CLEAN BEAUTY ?

La question d’une exposition aux perturbateurs endocriniens s’est peu à peu posée pour tenter d’expliquer les troubles de Noah puisqu’il n’y avait aucun antécédent familial. Je me suis alors intéressée de plus près à « cette soupe chimique » dans laquelle on était tous baignés, sans le savoir. C’est alors que je me posais beaucoup de questions, que j’ai rencontré l’une de mes associées, docteur en pharmacie industrielle, qui avait commencé à développer des soins ultra-clean. Notre société est née de notre rencontre.

Nous sommes parties du constat que tous les jours, une femme s’applique sur la peau plus de 200 ingrédients d’origine chimiques. Nous avons commencé par concevoir une marque de cosmétiques qui évacuait tous les composants controversés et nous avons choisi de la distribuer par la vente directe. Grâce à nos conseillères de vente, nous étions directement en prise avec le terrain. Nous nous sommes rapidement rendu compte que le questionnement sur les ingrédients était très fort.

C’est à ce moment que l’histoire de la société a basculé. Je me répète souvent, « rien ne se passera comme tu le penses ». Pour répondre à ces questionnements, nous avons décidé de lancer CLEAN BEAUTY une application B2C de décryptage des cosmétiques comme un « side project », pour répondre au besoin de nos clientes. Nous nous sommes lancés en même temps que YUKA (16M d’utilisateurs) et nous avons cartonné. Sans budget, sans marketing, mais avec une attente très forte nous avons recueilli rapidement 1M d’utilisateurs. Je devenais alors la créatrice de CLEAN Beauty et plus la CEO d’OFFICINEA !

Mais l’aventure ne s’arrête pas là : l’industrie de la beauté a commencé à nous contacter. Tout d’abord Guerlain, pour participer à leur comité d’éthique. Quelques mois après, Auchan, car ils s’interrogeaient sur leur démarche RSE et cherchaient une solution pour analyser leurs produits sur de très grands volumes : c’est comme cela que BEAUTYLITIC est née. Grâce à l’alliance de la science et de la tech, BEAUTYLITIC est le premier logiciel dans le cloud d’évaluation et de. Data analytics de la composition des cosmétiques à destination de l’industrie pour répondre aux grands enjeux de durabilité, devenus aujourd’hui des enjeux conso clés. La tech est un levier beaucoup plus fort que les produits, nous avons fait le choix de nous concentrer sur cette activité.

Bravo, pour ce parcours incroyable ! Quels sont tes prochains challenges ?

L’international est dans notre ligne de mire : nous avons conçu notre plateforme directement pour cela. Aux USA il n’y a pas de réglementation : en Europe on a 1300 ingrédients interdits ce qui est plutôt rassurant, contre seulement 30 aux USA. L’inquiétude sur les cosmétiques est mondiale, la nécessité de transformer l’offre aussi. Sur certains marchés, Clean Beauty peut nous servir de poisson-pilote. Nous avons pu évaluer le marché lors du CES, Las Vegas, 2019 et établi des contacts. Nous avons fait également une mission avec Rising Sud (le pôle eco région sud) en Californie.

Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?

Pendant le 1er confinement, tout s’est arrêté, pour une société qui a 2 ans c’est flippant. Mais la santé est une valeur cardinale en beauté, tout est reparti en juin. La crise du COVID accélère aussi les prises de conscience, entraine des changements de consommation et la nécessité de plus en plus pressante de transformer l’offre. Au final, le contexte actuel est un accélérateur.

 Quel a été le rôle d’InnovaGrasse, l’accompagnateur de startup dans ton développement ?

InnovaGrasse a été déterminante. C’est un écosystème entrepreneurial et scientifique génial. Elle héberge un laboratoire de la fac de Chimie de Nice Sophie Antipolis. Nous avons eu accès à des équipements incroyables qui nous ont permis de conduire nos recherches.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Les entrepreneurs en général sont une source d’inspiration. Je n’avais pas cette vision quand j’étais salariée ni en sortant de Science Po Grenoble. Je suis admirative de ceux que se lancent, car c’est une course d’obstacles permanente.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Le réchauffement climatique et l’intelligence artificielle sont pour moi les deux plus grands enjeux auxquelles l’humanité a eu faire face. Je ne peux donc que recommander la lecture d’un livre passionnant sur l’IA « IA La plus Grande Mutation de l’histoire » de Kai-Fu Lee.
Ce Taiwanais raconte comment l’IA bouleverser la planète. Il explique comment la Chine utilise « le pétrole du 21e siècle », c’est-à-dire les données générées par ses centaines de millions d’utilisateurs. Grâce à une nouvelle génération d’entrepreneurs et à une course à l’innovation encouragée par les pouvoirs publics, la Chine invente un monde où l’intelligence artificielle se déploie dans toute la société, les restaurants, les hôpitaux, les salles de classe ou les laboratoires. Kai-Fu Lee nous donne sa vision des choses, mais elle vertigineuse et doit appeler à une plus grande prise de conscience sur les impacts sociaux, économiques et géopolitiques de l’IA.

Dans un autre registre sur le monde des start-ups, « Bad Blood » de John Carreyrou est incroyable. L’histoire hallucinante de la montée et de l’effondrement de Theranos, la biotech de plusieurs milliards de dollars fondée par Elizabeth Holmes.

En 2014, la fondatrice et PDG de Theranos, Elizabeth Holmes, était considérée comme le « Steve Jobs » féminin, dont la start-up promettait de révolutionner l’industrie médicale avec une machine qui rendrait les tests sanguins beaucoup plus rapides et plus faciles. Soutenue par des investisseurs tels que Larry Ellison et Tim Draper, Theranos a vendu des actions lors d’une levée de fonds qui valorisait la société à plus de 9 milliards de dollars, portant la valeur de Holmes à environ 4,7 milliards de dollars. Il y avait juste un problème : la technologie ne fonctionnait pas. C’est un livre passionnant qui se lit comme un thriller.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Oui, elle me correspond bien et elle s’adresse également à mes clients : « Ce n’est pas la plus forte des espèces qui survit, ni la plus intelligente, mais celle qui réagit le mieux au changement. » — Charles Darwin.


[Art] Bleue

[Art] Bleue

Entretien avec Sabine Geraudie par Patricia Cressot

Sabine Géraudie, est l’auteur de « la chaise de SAB »  sur la Promenade des Anglais, au 107 Quai des Etats-Unis, au niveau du Jardin Albert 1er.

Sab est une artiste complète, peintre et plasticienne, solidaire et ancrée dans un monde malgré un contexte qui nous échappe. Entretien avec une femme comme on les admire.

Nous connaissons tous la « chaise bleue » de SAB à Nice, mais nous aimerions en savoir un peu plus, sur vous, Sabine Geraudie, l’artiste.

Je suis avant tout une autodidacte. J’ai commencé par la peinture à l’huile en faisant des répliques de grands maîtres et j’ai peu à peu développé ma technique pour la mettre au service de la création. Mon inspiration vient de la nature, en grands formats, dans un esprit toujours macrophotographique. La peinture à l’huile est restée une véritable passion pour moi. J’ai commencé par peindre des végétaux, puis les galets m’ont inspirée. À Nice ils sont gris du côté de l’Italie, ils sont plus colorés , façonnés par le ressac, limés par le bord de mer. Ils sont une jolie source d’inspiration.

Un jour, à la suite d’une commande, un client  me demande une œuvre qui doit représenter « le bonheur et la difficulté d’y accéder » et d’ajouter : « Je tiens à ce qu’il y ai une touche Niçoise ».  Je crée alors un corps asexué, qui se dresse sur des chaises bleues en quinconce et qui essaie d’attraper le soleil.  Soleil, symbole de lumière, de chaleur, d’aura, de réussite, d’or.  De cette commande est née cette œuvre , la chaise en 2D inspirée des anciennes et des nouvelles chaises mobilier qui jonchent la Promenade des Anglais .

Ce fut le début d’une belle histoire qui m’a portée vers la lumière.

Mais je suis avant tout une plasticienne et une touche à tout qui aime essayer différentes formes et matières. Je façonne les maquettes avant de mettre en forme un projet ou une commande.

Pour moi, être artiste c’est le plus beau métier du monde, car j’ai le pouvoir de tout revisiter. Je regarde encore le monde avec mes yeux d’enfant, il m’émerveille. 

 Des sculptures aux tableaux, vous diversifiez votre travail…

Je suis une véritable boulimique qui aime essayer des projets différents sans se mettre de barrières. Si j’avais une baguette magique, j’adorerais être Léonard de Vinci, soyons fous, pour toucher à tout, sans limites.

Quel a été l’impact de la covid sur votre travail et comment voyez-vous l’après-covid ?

En dehors de l’aspect terrible de la covid et de ses conséquences, j’ai pris cette période comme une opportunité. Pendant le confinement, le temps était suspendu. Ce fut un moment idéal pour me poser les bonnes questions et réfléchir à ce que je souhaitais changer dans mon travail. J’ai pu mettre à plat le côté juridique, les prix, les contrats et les certificats de confidentialité. Je me suis imposée une rigueur qui n’est pas très habituelle pour moi en tant qu’Artiste. Tout ce travail m’a permis de gagner encore plus de temps pour le consacrer à la création.

Puis, j’ai cherché à aider la communauté, à mon humble niveau. Un témoignage de médecin à la radio m’a fait prendre conscience que le corps médical se trouvait dans une sorte de tiers monde et manquait de moyens. J’ai trouvé cela inconcevable, dans une société aussi développée que la nôtre. J’ai alors décidé de mettre en place une campagne et de vendre des masques à un prix raisonnable en faveur du CHU de Nice. En un mois et demi, j’ai pu récolter 4 500 EUR. Je suis heureuse d’avoir pu me sentir utile.

Sensible à la cause des femmes, quel serait votre souhait pour rendre le monde plus égalitaire ?

Pour moi, la complémentarité entre les femmes et les hommes permet la diversité terrestre. Je souhaite juste que la femme soit plus considérée au 21e siècle. Que l’on considère qu’elle est indispensable avec ses multiples activités de femme active, de mère et de chef d’orchestre du foyer. Elle est trop souvent réduite à sa condition sexuée. Mais je suis contre un affrontement hommes/femmes. Cette diversité doit être une force et nous devons regarder au-delà de notre enveloppe humaine.

Quels sont vos prochains projets ?

Je voudrais grandir avant de vieillir. Faire, défaire, refaire et perdre moins de temps. Comme me l’a dit Pascal Coste : « on a le droit de se tromper plein de fois, mais on a pas le droit de commettre deux fois la même erreur ».

Vous êtes très impliquée, et solidaire avec le monde associatif et humanitaire. Qu’est-ce qui vous tient à cœur en ce moment ?

La cause No1, c’est celle des enfants. Leurs souffrances me sont intolérables : leur vie sera conditionnée dès leur plus jeune âge. Nous devrions agir à la racine et s’inspirer de la philosophie asiatique : on devrait faire « de la médecine préventive » au lieu d’agir après, en réparation ; cette façon d’appréhender la vie me plait.

Je suis sensible à la cause des personnes fragiles en général. Quand j’étais enfant dans les Vosges, la mort faisait partie de la vie. De nos jours, on nous parle de la mort comme une maladie honteuse que l’on cache, alors que c’est la nature. Pour de multiples raisons, la vieillesse, la maladie n’ont plus de place dans la société actuelle. On parque les personnes âgées comme des objets, alors qu’elles ont beaucoup à transmettre. On s’efforce de cacher notre vieillesse, nos rides, nos défauts. On devient égocentrique, les réseaux sociaux aggravent ce phénomène, on s’éloigne de la vie humaine.

Où est la solidarité ? Ne devrions-nous pas être plus unis et faire des choses ensemble, oser demander de l’aide pour une génération plus heureuse. Ce qui nous manque c’est une structure et la notion de famille. Il faut peut-être repenser le parcours scolaire. Avant, un enfant allait à l’école et s’il suivait un circuit court avec un brevet professionnel, il rentrait dans la vie active tôt et était fier de devenir un bon ébéniste, un bon boulanger… On est passé  à un système normalisé où tous les enfants doivent faire des études. Tous ceux qui n’y arrivent pas sont considérés comme des cancres. Mais si on leur montrait simplement, sans viser le sommet de la montagne, que l’on peut être curieux, s’éveiller à des métiers manuels ou artistiques, ils pourraient cultiver l’art d’être heureux.

Je suis convaincue que l’Art peut les aider à trouver leur voie et susciter des vocations ou des envies. Nous devons éveiller la curiosité chez l’enfant : ne serait-ce, que la rencontre avec un seul tableau peut stimuler son imaginaire. L’école doit jouer un rôle, mais c’est aussi la responsabilité des parents de prendre du temps avec leurs enfants.

En conclusion je dirai qu’il faut prendre le temps d’avoir du temps.

Retrouvez Sab sur:

Site web http://sab-nice.fr

Facebook https://www.facebook.com/sabinegeraudie/

Instagram @sabpainter


[Lieu] Bien-vivre

[Lieu] Bien-vivre

Interview de Charlotte Walhain-Vibert, fondatrice de « La Parenthèse ».

By Pascale Caron

Charlotte a été notamment responsable des relations presse France et International LVMH pour la marque Tag Heuer, et ensuite directrice de la communication digitale et presse chez L’Oréal pendant 12 ans. Après 20 ans passés en entreprise, elle décide avec sa famille de quitter Paris, changer de vie, et venir s’installer à Nice. En janvier 2020, elle inaugure « La Parenthèse » : un lieu de vie dédié au bien-être et au sport. Elle le conçoit sur le concept : du « Bien bouger, bien manger, bien être et bien vivre ».

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

L’événement déclencheur a été un burn-out. J’ai dû repenser entièrement mon mode de vie et j’ai eu l’idée de créer un tiers lieu dédié au bien-être et au sport, 7 mois après.

J’ai commencé par faire une formation de professeur de yoga en accéléré, pour avoir de la crédibilité dans le domaine. J’ai beaucoup appris et cette formation m’a enrichie spirituellement. Le yoga m’a permis de stopper les fluctuations du mental, de me réaligner avec moi-même et de me recentrer sur l’instant présent. J’ai pu comprendre le vrai sens de cette phrase.

Ce lieu que j’imaginais tournait sur le thème du bien-être, mais aussi sur les valeurs du lien et de la transmission, en réunissant toutes les activités qui m’ont aidée à surmonter ce burn-out. Cela passe par le yoga bien sûr, mais aussi la boxe qui m’a libérée de toutes mes énergies négatives. La sophrologie a été fondamentale, car elle m’a fait prendre conscience que je ne respirais plus et que je vivais totalement en apnée. J’ai également voulu développer des ateliers destinés aux parents et à leurs enfants. Durant cette période sombre, je m’étais coupée de ma famille et j’ai voulu recréer un lien de qualité. Avec nos vies actives, c’est important de garder des « parenthèses », ces moments de « lien » en famille.

Comment est née « La Parenthèse » ?

 Les rencontres sont venues naturellement à moi et je me suis entourée de professionnels du « bien bouger, bien manger, bien être » afin d’ouvrir ce lieu magique.

Pour créer un cocon végétal à deux pas de la « promenade des Anglais », je cherchais un architecte et je l’ai rencontré par un heureux hasard. On a eu tout de suite une vraie connexion entre nous. C’est l’architecte DPLG, Jessica Eisenfeld-Zakine qui a relevé le défi et m’a permis de sortir cet endroit de sa chrysalide à la date promise. Elle a créé un endroit apaisant pour le mental, une oasis de fraicheur : on y lâche ses valises. C’est un tiers lieu, entre chez soi et le bureau, un lieu de vie. On peut venir y travailler également autour d’un café et certains étudiants avaient commencé à s’approprier l’endroit. L’expérience est à haute valeur ajoutée tout en proposant des tarifs abordables.

Pourquoi ce nom ?

 En bonne marketeuse, j’ai fait une étude de marché et un focus group. Je ne réalise que maintenant que j’ai utilisé toutes mes compétences accumulées au fil des années. J’ai constitué un panel de niçoises de 30 à 65 ans. Finalement, c’est la rue du Congres à proximité de la mer, qui a fait l’unanimité : avec le parking très pratique, sa localisation à la lisière du Carré d’or, mais quand même à l’écart de l’effervescence de la ville. Elles ont voté pour « La Parenthèse », qui évoque : s’accorder un temps pour soi et mettre sa journée entre parenthèses.

 Êtes-vous impactés par la crise du COVID ?

 Nous avons ouvert le 20 janvier 2020 : je savais que l’entrepreneuriat était un chemin truffé d’embuches, mais le COVID, c’est d’une violence extrême pour une société si jeune. Je n’ai pu avoir que 56 jours d’activité avant mars 2020. Le fonds de solidarité est distribué sur la base de janvier et février 2020 : la référence n’était pas suffisante pour bénéficier des aides du gouvernement. Je me suis donc battue pour trouver des solutions afin de ne pas mourir.

Lors du 1er confinement, nous n’avons pas arrêté et avons gardé le lien avec nos clients. Nous en avons recruté d’autres en postant 2 fois par jour. J’ai créé une chaine YouTube de cours en ligne. Nous avons offert tout le savoir-faire de « La Parenthèse » gratuitement. Les périodes de confinement suivantes ont été plus dures. On se raccroche à des « quick wins », car certains peuvent venir faire du Yoga sur prescription médicale. Seuls 25 % d’entre eux sont revenus et nous continuons à recruter 2 clients par semaine. Mais bien sûr, le restaurant est fermé.

 Quels sont tes prochains challenges ?

 Mon challenge est de gagner en notoriété : nous avons 700 clients dans notre base de données, avec 300 clients réguliers. Nous avons l’ambition de devenir le lieu de référence sur le bien être à Nice. Pourquoi pas ensuite ouvrir d’autres lieux avec mes sœurs à Aix-en-Provence ou Bordeaux ? Nous voulons également nous rapprocher des grandes Sociétés de la région qui prônent le bien-être au travail et proposer des packages pour leurs employés.

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

 Plutôt qu’une personne c’est surtout une citation qui m’a inspirée tout au long de la création de « La Parenthèse ». Elle vient de Walt Disney : « Entre un rêve et un projet, la différence c’est une date ». J’avais fixé la date d’ouverture de mon projet et nous avons ouvert le jour dit.

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

 Je lis beaucoup, c’est mon moment de détente et d’évasion pour moi. Je conseillerais « Seven sisters » de Lucinda Righley. C’est l’histoire de 7 sœurs en 7 tomes. Nous sommes 3 sœurs et j’ai 2 filles, cette histoire me parle beaucoup.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

J’ai une devise qui vient de Dora l’exploratrice ! « N’abandonne jamais ». J’ai inculqué ce mantra à mes 2 filles. Quoi qu’il en coûte, on se doit d’aller jusqu’au bout, et c’est bien mon intention.


[Blue] Yatching

[Blue] Yachting

Entretien avec Claire Ferandier-Sicard par Sabina Aliyeva de Rosemont pour Sowl Initiative

Claire est dans le monde du yachting depuis plus de 7 ans et elle travaille en tant que Chief Stewardess sur différents yachts. Il y a quelques années suite à un concours JCE qu’elle gagne, elle décide de créer sa société, ETYC. Elle accompagne et forme à Monaco les equipages des yachts aux gestes « Blue ». Elle travaille en partenariat avec la mission énergétique de Monaco et développe de nombreux projets.

 Comment vous est venue cette idée ?

J’ai grandi en Guadeloupe et lorsque je venais en Métropole, vers Bordeaux, je ne me rendais pas compte de l’état de la Méditerranée. J’ai pu constater le niveau de la pollution plus tard en voguant avec les yachts et le premier déclic a été lors d’une traversée pour aller en Grèce.   Je décide alors de noter dans le livre que j’étais en train de lire, les déchets que je voyais dans l’eau tout au long de la croisière. Puis d’autres moments m’ont tout autant surpris : un jour je remplaçais une Stewardesse sur un autre yacht que celui dont j’ai l’habitude et je remarque qu’ils utilisent encore des gobelets en plastique pour le café. Ils ne se rendaient pas compte que c’est un risque de pollution . Sachant qu’un bateau ça bouge, il y a souvent du vent, ces gobelets pourraient tomber dans l’eau par inadvertance, de même pour une bouteille d’eau en plastique.  Or les études pointent des conséquences directes sur l’environnement des yachts.

J’ai donc décidé d’agir. J’ai commencé par faire des recherches sur les formations qui existaient pour les équipages, et s’il y en avait sur les bonnes pratiques à bord en matière d’écologie. Comme cela n’existait pas j’ai décidé de le créé. Je me suis d’abord formée à la norme ISO14001 qui est la plus accessible puis je me suis inspirée du Système de management environnementale pour en créer un spécialement adaptable à l’environnement instable qu’est un yacht. J’ai donc créé un « Système de Management Environnemental ETYC » très facile à mettre en place et adaptable à chaque département du bateau.

Comment avez-vous pu convaincre les propriétaires ? Sont-ils réfractaires ?

Au contraire, il y a plusieurs aspects que nous mettons en avant. D’abord, nos solutions permettent de réduire les coûts à long terme pour les armateurs, ensuite, nous leur faisons également gagner de l’espace à bord car il y a moins de stockage à faire, et enfin le service pour l’armateur reste haut de gamme, et nous leur offrons une nouvelle expérience.  D’un autre côté, l’équipage aussi y gagne notamment du temps, car moins d’achats engendre moins de temps pour aller faire les course, pour les ranger et les stocker. L’avantage que nous avons, est que la nécessité de protéger les océans n’est plus à prouver. Nous savons tous que nous devons changer, nous n’avons pas besoins de les convaincre sur ce sujet. Nous devons simplement leur expliquer que les changements que nous apprenons à l’équipage ne rendra pas le service mauvais ou leur bateau low-cost, bien au contraire. Le luxe green ça existe et nous le prouvons.

Pourquoi personne n’y a pensé avant ?

Mettre en place de nouveau process prend du temps, du moins au départ. Le plus gros travail est celui de recherche, comment remplacer ça ou ça, trouver des solutions. La première réflexion qui se fait à bord est celle-ci « j’aimerais changer ma façon de travailler mais je ne sais pas par quoi commencer ». Nous leur apportons des solutions non seulement concrètes en terme de matériel et technologie mais également en terme d’actions et de réflexions.  Sur le moment, ils n’y pensent pas car ils sont dans le « rush » des priorités, des travaux maintenance du bateau, etc et donc vont vers la facilité, la routine de travail.

Néanmoins, ils comprennent vite le bénéfice, une fois que tout est mis en place, et bien évidemment l’impact positif sur l’environnement et sur la mer.

La plaisance va-t-elle de pair avec l’écologie ?

Il n’y a aucune raison que cela n’aille pas ensemble. Les yachts ne représentent qu’1% des bateaux  et ce ne sont pas les principaux polluants mais ce sont les principaux acteurs financiers de la mer pouvant créer des innovations technologiques impressionnantes et donner l’exemple aux plus petits bateaux. Les grands chantiers type Oceanco ou Lurssen mettent en place des nouveaux procédés, pour des bateaux moins polluant en co2, moins gourmands en énergie et ces installations devraient, selon moi, aller de pair avec le comportement de l’équipage. D’autres sociétés ont développé des initiatives dans ce sens tel que Yacht Carbon offset. Le concept aide l’industrie des super yachts à contrebalancer son impact environnemental : le calcul de CO2 émis par les yachts permet à compenser en développant des énergies non polluantes, c’est la compensation carbone. Dans le Yachting il y a une course à l’innovation et elle va dans le sens de la réduction de la pollution et de l’impact sur l’environnement.

Nous nous devons d’agir ensemble, d’associer la technologie aux comportements humains à bord.

Quel est la prochaine étape au-delà de la formation ?

Je crois en la certification et j’ai créé un PAVILLON ETYC permettant de certifier que le yacht audité respecte les mesures préconisées suite à la formation. De plus en plus de capitaines sont sensibles à cette démarche et nous sommes là pour les accompagner.

 

Retrouver Claire Ferandier-Sicard et son équipe ETYC www.etyc.fr


[Soft] Skills

[Soft] Skills

Entretien avec Solenne Bocquillon-Le Goaziou, fondatrice, et CEO de Soft Kids.

By Pascale Caron.

Solenne possède un master RH de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne 1. Elle a plus de 15 ans d’expérience dans les ressources humaines, dont 10 ans à l’international. Elle a démarré sa carrière dans les groupes français Printemps et Crédit Agricole avant d’entrer chez Shell en 2005. En 2013 elle a géré la stratégie RH d’une des entités de Shell de 15 000 collaborateurs à travers le monde. En février 2019, à la suite d’une restructuration, elle quitte Shell et intègre HEC Challenge+ à destination des créateurs de startups.

En avril 2020, l’application Soft Kids sort sur les stores, avec un premier programme pour cultiver la confiance en soi.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je pense que mon parcours professionnel y est pour beaucoup. Quand j’ai rejoint Shell, un groupe anglo-néerlandais, j’ai découvert une culture d’entreprise où les softs skills étaient plus importants que les diplômes. Généralement dans une grosse société française équivalente, tu rentres sur le classement de ton école et ta carrière est alors toute tracée. Dans cette société en revanche, on favorisait la pensée critique et ta progression pouvait être accélérée en fonction de ta personnalité. J’ai un passif dans les associations et j’ai œuvré pendant 3 ans au niveau national pour l’association « promotion et défense des étudiants ». Cela m’a permis de négocier directement avec les ministères dirigés par des personnalités comme F.Fillon, G.De Robien et L.Ferry et aussi d’être auditionnée au Sénat. Cette expérience m’a permis d’acquérir des softs skills qui ont été déterminants dans l’accélération de ma carrière chez Shell !

Je me suis sentie très à l’aise dans cette équipe internationale. Mes managers hollandais, américains et singapouriens ont laissé mes ailes se déployer et j’ai innové en créant par exemple le premier programme d’accompagnement de Startup chez Shell.

Mais l’envie d’entreprendre était la plus forte. Dans mon enfance mon père a été un exemple entrepreneurial, car il était dirigeant de société. J’ai toujours su depuis toute petite que je deviendrais dirigeante d’entreprise : mais je voulais avoir un impact sur la société, il me fallait une idée. Le déclic vient en 2017, quand on me confie une mission sur les compétences du futur et les métiers de demain. Je réalise que 85 % des professions de 2030 n’existent pas encore, et je prends conscience du fait que les compétences d’aujourd’hui ne sont pas suffisantes pour s’adapter au monde de demain. La solution, pour moi, se trouve dans les softs skills. C’est pour cela qu’en 2019, j’ai créé une application pour accompagner les enfants et leurs parents dans le développement des compétences douces. Mon but était de donner aux jeunes générations les armes afin d’appréhender le marché du travail du futur.

Qu’est-ce que t’a apporté le programme Challenge + de HEC ?

Il t’apporte une structure : tous les mois tu abordes un sujet différent et ton projet est passé au crible par les experts. En 9 mois cela permet de monter ta société. C’est très efficace et j’ai pu commercialiser en avril 2020 en commençant par un programme pour cultiver la confiance en soi en famille.

Comment vois-tu les métiers de demain, les bouleversements en cours, et l’impact sur les jeunes générations ?

Avec l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle, le monde du travail est en pleine mutation. On estime que 65 % des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école exerceront des métiers qui n’existent pas encore. On l’a bien vu avec la crise que nous vivons : la digitalisation des relations avec le télétravail nécessite un plus grand effort dans la collaboration, le rapport à l’autre afin de créer un esprit d’équipe.

Donc pour s’épanouir professionnellement, les nouvelles générations devront posséder des qualités humaines que sont les softs skills, ou compétences douces : comme la capacité à collaborer, l’esprit critique, la créativité, ou l’empathie. Malheureusement, le système éducatif actuel ne met pas en avant ces compétences et valorise à la place le par cœur, le mérite individuel ou l’idée qu’une seule bonne réponse est possible, selon le Rapport OCDE 2030.

J’ai vu que par ailleurs tu es très engagée, peux-tu nous parler de l’association Digital Ladies and Allies dont tu es la secrétaire générale ?

Comme je l’ai déjà dit, je me suis investie très tôt au niveau associatif. Je suis présidente de la crèche parentale de mes jumeaux, je collabore au sein de « The board network ». Son but est de nous entraider entre femmes à trouver des mandats d’administratrices. Digital Ladies and Allies est un « DO tank » dans lequel nous militons pour une meilleure représentativité des femmes dans les domaines technologiques et numériques. Nous avons édité un livre blanc avec 250 propositions concrètes pour accélérer la mixité dans la Tech. Au sein de notre association nous comptons notamment, Aurélie Jean, Docteur en IA qui publie régulièrement dans le point et qui a écrit « De l’autre côté de la Machine — Voyage d’une scientifique au pays des algorithmes ». Nous avons identifié quatre sujets sur lesquels nous travaillons. Tout d’abord, l’éducation qui ne motive pas les filles vers les professions du numérique, ensuite un déficit de rôle modèle et l’apprentissage à tout moment de ta carrière. Nous devons aider les femmes à réaliser que l’on peut changer de métier au cours de sa vie et se former au codage à tout âge. Pour finir, le recrutement dans les sociétés doit favoriser la diversité dans la Tech.

 As-tu d’autres activités ?

Oui, j’ai développé une petite activité de Business Angel en investissant des tickets dans des entreprises qui me tiennent à cœur. Je suis notamment associée dans le Restaurant de Mory Sacko qui vient de décrocher une étoile, et dans Arquant, une startup de crypto. J’ai également investi et je figure parallèlement au comité stratégique de « Flint le robot ». C’est un outil qui mêle veille et intelligence artificielle et propose des articles de qualité, sélectionnés pour vous, tout en essayant de vous surprendre.

Quel a été l’impact de la crise du COVID pour Softkids ?

Le premier confinement a été pour ainsi dire, une opportunité. J’ai publié sur mon blog sur le thème du télétravail avec des enfants et l’un d’entre eux a été repris par Maddyness. Cela m’a permis de constituer ma communauté. Lors du lancement de l’application en avril 2020, j’ai eu beaucoup de traction. Je continue depuis les newsletters et pour le 3e confinement je propose certains des exercices gratuitement pour affronter cette période difficile.

 Quels sont tes prochains challenges ?

J’ai commencé à contacter les écoles et je me lance dans le B2B avec en établissement privé. Je développe avec eux un programme sur la diversité et l’inclusion : l’acceptation de l’autre permet de lutter contre le harcèlement scolaire.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Pendant ma période chez Shell, Sheryl Sandberg me fascinait : elle est l’actuelle directrice des opérations de Facebook et a écrit un livre « Lean in » que je recommande. Elle nous motive à enfoncer les portes et y aller ! J’aime ce genre de femmes comme Pauline Laigneau, Aurélie Jean qui saisissent les opportunités, font avancer les choses et les mettent à la portée de tous. Je suis également beaucoup les entrepreneures, je pense, à Céline Lazorthes de la plateforme Leetchi.

Certains hommes m’inspirent également, comme Christophe André, qui a popularisé la méditation : je la pratique depuis 2013 et j’ai commencé avec lui.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Dans mon domaine de prédilection : « How children succeed » de Paul Tough. C’est une compilation des recherches sur le succès des enfants, j’en recommande la lecture.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« À tout problème, une solution », c’est une phrase qui me fait prendre du recul.