[CLEAN] Green Monaco

Interview de Bahia Sharara, co-fondatrice de « Clean Green Monaco ».

By Pascale Caron

 

Bahia est une personne atypique et passionnée comme on les aime. Née à Monaco d’un père libanais, et d’une mère monégasque et italienne, elle a partagé sa vie entre Monaco et le Sénégal. Tour à tour, sportive de haut niveau dans le snowboard, ceinture noire de taekwondo, acheteuse internationale et directrice commerciale au Sénégal, sous-directrice d’une boutique de luxe à Monaco, elle a décidé de co-fonder sa société en 2021.

J’ai donc tout naturellement voulu en savoir plus !

 

 

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

J’ai démarré ma carrière à 16 ans en tant que sportive de haut niveau. J’étais snowboardeuse freestyle.

On était un collectif de 3 filles qui avaient commencé toutes petites dans la station d’Auron dans les Alpes maritimes. J’ai un beau palmarès à mon actif, ayant été championne de France en 2000. J’ai remporté l’épreuve, mais mon titre n’a pas été validé. Furieuse j’ai quitté la fédération française et je me suis inscrite au Sénégal. J’ai donc été sélectionnée aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 pour ce pays.

J’ai eu mon accréditation et puis 2 jours avant les JOs, je reçois un mail du CIO qui invalide la participation des pays sans neige aux Jeux olympiques d’hivers !

Cette histoire est passée sous silence, car il n’y a pas eu de couverture média. On a quand même été médiatisés sur FR3 et on a porté plainte, sans aucun résultat. Nos collègues ont tous porté un brassard noir, mais personne n’en a parlé.

2 ans après le CIO m’a proposé de participer aux Jeux olympiques de Turin, mais j’avais déjà interrompu ma carrière pour blessure et je ne voulais pas juste faire de la figuration.

Les traumatismes m’ont contrainte à écouter mon corps. C’est en 2005 lors d’une exhibition que je me fracture le poignet et la clavicule. J’ai 25 ans et je décide de mettre un terme à mon aventure sportive.

À cette époque je retourne à Monaco chez mes parents et je rejoins une grande boite internationale ou je deviens acheteuse France et Dom Tom en Beach wear et Snow wear. Puis je suis promue directrice commerciale en Afrique. En 2 ans et demi, j’ai ouvert 12 boutiques : c’était très dur, mais très enrichissant. Au bout de 2 ans, enceinte, je décide de rentrer pour accoucher et de quitter mon employeur.

J’ai ensuite recherché un poste similaire. Après avoir structuré le développement commercial d’une multinationale avec des outils équivalents de ceux que j’aurai pu utiliser en France, on m’a refusé ces postes, car mon expérience en Afrique n’avait pas la même valeur !

J’ai donc résolu de changer d’horizon. J’ai rejoint alors Loro Piana. J’ai pris par la suite la sous-direction d’Akris en Monaco en 2013, responsable des VVICs et des VIPs. J’y suis restée 6 ans, en tant que responsable de l’évènementiel, et gérant une clientèle ultra exigeante.

Après mon 2e enfant, je suis tombée malade, et j’ai fait un burnout. J’ai décidé de quitter l’entreprise en 2018.

Finalement, je rebondis 6 mois après. J’accepte un poste à durée déterminée chez Silversea, adjointe de la directrice marketing. Et puis la COVID est arrivée : ça a été un raz de marée dans le domaine de la croisière. Je n’ai pas pu rester.

 

J’ai voulu alors m’enrôler dans quelque chose qui a du sens en me recentrant vers l’essentiel : la planète.

 

Tu es déjà beaucoup investie dans le caritatif en Afrique, n’est-ce pas ?

 

Oui. J’ai depuis toujours vu mon père s’engager dans des œuvres de bienfaisance en Afrique depuis mon enfance. Sa devise est : « quand on réussit, il faut partager ». Avec mon frère, on a créé « Generation hope and dreams ». On a amené des panneaux solaires au Sénégal, creusé des puits, bâtit des écoles. Des villages entiers ont été déplacés lors de la construction de l’autoroute et ils se sont retrouvés, sans eau et électricité.

 

Et puis j’ai eu envie de faire encore plus pour la planète.

 

C’est comme cela que tu as créé ton entreprise ?

 

Avec mon associé, on est parti du constat que laver sa voiture ou son bateau n’était pas anodin. L’ensemble des produits chimiques utilisés finissent inexorablement dans les nappes phréatiques qui sont nos réserves d’eau potable. Monaco étant précurseur dans la greentech, on a établi notre société ici.

Quand on a des enfants, on se doit d’avoir le moins d’impact sur la planète, le plus petit geste compte. Par exemple, dans l’habitacle d’une voiture, par effet de serre les microparticules chimiques et autres perturbateurs endocriniens sont libérés dans l’air ambiant. Ce phénomène est exacerbé par l’utilisation du chauffage continu au sein du véhicule.

Nous avons donc mis au point une gamme de produits 100 % naturels, issus des résidus non toxiques de l’agriculture biologique française. Ils sont créés à partir, d’écorces de citron, et d’épluchures… On a conçu également les services autour de nos produits afin de prouver leur efficacité. Le garage du palais princier, la sureté publique, les pompiers et les carabiniers du prince sont devenus nos clients.

Au départ de notre projet, nous sommes passés par un fournisseur partenaire pour prouver rapidement la traction de notre concept et démontrer les effets profitables de celui-ci à la Principauté. Depuis nous sommes en R&D pour créer nos propres formulations. C’est la raison pour laquelle nous sommes actuellement en levée de fonds. Nous satisfaisons un grand nombre de critères d’Objectifs de Développement Durable (ODD). On est convaincus que ça vaut la peine et qu’on ne doit rien lâcher !

 

Quelles sont les personnes, qui-t ont inspirées dans ta carrière ?

Mes parents bien sûr, qui se sont faits tout seuls, comme mon père, ostéopathe à Monaco qui a toujours été un travailleur acharné et nous a montré la voie.

Je citerais également Alyson Felix, une athlète américaine qui a été discriminée lorsqu’elle est tombée enceinte. Elle a créé elle-même sa marque quand ses sponsors l’ont lâchée.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Mon livre de chevet est « L’alchimiste » de Paolo Coehlo. C’est un ouvrage hyper positif qui te force à garder l’esprit ouvert. Il te montre qu’il faut surmonter les échecs pour apprécier les victoires.

 

Quelle est ta devise ?

« Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». Je l’ai appris dans le sport de haut niveau. C’est une école de la vie qui t’enseigne que la réussite tu la dois à toi même, et que rien ne sert de marcher sur la tête des autres !

 

À méditer.

 


[Mode] éthique et responsable

Interview de Virginie Tissinié, créatrice de Grand Atelier.

By Pascale Caron

Cette passionnée de mode et de couture a eu envie de réaliser son rêve à l’aube de ses cinquante ans. Elle fabriquait depuis toujours des vêtements pour son plaisir personnel avec des tissus d’exception. En 2020 elle a voulu fonder sa marque, « Grand Atelier » dans les beaux habits et les belles matières.

À l’ère de la production de masse, rapide et peu chère, associée à une prise de conscience globale du défi environnemental, Grand Atelier se veut éthique et responsable. En récupérant de coupons de tissus inutilisés, provenant de grandes maisons, elle permet d’éviter la pollution et le gaspillage.

« Grand Atelier » conçoit, en France, des pièces uniques, en taille unique, dans les règles de l’art de la Haute Couture française. Les modèles sont réalisés en faibles quantités ou sur commande, sans aucune surproduction. Tout est exploité, car les chutes de tissus sont destinées à la confection d’accessoires.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ? Comment as-tu créé ta société ?

Depuis toute petite j’ai toujours été passionnée par la mode. Mais mes parents ne m’ont pas poussée à vivre ma passion. En bonne élève j’ai fait des études qui ne m’ont pas passionnée et je me suis retrouvée en BTS par dépit. J’ai ensuite bossé en tant que conseiller financier pendant 5 ans, puis à la Chambre de Commerce et de l’Industrie en 2001.

Je venais d’avoir ma fille. J’y suis restée 6 ans sous la coupe d’un manager qui ne me permettait pas d’évoluer sereinement. J’ai eu envie d’un break et j’ai pris une année sabbatique, une décision inconcevable à l’époque.

Je me suis rendu compte très vite que je n’étais pas faite pour ne pas travailler ! J’ai tenu un an. Mon mari qui avait une agence immobilière rencontrait des problèmes avec ses employés et m’a demandé de m’investir avec lui. C’était en 2009, et j’ai démarré à mi-temps pour avoir la liberté de m’occuper de ma fille. J’y suis restée pendant 10 ans.

À 19 ans ma fille est partie faire ses études à l’étranger, et j’ai réfléchi. « Maintenant, c’est mon tour ! »

Mon mari m’a suivi et j’ai décidé de créer ma société. Je n’ai pas eu à me poser beaucoup de questions. « Grand Atelier » est arrivé comme une évidence. Depuis 5 ans j’utilisais de coupons de grandes maisons pour m’habiller. Autour de moi mes amies me disaient « j’adore ce que tu portes ».

Sophie Palacios qui avait fondé « Le grand Bain », le 1er site qui vous accompagne dans votre révolution professionnelle, me conseille de me lancer. Nous avions travaillé ensemble à la CCI. Elle me pousse à faire le parcours entrepreneurial de l’IRCE pendant 4 mois.

Au départ « Le Grand Atelier », c’était une marque de chemise pour femmes, en taille unique, coupées dans des tissus de grands couturiers. Je rencontre à l’époque ma couturière avec qui je collabore encore aujourd’hui qui est spécialisée dans les finitions haute couture.

J’ai créé ma société en janvier 2020, juste avant la pandémie. J’avais l’insouciance de celle qui ne savait pas, que le monde aller s’arrêter, quelques mois plus tard. Bizarrement, cette période de confinement a été très positive pour moi. J’ai rencontré une influenceuse de ma génération qui a fait un post sur son compte @vibeshunter, Florence Cazal.

J’ai vendu l’intégralité de ma collection en quelques heures. Je n’avais pas encore créé le compte de ma société ! Ce démarrage en trombe m’a donné confiance. J’avais prévu d’organiser un événement sur Nice et j’ai même été obligée de demander à mes clientes de me prêter les modèles qu’elles avaient achetés pour faire la première exposition.

C’était juste avant la COVID, je m’étais fait connaitre et pendant les multiples reconfinements, mes clientes ont recommandé. J’ai donc étoffé la collection, avec d’autres chemises, mais aussi des vestes et des manteaux, etc. J’ai pu créer une dizaine de modèles qui se sont très bien vendus.

Après cette première année qui avait démarré sur les chapeaux de roues, la 2e a été plus calme. Je devais par conséquent changer quelque chose et agrandir mon auditoire. Je me suis formée sur Instagram grâce à un coach, Géraldine Dormois. Elle m’a conseillé d’incarner la marque et de me mettre plus en avant, chose qui me rendait mal à l’aise. Mais je l’ai fait !

J’ai également adressé des pièces à des journalistes, certaines ne m’ont pas répondu, d’autres m’ont renvoyé la pièce, mais une d’entre elles, Sophie Fontanel a été déterminante. Elle est journaliste et écrivaine. Elle a été rédactrice en chef adjointe de Cosmopolitan, grand reporter pour ELLE, et animatrice sur Canal+. J’ai envoyé une pièce à son attention à sa maison d’édition. Comme mes créations ont des tailles uniques, elles ont la particularité d’aller à tout type de femmes.

Elle a mis un mois à récupérer le paquet, mais quand elle l’a reçu, elle m’a fait un post de dingue sur Instagram. En 2 h, j’avais gagné 400 abonnés. Quelque temps plus tard lors de mon 1er Pop-up à Paris des clientes m’ont dit avoir été convaincues par ce post. Ma plus grande fierté est qu’elle a porté ma chemise à 4 reprises dans des événements, c’était très flatteur !

Pour me faire connaitre, j’ai donc décidé de faire des pop-ups, tout d’abord à Nice et après à Paris en décembre 2021. C’est à Paris que j’ai fait la rencontre de mon public. J’y gagne des clientes qui me sont fidèles et qui achètent ensuite sur mon site. J’habille la femme du 36 au 42, c’est ma grande fierté, car j’ai beaucoup travaillé sur ce concept de taille unique. J’ai fait beaucoup d’essais pour y arriver.

Je ne regrette pas de m’être lancée, même si aujourd’hui je ne me dégage pas encore de salaire, je suis à l’équilibre. Je suis contente du résultat : je suis dans un monde qui me plait. L’entrepreneuriat n’est pas un long fleuve tranquille. Certaines anciennes amies n’ont pas compris pourquoi je créais ma marque et se sont détournées de moi. Si au début cela m’a fait du mal, c’était pour le mieux. Il faut savoir s’entourer d’ondes positives et pas de briseurs d’ailes !

Quels sont tes prochains challenges ?

Ma collection s’exporte ! Elle va partir au Luxembourg. Là-bas, ils sont en manque d’offre qui sort du mainstream type Zahra ou H & M, sans être pour autant des pièces hyper luxueuses.

J’organise aussi un pop-up fin décembre à Paris, 4 rue de Babylone, chez « Smukke Concept Store », un endroit que je connais bien. Je vais y exposer ma collection pour les fêtes.

 Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée ?

Ma grand-mère maternelle a été une femme incroyable qui a eu de multiples vies et qui n’avait peur de rien. Elle avait une grosse personnalité, très indépendante. Elle était une grande amoureuse et a épuisé 3 maris. Elle a travaillé dans le monde de la mode, a participé au lancement de playtex. Elle a également travaillé à New York et était devenue experte internet à Paris. Elle avait fait des études de philosophie ce qui n’était pas commun pour une femme de sa génération. Elle était très exigeante avec nous et nous poussait à ne pas faire n’importe quoi. « Tu as la chance d’être là, fait en quelque chose ! N’aie pas peur d’être une femme ! ». Avec mon mari nous appliquons encore sa devise « La vie est un banquet, autant se servir ». Elle est décédée en 2013.

Une autre source d’inspiration c’est ma fille qui me dit toujours « You’re not too old and it’s not too late ».

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je fais partie d’un club de lecture, donc j’en lis beaucoup. Celui qui m’a le plus ému cet été c’est « La carte postale » de Anne Berest, Grand Prix des Lectrices d’ELLE 2022. Il renvoie à une histoire familiale qui m’a beaucoup fait pleurer. Ce livre est à la fois une enquête, le roman de ses ancêtres, et une quête initiatique.

Je lis actuellement « Les gens de Bilbao naissent où ils veulent ». Avec sa plume enlevée, pleine d’images et d’esprit, Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de sa vie, plus romanesque que la fiction. Je vous en dirais plus quand je l’aurais fini, mais c’est très prometteur.

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Sky is the limit! », je l’aime beaucoup celle-là, et je me la répète chaque jour.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du bureau MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Conférence MWF Institute] #MEDTECH Monacotech

Le 6 octobre dernier se déroulait la 2eme conférence MWF Institute de la saison à Monaco dans les locaux de Monacotech. A cette occasion, Pascale Caron, CEO de Yunova Pharma, avait modéré la session. Retrouvez cette interview sur sowl-initiative.

Monacotech est un lieu d’échanges, de rencontres, d’apprentissage et d’innovation, imprégné par l’ADN de Monaco. Le but est d’aider les startups à s’implanter sur le territoire et à se développer avec succès, ici et à l’international.

Le portfolio actuel opère dans un large éventail de secteurs : de l’IA à la Medtech, de la GreenTech à la Fintech en passant par le Yachting. Soucieuses de l’impact social et environnemental de leur activité, les jeunes pousses de MonacoTech utilisent l’innovation et les technologies pour répondre à des problématiques de société, de santé et d’environnement. Elles représentent une opportunité pour des investissements à impact social. 15 startups bénéficient aujourd’hui du programme Monacotech parmi lesquelles Vizua, Trimed, Coraliotech, Carlo, Laneva, Novetech surgery, Innodeep, Spheno Id….

 

Nous avons la chance d’être ici dans leurs locaux, accueillis par le maitre des lieux, Lionel Galfré.

Lionel, quelles sont vos missions au sein de MonacoTech ?

Notre objectif est de faire en sorte que les projets innovants puissent être accompagnés à Monaco, et qu’ils deviennent viables économiquement. Les innovations portées doivent pouvoir être diffusées au plus grand nombre et bénéficier à l’économie monégasque, notamment via la création d’emplois.

On considère qu’une innovation si elle n’est pas partagée et valorisée ne sert à rien. Notre rôle est de sélectionner parmi l’ensemble des candidatures, celles ayant du sens et un fort potentiel, tout en restant fidèles aux valeurs de la Principauté.

Une fois ces projets identifiés, notre objectif est alors de proposer aux startups un programme d’accompagnement sur-mesure, en mettant à leur disposition des outils. Nous devons faire en sorte qu’une idée remarquable soit aussi un produit lisible afin qu’il puisse trouver son public. Le but est de les voir s’épanouir, se lancer et pérenniser leur société. Monacotech les suit à chaque étape clé de leur développement, en leur faisant bénéficier d’un accès aux meilleurs ressources, experts et acteurs de l’écosystème local, international et économique. Nous les mettons en relation avec des fondateurs, des prestataires de services, des investisseurs ainsi qu’avec une communauté d’entrepreneurs. La période d’incubation varie en fonction des besoins de la startup. Elles bénéficient d’un accompagnement administratif et il n’y a aucune prise de participation dans les startups.

Pouvez-vous dresser un bilan des réalisations de Monaco Tech ?

L’incubateur est né fin 2017, on commence donc à avoir une visibilité sur ce qui peut marcher ici. Nous ciblons les candidatures qui sont en accord avec les valeurs de Monaco comme celles évoluant dans la CleanTech, Biotech, MedTech, Yachting et numérique. Notre volonté est de faire en sorte que ces structures grandissent et se perfectionnent au sein de notre incubateur et qu’ensuite elles perdurent sur le sol monégasque. En 3 ans d’existence, MonacoTech a hébergé une quarantaine de startups qui ont généré une centaine d’emplois, dont une portion à l’étranger, et qui ont réalisé plusieurs levées de fonds.

Est-ce que les startups échangent entre elles au sein de Monacotech ?

Oui, et cela fait partie de nos missions. Pour cela, nous organisons des évènements permettant de créer des liens et une véritable communauté. Nous souhaitons que les gens débattent et que cela puisse donner naissance à de nouvelles collaborations, ce qui est d’ailleurs le cas, notamment entre des projets médicaux et digitaux.

Nous avons donc aujourd’hui 3 startups spécialisées dans la MedTech : Maud Bouresche cofondatrice de Novetech Surgery, Omar Bouhelal Schirmer fondateur de Spheno Id, et Mustapha Hamdi, CEO d’Innodeep.

Novetech Surgery est représentée par sa co-fondatrice Maud Bouresche. Maud est juriste de formation. Elle est très investie à Monaco en tant que vice-présidente de la jeune Chambre économique. « Novetech Surgery » fournit aux vétérinaires une gamme innovante d’implants chirurgicaux orthopédiques pour la réparation ligamentaire et tendineuse, ainsi que des implants de chirurgie osseuse et viscérale, s’inspirant de la chirurgie humaine.
Leurs produits sont associés à des techniques chirurgicales développées en partenariat avec des chirurgiens vétérinaires. Leur technologie de pointe est pensée pour être mini-invasive et offre l’avantage considérable d’un processus post-opératoire simple, ainsi qu’une récupération rapide de l’activité normale de l’animal.

 

 

Maud, pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre société ?

Avec mon associé Victor Robelo, nous avions une connaissance de l’orthopédie humaine. Une de nos amies chirurgien avait fait opérer son chien et nous avait fait part du fossé qu’il existait entre les techniques orthopédiques humaines et vétérinaires. Venant d’une famille d’entrepreneurs dans la chirurgie orthopédique humaine, on a décidé d’adapter ces techniques aux chiens et chats.

Notre projet a démarré en 2016 et en 2017 après une phase de R&D, nous avons commencé par réaliser un catalogue avec des vétérinaires KOLs en partenariat. Nous avons réalisé des tests biomécaniques et des études cliniques. Nous avons innové notamment sur la taille des implants. Nous formons les chirurgiens aux techniques opératoires et publions ces méthodes. De 2020 à 2021, nous avons fait une grosse croissance ce qui nous a permis de structurer la société et de passer à 6 personnes. Nous avons 200 chirurgiens poseurs et 2000 chiens ont été opérés dans le monde entier, en particulier au Canada et en Australie.

Nous sommes alumni de Monacotech que nous avons intégré en 2017 et sommes hostés à Monaco Boost.

Quels sont vos futurs projets ?

Nous avons entamé une levée de fonds pour accélérer notre pénétration sur le marché et réaliser plus de R&D et d’études cliniques dans la réparation du ligament croisé antérieur. Nous avons une notoriété en France et en Europe et le marché commence à être mature. Notre ambition est à présent de développer le marché américain, et nous participons pour cela à notre premier congrés aux USAs.

 

Présentons maintenant Spheno Id : Omar Bouhelal Schirmer est expert en modélisation 3D dont il est spécialiste de premier plan, dans les domaines médicaux et pédagogiques. Il un véritable pionnier des techniques et applications d’impression 3 D.

Après une licence d’arts plastiques à l’Université Paris Sorbonne, un master en technologies multimédias, il se spécialise depuis 2003 dans les matières anatomiques. Il réalise des modèles 3D et des vidéos pour des cours et des conférences avec le Pr Jean François Gaudi à l’Université Paris V René Descartes. Il collabore avec les Drs Bernard Cannas et Luc Gillot supervisant le programme de formation Sapo Implant, et d’autres spécialistes de la communauté médicale. Sa rencontre avec Sylvain Ordureau en 2008, lui a permis de participer à l’aventure VIZUA, pendant 3 ans en tant que conseiller technique auprès de l’équipe de développement.

Il est depuis 4 ans Directeur général de Spheno id à Hong Kong. Il propose des solutions pour l’enseignement de la chirurgie et de l’anatomie, de nouvelles façons de former les médecins, des chirurgiens-dentistes et les étudiants sur mesure en utilisant l’impression 3D, vidéo, AR/VR. Il a rejoint la Monacotech en septembre.

Omar, pouvez-vous nous expliquer la genèse de votre société ?

Depuis le début de ce siècle, la chirurgie buccale et maxillo-faciale est en constante évolution. Apprendre la procédure chirurgicale en disséquant des cadavres est une excellente méthode d’enseignement pour les étudiants et les chirurgiens expérimentés. Mais les cadavres humains utilisés à des fins scientifiques sont rares et il est presque impossible d’avoir un sujet identique. L’impression et la modélisation 3D permettent à Spheno Id de créer des modèles 3D et du contenu vidéo (AR/VR), basés sur des fichiers DICOM de patients réels. Ils auront la même morphologie et qualité osseuse que les mâchoires du patient. Les modèles 3D peuvent être dupliqués à l’infini, à un coût modéré. Les outils virtuels ou physiques développés et fabriqués par Spheno id sont commercialisés auprès de médecins, d’universités ou d’industriels. Il est possible par exemple de faire du « Live training surgery », les étudiants assistent à l’opération réelle le matin et pourront pratiquer sur ce cas en 3 D.

Quels sont vos projets ?

Tout d’abord s’exporter à l’international comme Allemagne, l’Italie et aussi le Moyen-Orient. Nous voudrions également aller plus loin dans la mise en situation en utilisant un mix d’AR et VR et de 3D afin d’expérimenter l’haptonomie, c’est-à-dire la sensation par le toucher.

 

Passons maintenant à Mustapha Hamdi, qui est le CEO d’Innodeep.

Consultant expert en IA pour l’UNESCO, il a obtenu son doctorat à l’INSA France et est certifié en Deep Learning. Ses activités de recherche et de co-innovation se concentrent sur l’IA, la Medtech et l’IOT. Préoccupé par la pénurie de radiologues dans le diagnostic du cancer du sein, il apporte une solution innovante grâce à la téléradiologie et l’IA. Enseignant-chercheur, il a fondé la startup Innodeep, qui propose une plateforme d’interprétation à distance appuyée par l’intelligence artificielle. Cette solution permet d’accélérer la prise en charge des patients et renforce l’offre de soins dans les régions où les radiologues manquent.

Il a reçu cette semaine le prix du numérique du Monaco Business.

 

Mustapha, pouvez-vous nous expliquer le Projet Innodeep ?

Innodeep est une application SAAS de détection et de suivi des cancers par intelligence hybride (IA). L’algorithme développé par Innodeep permet la détection de cancers par le deep learning.

Cette technologie offre la possibilité aux médecins de diagnostiquer rapidement et avec une haute précision des cancers. Les femmes résidentes dans les pays d’Afrique notamment, sont, pour la plupart privées de diagnostics dans la détection du cancer du sein. Innodeep apporte une solution à distance dans le but d’améliorer les services de santé, tout en réduisant les coûts et le temps du diagnostic. Le maitre mot du projet est la démocratisation de l’accès à la santé.

Si nous avions au départ démarré sur IBM, nous avons actuellement migré sur Amazon AWS qui nous offre un partenariat. Notre plateforme génère un rapport numérique qui est validé par la suite par un médecin expert qui fait partie de notre réseau.

Où en êtes-vous dans votre développement ?

Pendant la pandémie nous avons travaillé sur la COVID. Nous avons commencé les cas concrets en Tunisie, où la solution a été adoptée par le ministère de la Santé.

Mon associé est radiologue, basé à Paris. Nous signons des partenariats avec les centres de radiologie existants. Nous avons également le projet de mettre en place 2 établissements pilotes en Afrique. Nous investiguons actuellement le Togo. Nous devrions avoir l’accord pour le bâtiment d’ici la fin de l’année. Nous recherchons pour cela des investisseurs ou des mécènes.

 

J’ai maintenant quelques questions pour vous trois :

 Maud, avec le recul, que vous a apporté l’accompagnement Monacotech ?

Quand on a démarré, nous travaillions en autarcie, on se sentait très seuls. L’intégration à Monacotech a été socialement très positive. Nous avons pu échanger avec des entrepreneurs qui avaient les mêmes problématiques que nous. On a été épaulés par la communauté. Nous avons également bénéficié du FABLAB ou nous avons pu installer notre machine de traction pour les études biomécaniques.

 

 

Omar, que vous procure l’accompagnement Monacotech ?

Ma priorité aujourd’hui est de pouvoir déléguer ce que j’ai pu expérimenter seul. Monacotech m’apporte l’écosystème idéal pour passer à l’échelle business supérieure, ainsi qu’un réseau pour me développer à l’international.

Mustapha, j’ai la même question pour vous :

En premier lieu Monacotech m’apporte le networking et l’accès aux investisseurs. Mais une des richesses de faire partie d’un incubateur, c’est la co-création. Nous travaillons actuellement sur un projet avec Coraliotech,…

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron, membre du bureau MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé, a modéré cette session. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

A propos de MWF Institute : ce think tank a pour vocation d’organiser des conférences autour des thèmes de l’économie responsable, la finance, les enjeux sociétaux divers, le droit, et le management. Ceci dans un esprit INCLUSIF, accueillant parmi nos membres les étudiants, salariés, chefs d’entreprises, retraités, en favorisant les femmes mais sans distinction de genre. Il nous parait aujourd'hui indispensable d'avoir un impact positif sur les nouveaux enjeux de l'environnement social et économique; ce pourquoi nous avons créé ce think tank.

Présidente Patricia Cressot, Vice présidente Joanna Damar-Flores, ainsi que Aude Lefevre Krumenacker,  Nelly Montanera,  Julie Clémentine Faure et Päscale Caron.

 


[Mode] inclusive

Interview de Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani basée à Montpellier.

By Pascale Caron

Awa est une personne qui a eu plusieurs vies : tour à tour championne de boxe française, top model pour Cartier ou Thierry Mugler, publiciste pour Publicis ou le groupe RTL, et Chroniqueuse TV et en ligne. En 2019 elle se lance en tant que chef d’entreprise et crée la marque « Peulh Fulani », dédiée à sa tante, la regrettée Katoucha Niane, muse d’YSL que l’on surnommait la petite princesse Peulh.

Startup innovante née entre Montpellier, Paris et Dakar, Peulh Fulani compte bien dynamiser le secteur du textile et du e-commerce français. Elle a pour volonté d’imposer ses maillots de bain, haut de gamme, en matières 100 % écologiques fabriquées à partir de bouteilles de plastique. Influencée par la haute couture française et la culture Peulh, c’est le mariage de 2 pays, entre savoir-faire traditionnel africain, et technologique numérique.

Elle a été sélectionnée par l’incubateur Sprint, soutenu par la Fondation Chanel, pour accélérer son développement au Sénégal. En mars 2022, elle est lauréate du « Pass Africa Initiative » de BPI France et du Conseil Présidentiel Africain. Elle est nommée parmi les Tops 500 qui bâtissent l’Afrique de demain par le magazine D’Afrique du Sud « Tropics ».

En juillet 2022 c’est Jean Christophe Tortora, PDG de la Tribune, touché par son histoire, qui lui offre d’ouvrir le forum « Women Future Méditerranée ». Elle est également mise à l’honneur dans le magazine ELLE qui lui consacre un article sur ses multiples vies.

Engagée dans une démarche d’entrepreneuriat responsable, elle fonde en parallèle la « Maison de l’Afrique — Berceau de l’Humanité » pour soutenir les artistes et les jeunes startups qui souhaitent se développer entre la France et l’Afrique.

Je l’ai rencontrée lors d’un comité « Label Initiative Remarquable » Initiative France, au cours duquel nous lui avions décerné le label et j’ai eu envie d’en savoir plus.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours et comment as-tu créé ta société ?

Je suis née à Paris au sein d’une famille nombreuse et aimante. J’ai été façonnée par des femmes. Tout d’abord Catherine Noël, qui, en m’enseignant la danse, m’a appris à être à l’aise avec mon corps tout en étant ancrée au sol.

Adèle Badgi du ballet Niaba, au New Morning à Paris, m’a inculqué ensuite le Sabar, une danse sénégalaise aérienne, tout l’inverse de mes débuts.

Dans mes années lycée, j’ai croisé la route d’une professeure de boxe française, Sylvie Leriche, qui m’a emmenée jusqu’aux championnats de France. C’est une grande fierté d’avoir été aux championnats de France à Liévin avec mes camarades du Lycée Charles Baudelaire.

Et puis j’ai rencontré Almen Gibirila, à Clichy dans un petit atelier mode. Elle m’a fait connaitre le monde de la mode, m’a permis de défiler, et j’ai appris à prendre confiance en moi et à m’imposer.

Ces quatre femmes ont contribué chacune à faire de moi la personne que je suis devenue. Puis très vite, un personnage fondateur est arrivé dans ma vie : Tata Katoucha, muse d’Yves Saint Laurent, qui va m’inculquer la posture. « Il faut être belle et en avoir dans la tête », me disait-elle. J’ai eu la chance de défiler avec elle au musée du Quai Branly sur le thème de l’Afrique. Elle a eu un destin tragique et a disparu en février 2008. Elle était très engagée contre l’excision et l’autonomie des femmes. Par la suite, j’ai défilé pour Saint-Laurent, Cartier, Mugler… à New York, Londres, Paris, Milan.

Ma vie a changé de cap quand j’ai rencontré Hedwig Dethée, qui me propose de le rejoindre dans le monde de la publicité, et d’interviewer les responsables de marques. Je décide de quitter l’univers de la mode à un moment où j’étais au top de ma carrière, contre la volonté de ma mère. Il m’apprend un nouveau métier, crée une télévision, me met à l’écran. Très vite, je produis des émissions au carrefour du design de la mode et de la culture, afin de séduire les annonceurs. On est en 2006 et malheureusement peu de temps après mon mentor décède.

À cette époque, je rencontre mon mari que je suis tout d’abord en Normandie, puis à Montpellier. C’est là que je me lance dans la radio, pour Fun Radio, RTL2 et plus tard RTS. Je crée des spots publicitaires sur mesure pour les marques locales.

À la suite d’une rencontre avec Antoine Rémy de Groupon, au « Café Riche », mon QG à Montpellier, j’embrasse une carrière dans le Web. « Vous êtes une preneuse de risque, rejoignez Groupon ! ». Je les rejoins donc à Montpellier puis Paris.

Je rallie finalement le groupe Publicis en 2017, avec à sa tête Maurice Levy : ça a été un honneur pour moi de travailler pour lui. J’y ai approfondi mes compétences Web sur Google et Facebook.

En 2019, je décide de me lancer dans l’entrepreneuriat en combinant tous mes métiers mode, communication, web et humanitaire.

 

C’est à ce moment-là que tu as créé « Peulh Fulani » ?

Oui. J’ai fondé une marque inclusive de maillots de bain 100 % écoresponsables, adaptée à toutes les carnations de peaux et à toutes les morphologies. Les Peuhls sont une ethnie nomade d’Afrique de l’Ouest. Ils ont des tatouages sur le visage et sur le corps que nous avons reproduits, sur du polyester recyclé. Je travaille actuellement avec deux usines en France et au Portugal. J’ambitionne d’établir mes propres outils de production en France et en Afrique. La filière du textile est un secteur à dynamiser en misant sur les nouvelles technologies qui permettent aujourd’hui d’être créatif et innovant, tout en protégeant l’environnement.

Où en es-tu dans l’évolution de la société ?

La levée de fonds a été un parcours semé d’embuches, mais nous avons finalement récolté le financement. Je vais pouvoir travailler sur la prochaine collection 2023, qui sera sur le thème des pharaonnes. Un de mes rêves est d’organiser un défilé inclusif, pour toutes les femmes de 16 à 60.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?

Je pense en premier lieu à ma tante Katoucha, qui est partie trop jeune en 2008. Surnommée « la petite princesse Peulh », elle a été le 1er top model noir et égérie d’Yves Saint-Laurent. Ses combats pour l’excision m’ont inspiré. Son image de femme forte en transformation perpétuelle m’accompagne encore aujourd’hui.

Une autre personnalité fascinante, c’est Michèle Obama. Elle n’a pas seulement été l’épouse du 44e président des États-Unis, la première « First Lady » noire de l’histoire de ce pays et la mère de famille que l’on connait. Durant les deux mandats présidentiels de son mari, elle s’est engagée pour de nombreuses causes : comme la lutte contre l’obésité, les droits des personnes LGBT ou l’éducation des jeunes filles dans le monde. Elle est un modèle pour moi.

La dernière est Simone Veil, sa force malgré sa vie difficile et ses sacrifices m’ont guidée.

 

Aurais-tu un endroit dans le monde, que tu aimerais nous partager ?

Je pense à une petite plage incroyable à Bali, qui s’appelle Jimbaràn. Elle fait du bien et apporte de très belles énergies. J’ai également le village de Djiragone en Casamance au Sénégal, le meilleur endroit pour se ressourcer au cœur de la nature, en mangeant un bon Thiéboudiène.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Mon mantra c’est « Ubuntu », une philosophie africaine qui signifie :

« Nous ne sommes rien sans le partage avec les autres ».

A propos de l’auteur : Pascale Caron, membre du bureau MWF Institute est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 


[Startup] Location accessible

Interview de Karima KERKOUB, fondatrice de la société Lilee et Présidente de l’association « Partageons Ensemble 34 ».

By Pascale Caron.

Mère solo de 5 enfants, bénévole dans des maraudes elle est très impliquée au sein de la ville de Montpellier. Elle a créé la startup Lilee qui facilite la location de vacances pour les personnes à mobilité réduite.

J’ai fait la connaissance de Karima lors d’un comité Initiative remarquable, et nous lui avions délivré le label. Son énergie à faire bouger les lignes m’a conquise, et c’est pour cela que j’ai voulu vous la présenter.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

Je suis issue d’une fratrie de 12 enfants. Nous étions entourés de l’amour de nos parents. Tout s’est malheureusement écroulé quand, à la suite d’un accident de chantier, mon père a reçu une barre sur la tête et a perdu l’esprit. S’il était toujours là physiquement, il n’était plus capable de travailler et de subvenir aux besoins d’une si grande famille. Ma mère s’est retrouvée submergée et n’arrivait plus à gérer. Les services sociaux ont décidé alors de retirer la garde des 4 petits à mes parents. J’ai donc été placée en foyer, à 4 h de route de ma ville natale. Un midi après l’école, j’ai été littéralement arrachée à ma famille, sans aucune possibilité de rentrer en contact avec eux.

Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, et j’ai vécu l’enfer de ce placement : j’ai été maltraitée. C’était la première fois qu’on levait la main sur moi et j’étais révoltée, ce qui aggravait mon cas. J’ai donc connu les épreuves et la galère à 11 ans, je peux vous dire que ça vous forge un caractère de battante !

J’ai pu quitter ce foyer 4 ans après, à 15 ans, pour me rapprocher de ma famille à Grenoble. Cet établissement-là était complètement différent : on était encadrés, on ne subissait aucune violence et on participait à des activités ! J’ai pu profiter de ma mère pendant 1 an seulement, car elle est malheureusement décédée.

Je me suis donc retrouvée à 18 ans dehors, hébergée tout d’abord chez ma sœur. J’ai enchaîné les petits boulots et au bout d’un certain temps j’ai atterri dans la rue. Un matin dans un foyer de sans-abris, une femme âgée m’a secouée en me disant « petite, l’avenir appartient à celui qui se lève-tôt, secoue-toi ». J’ai décidé de me prendre en main : j’ai signé un contrat jeune majeur et je suis partie faire une formation à Romans-sur-Isère, où j’ai rencontré mon mari.

J’élève mes 5 enfants seule. Je n’ai jamais baissé les bras, et je remercie les services sociaux, le service d’aide aux femmes victimes de violences et les organismes d’aide alimentaire qui m’ont permis de passer ces caps difficiles.

En 2018 j’ai créé l’association « Partageons Ensemble 34 », afin d’établir des liens entre les habitants de mon quartier Boutonnet à la Paillade/La Mosson à Montpellier et d’encourager la mixité. Nous organisons des activités sportives pour les femmes, des cours d’éloquence, du soutien scolaire, la fête des voisins, les actions de nettoyage du quartier. Nous avons également un atelier d’écrivain public. Nous sommes 4 animateurs et 28 adhérents. Je me suis acheté récemment un vélo électrique et j’ai le projet d’apprendre aux femmes à faire du vélo. Je me suis investie dans la campagne du maire actuel, j’étais sur sa liste en non éligible.

Comment es-tu devenue entrepreneure ?

L’aventure entrepreneuriale a germé quand j’ai rencontré « les déterminés ». Cette association a été fondée par Moussa CAMARA en 2015. L’association propose un accompagnement pour les futurs entrepreneurs issus des quartiers populaires et milieux ruraux. Je leur dois beaucoup. Moussa est un homme merveilleux et très inspirant. Il a déjà aidé au développement de près de 800 entreprises. Il travaille également avec pas mal de contacts, partenaires très connus et son carnet d’adresses nous ouvre les portes.

À 45 ans, j’ai décidé de prendre mon destin en main. Je ne suis pas opportuniste, mais j’ai su montrer avec mon expérience passée que je suis résiliente. Les épreuves de la vie m’ont fait telle que je suis.

J’ai donc réfléchi à un projet et il est arrivé à moi comme une évidence. Il est issu de mon histoire personnelle. L’année dernière, mon oncle, ma tante et leur fils en fauteuil voulaient venir en vacances, chez moi à Montpellier. Mon logement n’était pas accessible, car j’habite au premier étage sans ascenseur. J’ai dû chercher un appartement adapté à un handicap. J’ai pu me rendre compte que l’offre n’était pas appropriée : trop cher avec aucune garantie que les logements soient aux normes PMR. Impossible donc, pour une personne à mobilité réduite , de rendre visite à sa famille ou un ami comme tout le monde. Lilee est né de ce constat : créer un site où les logements seront vérifiés et mis en ligne pour les personnes à mobilité réduite pour passer des vacances en toute sécurité et sérénité. Nous permettrons aux personnes qui veulent louer ou vendre leurs biens de poster des annonces. La plateforme sera au service des PMR, et des sites touristiques.

Le site est actuellement en cours de finalisation. Le lancement est prévu pour octobre. Il est développé par Mad impact à Lyon, encore une belle rencontre.

Les « Deter » comme on s’appelle, m’ont appris l’entrepreneuriat, j’ai suivi leur formation et j’ai utilisé mon réseau. De fil en aiguille j’ai candidaté à la French Tech. Lauréate, j’ai bénéficié d’une bourse ce qui m’a permis de recruter un alternant en situation de handicap. J’ai été également lauréate de France active et les Essenti’elles, accompagnée par la merveilleuse coache Fatima EL MRABTI.

J’ai pu participer à « Women Future » avec la Tribune lors d’une table ronde sur « L’ambition des femmes au cœur des métiers du futur », partenaire des Déterminés.

Pour terminer je suis encadrée par les « entrepreneurs affranchis », une très belle équipe. Ils vont organiser un boot camp au Maroc en octobre et j’y assisterais après avoir été sélectionnée sur candidature.

 

Quel parcours incroyable ! Quelles sont les personnes qui-t-on inspirées ?

Tout d’abord mes Parents avant tout, à qui je dois tout, paix à leur âme.

Je pense à Gisèle Halimi, qui a combattu toute sa vie en tant qu’avocate, politicienne et fervente féministe

Je citerais une jeune femme qui m’inspire et que j’ai invitée lors d’une conférence de notre association : Nora Lakheal. C’est la première femme, issue de l’immigration membre de l’antiterrorisme en France. Elle est un modèle pour les filles des quartiers, une agente d’élite exceptionnelle.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Bien sûr c'est de développer ma société et de réussir le lancement. J’ai également pour projet d’ouvrir un café des femmes à la Mosson afin de les aider vers le chemin de la réinsertion. Leur donner confiance en elles, cela passe par des soins esthétiques, apprendre à cuisiner, les soutenir sur l’éducation des enfants. Dans le quartier il y a 16 % de femmes seules avec enfants.

Je suis aussi entrain d’écrire une biographie avec une écrivaine publique qui a beaucoup de talent, Daouya AMINI. Elle mérite d’être reconnue.

 

Pour finir, aurais-tu une devise ou un mantra ?

C’est une citation de Mohamed Ali « Vole comme un papillon, mais pique comme une abeille ».

 

À méditer…

A propos de l’auteur : Pascale Caron, membre du bureau MWF Institute est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[Directrice Réseau Initiative] Women In Leadership

Interview de Sophie Le Ray, Co-fondatrice de EVE LIST, Directeur de programmes du « RISE Executive women program » de IE Business School Madrid, et nouvellement Directrice d’Initiative Côte d’Azur.

By Pascale Caron

Sophie est une entrepreneure passionnante qui fourmille de projets avec une large expérience à l’international. Elle a décidé récemment de poser ses valises chez Initiative Côte d’Azur afin de soutenir l’entrepreneuriat local.

J’ai fait sa connaissance lors de l’Assemblée générale d’Initiative France. Nous avons partagé un taxi au retour de l’aéroport et on ne s’est pas arrêtées de parler pendant le trajet. J’ai eu envie de vous la présenter.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

Il est très atypique. Très jeune, mon rêve était d’être archéologue. Mais je n’ai pas voulu m’engager dans les études tout de suite. Donc mon bac en poche, je suis partie 2 ans à Paris puis aux États-Unis, où j’ai fait des petits boulots. De retour en France j’ai suivi un cursus universitaire d’histoire ancienne. J’ai poursuivi ma formation jusqu’aux portes du doctorat. J’avais 27 ans et j’étais déjà maman.

Cette période de ma vie a été déterminante, car c’est à ce moment-là que le doute s’est immiscé en moi : moi qui ne doutais de rien je me suis mise à me poser des questions. Je me trouvais étriquée dans le milieu universitaire. Si les études me plaisaient beaucoup, le système lui-même ne me convenait pas. J’ai vécu alors un grand moment d’épiphanie : mon ordinateur a explosé d’un coup, j’ai perdu toutes mes recherches et j’ai décidé de changer de voie, comme ça, d’un seul coup.

Je suis partie en Angleterre dans une société qui organisait des conférences et des sommets professionnels. Mon travail consistait dans la production des conférences. J’y ai rencontré mon second époux avec qui j’ai eu une deuxième fille. Cette nouvelle mission satisfaisait ma curiosité intellectuelle et me permettait de découvrir des civilisations en voyageant. Je dis souvent aux étudiants que dans la vie si on sait prendre les opportunités, cela nous ramène à l’essentiel.

De retour sur la Côte d’Azur, après quelques années je suis rentrée en tant qu’associée dans une société monégasque organisatrice d’événements professionnels, Naseba. Notre but était le soutien à la croissance des entreprises dans les marchés émergents, par l’introduction d’investisseurs, des sommets B2B et la formation des cadres. On s’est beaucoup développés dans le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique.

Cette expérience m’a amenée en 2008 à m’installer à Dubai et à travailler dans tout le Moyen-Orient, et j’y ai fait une grande découverte, le « féminisme ». Jusqu’à lors le fait d’être femme n’avait jamais été un frein. Les portes s’étaient toujours ouvertes facilement pour moi et je n’avais jamais vécu de plafond de verre.

Au Moyen-Orient j’ai rencontré des femmes fortes, intéressantes, qui avaient une manière de fonctionner différente de l’occident. En 2008, j’ai fondé le Global WIL Economic Forum (« Women In Leadership »), la première plateforme pour les femmes d’affaires dirigeantes au Moyen-Orient et en Asie. Ça a démarré comme un « gentle women’s club », qui avait pour but de casser l’image des femmes du Moyen-Orient, de « femme soumise », et de créer des ponts avec les femmes entrepreneures occidentales. On a pu organiser également WIL en Inde, Delhi et Bombay, en Malaisie à Kuala Lumpur, sous le patronage de la femme du 1er ministre de l’époque. En 2010 et 2012, on l’a amené en Arabie Saoudite et une dernière fois en 2018 au moment où Mohamed Ben Salmane est arrivé au pouvoir. Entre 2010 et 2018, la conférence a complètement changé et a passé à une fréquentation de 2000 personnes ; ça a été un grand moment pour moi qui a permis de boucler la boucle. C’était un gouffre financier, mais c’était tellement beau à voir que je ne pouvais pas m’arrêter.

En 2016, j’ai eu la chance de co-écrire « Game Changers: How Women in the Arab World Are Changing the Rules and Shaping the Future » avec mes partenaires spécialistes du leadership et de la diversité. J’ai pu rajouter ma contribution à base d’entretien des pionnières de la région, sur la place de la femme dans le monde arabe.

Je suis finalement rentrée en France, dans le sud, pendant la Covid. J’avais envie de faire autre chose. J’ai commencé à faire des missions pour des clients et j’en ai profité pour réfléchir à m’investir dans de nouveaux projets qui me parlent.

Avec un groupe de camarades, on a réfléchi à comment mesurer les efforts des entreprises en matière de parité homme femme et établir un score très simple, pertinent et impartial. Notre objectif était de le mettre en relation avec des chercheurs d’emplois. On s’est basé sur des données publiques et on a lié cela avec la plateforme Indeed. On a donc créé EVE List sous la forme d’une organisation à but non lucratif.

Je me suis associée au directeur informatique de ma précédente boite et un ancien directeur de JP Morgan à New York qui était rentré également pendant la Covid. J’ai sympathisé avec ce génie des maths qui avait travaillé après de femmes sans comprendre pourquoi il y avait ces divergences de traitement salarial entre les sexes. Il est parti depuis vers de nouvelles aventures, car il gère depuis un département à l’EDHEC de recherches en risques.

Cette aventure est finalement arrivée à ses limites, mais c’est elle qui m’a amenée vers Initiative, car dans le cadre de EVE LIST nous avions reçu le label Initiative remarquable.

Te voici donc depuis juillet, Directrice de la branche cote d’azur d’Initiative. Quelles sont tes premières impressions ?

C’est un véritable honneur pour moi de soutenir l’entrepreneuriat local. J’ai dans les mains un authentique bijou. D’un côté, nous avons une équipe de permanents forte, mais nous avons aussi à notre disposition 250 bénévoles experts dans leur domaine. C’est unique et formidable. Quiconque pense que la France n’est pas un endroit pour entreprendre est mal informé. Nous avons un taux de pérennité des entreprises accompagnées de 96 % sur 3 ans : c’est exceptionnel. Nous devons poursuivre et faire connaître ce travail d’accompagnement à toutes les catégories d’entrepreneurs de notre territoire.

Quels sont tes projets ?

La 1re étape est de comprendre les rouages, car c’est une machine complexe avec beaucoup d’intervenants. Je vais apporter ma personnalité et mon expérience dans le mix. Venant d’un univers international dans des domaines innovants, j’aimerais que l’on reste dans la continuité tout en développant l’expertise dans ces nouveaux domaines. On doit se rendre utile à l’écosystème existant. Innovant, ne signifie pas uniquement technologique. Une société intéressée par la RSE, sur l’agriculture ou dans la santé peut être innovante.

Nous devons procurer notre expertise à tous les secteurs et aux entreprises à tous les niveaux de leur progression : de la création, à la croissance sur de nouveaux projets, et également la reprise. Accompagner la croissance c’est un autre métier et c’est le cœur de mon expérience.

Nous sommes une institution financée par des fonds publics ce qui forme une grande rigueur. Je souhaiterais poursuivre le développement des partenariats privés avec des entreprises de la région qui soutiennent l’entrepreneuriat dans le cadre de leur programme RSE.

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée, dans ta carrière ?

Je pense en premier lieu à ces femmes d’affaires du Moyen-Orient qui m’ont permis de changer ma vision de la femme dans l’entrepreneuriat. Au départ, j’étais plus dans l’état d’esprit ; « I am one of the boys ». Mais ces personnalités fortes ultras féminines, avec un équilibre vie privée et personnelle, dans une société extrêmement masculine, m’ont inspirée. Elles m’ont influencée dans ma façon de m’habiller et je n’ai plus adopté les codes masculins.

Sinon mon modèle d’entrepreneur c’est Coco Chanel. Elle incarne pour moi l’entrepreneure libre qui va jusqu’au bout de ses idées et qui ne lâche rien. C’était une femme avec une grande force de caractère qui a fait plusieurs fois faillite et n’a jamais baissé les bras.

J’avais lu un article très intéressant du fondateur de Airbnb qui n’avait pas eu le temps de finir sa formation à l’université, happé par le succès foudroyant de sa société. Il a donc utilisé sa célébrité pour organiser chaque mois des rendez-vous avec les cerveaux de ce monde ; il a profité de ses échanges avec Warren Buffet, Bill Gates et bien d’autres pour parfaire sa formation. Il arrivait avec une problématique et leur demandait comment ils le résoudraient. D’une certaine manière j’essaye de fonctionner comme cela. Il faut oser dire « je ne sais pas ». C’est un exercice qui marche à tous les niveaux et dans tous les business. Nous avons mis en place d’ailleurs chez Initiative des ateliers de cocréation, où des entrepreneurs se réunissent sur une problématique afin de trouver une solution par l’intelligence collective.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Oui, le dernier livre de Pierre Lemaitre, que je lis actuellement, « Le grand monde ». Il nous propose une plongée mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses. C’est drôle et incisif, je me régale.

J’ai été très émue par « La Grâce » de Thibault de Montaigu. Au départ, l’auteur voulait écrire sur Xavier Dupont de Ligonnès. Suivant ses traces, il s’est retrouvé dans une abbaye bénédictine près de Carpentras, où il a eu la révélation que Dieu existait. C’est un livre magnifique.

D’un point de vue plus professionnel, je conseille Henry Cloud, un psychologue clinicien américain qui a écrit sur l’intégrité dans le leadership. Ces livres « Integrity » et « Boundaries » sont très intéressants.

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Je m’inspire d’un verset de Saint Paul qui parle de courir la course de la vie en oubliant ce qui est derrière pour toujours tendre vers ce qui est devant nous. Je trouve que cette discipline s’applique très bien à la course de l’entrepreneuriat : s’inspirer des réussites et des erreurs du passé, mais surtout regarder en avant pour saisir les opportunités.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron, membre du bureau MWF Institute est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.


[FCE] Paris

Interview de Dorothée Elbaz, fondatrice de Hub-G.

By Pascale Caron.

Dorothée dirige une société de communication par l’objet et digitale. Elle est également très engagée dans l’entrepreneuriat féminin et a été présidente de FCE Paris Île-de-France pendant 4 ans. Parmi ses multiples activités, elle est parallèlement conseillère prud’homale de Paris et secrétaire générale de la CCI. J’ai rencontré Dorothée lors du congrès annuel de Femmes Chefs d’entreprise à Nice, et j’ai eu envie d’en savoir plus sur son parcours.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je suis issue d’une famille de 6 enfants, dont 4 garçons, et j’étais la petite dernière pendant 7 ans avant l’arrivée de ma sœur que je réclamais. Mon père était entrepreneur, j’ai donc baigné très tôt dans ce milieu. J’ai eu une enfance décalée, car j’ai été diagnostiquée haut potentiel, très tôt. J’avais du mal à m’adapter aux gens de mon âge, ce qui m’a forgé un caractère de battante. J’ai passé mon bac à 15 ans, avec 3 ans d’avance et j’ai tout fait de bonne heure. J’ai rencontré mon mari à 16 ans et je me suis mariée à 20 ans.

Sortie du bac je me suis lancée dans des études de droit pour devenir avocate, mais j’ai eu mon premier enfant à 20 ans et j’ai dû arrêter mon cursus en maitrise.

J’ai finalement commencé dans le métier que j’exerce aujourd’hui par hasard. J’étais venue pour soutenir une amie, seulement quelques jours. C’était une société d’import-export d’objets de décoration venus d’Asie, chez Atoll.

Cette aide ponctuelle, c’est en définitive transformée en un travail passionnant d’acheteur, chez Comexo, pour les enseignes de vente par correspondance de Lille, comme la Redoute, les 3 Suisses et Yves Rocher. J’excellais dans mon domaine.

Au bout de 5 ans j’ai commencé à avoir des fourmis dans les jambes : un chasseur de têtes me contacte et me propose un poste de technico-commercial pour la société Caesar diffusion. J’ai suggéré à mon patron de l’époque de me donner ma chance au commercial, mais il a refusé. J’ai donc décidé de rejoindre cette nouvelle aventure spécialisée dans l’importation et la communication par l’objet. Je leur ai apporté une méthode de travail. J’ai innové en faisant de l’import à la source et en créant des showrooms et je générais à moi seule 30 % du chiffre d’affaires de la boite !

Entre-temps, j’avais déjà 2 enfants, et je me suis confrontée au sexisme des hommes lorsque j’ai annoncé ma 3e grossesse. J’étais très engagée, continuant à travailler à distance y compris le week-end. Mais cela n’a pas suffi, ils se sont séparés de moi juste avant mon retour par lettre recommandée : à l’Américaine ! L’ironie du sort est que je n’avais même pas reçu la lettre, car c’était la Pentecôte : un jour ouvré, pour les sociétés privées, mais fermé pour la Poste ! Mon bureau avait été vidé et l’entrée m’était interdite. Depuis ce jour-là, révoltée, je me suis engagée dans la défense du droit des femmes.

 

Et tu as créé ton entreprise ?

Oui, j’ai reproduit ce que je savais faire en fondant tout d’abord « Créations Dor ». J’aimais ce nom, car il avait un petit côté « Christian Dior ». J’étais située place de l’étoile, avec l’arc de triomphe sur mon logo.

Fonder son entreprise n’est pas un long fleuve tranquille et j’ai bien sûr fait face à la solitude du dirigeant. Il fallait vendre, sourcer, mais aussi faire l’administratif et les tâches ingrates tout en assumant mon rôle de mère. Mes bureaux étaient localisés près de mon frère, expert-comptable, et mon mentor. Il m’a accompagnée avec son côté pragmatique et terre à terre, et m’a permis de prendre du recul. Un bon commercial fait la pluie et le beau temps dans une entreprise, et gagne généralement mieux que le patron ! Je m’en suis rendu compte à ce moment-là, mais la liberté, ça se paie. Le plus dur était de faire face à mes émotions. Une question me taraudait : mais comment font les autres femmes dirigeantes ?

En creusant, je suis tombée sur un article en 2007, où Marie-Christine Oghly, actuelle présidente monde FCEM et présidente France à l’époque, m’a inspirée. J’ai donc rejoint la délégation de Paris. J’ai intégré le bureau en tant que responsable de la communication très rapidement et j’en ai pris la présidence en 2017 pour un mandat de 2 ans qui a été renouvelé jusqu’en 2022. Je suis actuellement Vice-présidente Île-de-France.

Cette communauté m’a énormément aidé : nous avions beaucoup de problématiques communes.

Pendant ce temps mon entreprise se développait autour de mes clients, comme L’Oréal ou SNCF. Mais 3 événements m’ont obligée à penser à la suite. Tout d’abord j’ai perdu mon père en 2015 ce qui m’a beaucoup affectée. J’ai également eu un 4e enfant ce qui m’a obligée à lever le pied et à déléguer à mon équipe, puis il y a eu la pandémie.

La période de la Covid m’a contrainte à repenser mon activité et j’ai décidé de prendre un virage numérique. J’ai changé le nom de ma société qui s’appelle maintenant Hub-G (en référence à Objet), au carrefour de la communication digitale et de l’objet avec le G de green comme éco-engagé.

J’ai fait une formation et je me suis appuyée sur de nouveaux profils qui sont venus enrichir mon équipe : des community managers. Nous avons démarché une clientèle différente : avocats, experts-comptables, restaurants. Mon activité reste encore 75 % orientée objet physique, mais nous progressons.

 

Peux-tu nous parler de ton mandat aux Prud’hommes et à la CCI ?

En adhérant aux FCEs, on est investies d’une responsabilité, nous devenons des ambassadrices. On est souvent sollicitées pour des prises de mandat.

J’ai donc répondu présente pour les Prud’hommes depuis 5 ans. J’ai pu utiliser mes compétences de droit et ça a été ma revanche sur ce que j’ai subi.

Je suis également à la section commerce de la CCI. Nous avons la grande chance d’avoir une femme présidente de la CCI Paris, Soumia Malinbaum, et je fais partie du bureau restreint. L’entrepreneuriat féminin est au cœur de nos priorités.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

Le plus important est de réussir la transformation numérique de mon entreprise en passant mon activité à 50/50. J’ai également des ambitions internationales : j’ai déjà pris des contacts avec le Canada.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ? Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Dans la sphère familiale, je citerais mon père, un chef d’entreprise, taureau et fonceur comme moi qui ne parlait pas beaucoup, mais dont je buvais chaque parole. J’avais une relation fusionnelle avec lui et je voulais réussir pour lui. Mes frères et moi, nous sommes tous devenus patrons, surement en suivant son exemple.

Je suis une fan absolue de Simone Veil, et je collectionne des tableaux la représentant ; j’aime la pugnacité de Christine Lagarde. J’ai été fascinée à l’époque par le côté fonceur de Bernard Tapie qui réussissait tout et j’admire beaucoup l’audace de Xavier Niel que j’ai eu la chance de rencontrer.

Coté livre, je conseillerais, « Le 2e sexe » de Simone de Beauvoir, et les livres d’Isabelle Badinter sur la famille. Pour finir, je conseille « Réinventer les aurores » du grand rabbin de France Haïm Korsia. C’est un manifeste puissant contre l’indifférence, un plaidoyer pour la fraternité.

 

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Je ne pense pas qu’il existe une autre qualité aussi essentielle au succès, quel qu’il soit, que la persévérance. Elle surmonte presque tout, même la nature. »  De John Davison Rockefeller, industriel américain et premier milliardaire de l’époque contemporaine !


[Yoga] et Cirque

Interview de Laurie Yver, fondatrice d’Artboreesens.

By Pascale Caron

Ancienne athlète de haut niveau en équipe de France de gymnastique acrobatique, Laurie est une jeune femme inspirante et inspirée. Tour à tour, professeur de Yoga, de cirque auprès des enfants, artiste, elle est une personnalité qui ne rentre pas dans des cases et c’est ce que l’on aime chez Sowl initiative.

J’ai côtoyé Laurie pendant les années où elle officiait à Isola 2000 et j’ai toujours été fascinée par sa bienveillance et son aura lumineuse. Ces dernières années, elle a organisé des retraites de yoga, des moments merveilleux ou elle convoque ses fées comme elle les appelle. Pour ma part, j’ai vécu des parenthèses enchantées et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu en savoir plus.

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Mes parents étaient commerçants, j’ai donc longtemps été baignée dans un milieu d’entrepreneur. Maman dirigeait des commerces. Très jeune, j’ai mis la main à la patte et c’est comme cela que j’ai appris la valeur du travail.

Je suis originaire de Lyon. J’ai commencé la gymnastique à huit ans. Avec mes parents, nous sommes venus nous installer à Cannes-Mandelieu pour que je puisse m’entrainer à Antibes, où j’ai intégré l’équipe de France de gymnastique acrobatique. J’ai pratiqué cette discipline jusqu’à mes 17 ans. Cette aventure extraordinaire m’a permis de faire les championnats d’Europe et du monde. J’étais véritablement passionnée, mais le rythme a fini par devenir compliqué, donc j’ai choisi d’arrêter. Autant dire qu’ensuite, ce fut la descente aux enfers : habituée à un entrainement de 30 h par semaine, je me retrouvais désœuvrée… Je ne savais plus trop qui j’étais.

La montagne et les grands espaces d’Isola 2000 m’ont permis de surmonter ce manque. Mon grand-père et mon père sont Grenoblois, j’ai toujours fait beaucoup de ski, mais j’avais dû mettre ce sport entre parenthèses pour la compétition. J’ai redécouvert les sensations de la glisse à la fin de l’adolescence, grâce à une copine qui faisait ses saisons à Isola 2000. J’ai eu le coup de cœur, la montagne est donc devenue une évidence.

 

Lors de mon 1er voyage à 21 ans aux États-Unis, je me prends à explorer les concepts innovants qui émergeaient sur ce marché, et c’est là en 2011 que je participe à mon premier cours de Yoga. En rentrant, je veux me lancer dans des études de commerce. Mon papa, qui avait fait HEC et Science Po, me conseille l’école de la vie. Malgré mon jeune âge, j’avais déjà vécu plusieurs expériences.

 

À 21 ans je crée donc ma 1 ère entreprise dans la restauration avec 5 employés à Hyères les Palmiers. Cette première expérience se solde par un échec, problèmes de rentabilité. J’ai fait toutes les erreurs possibles, mais j’ai beaucoup appris. Tout est allé trop vite. Je savais pertinemment que ce mode de vie n’était pas fait pour moi.

En parallèle, je me suis fracturé une vertèbre en snowboard. Mon corps était fragilisé. Ça n’a pas manqué, je m’en suis cassé une deuxième un an plus tard en glissant bêtement. Coup du sort ou destin, cette mésaventure m’a ouvert les portes d’un nouvel horizon. Je suis allée voir une kiné qui m’a fait faire de la rééducation et du yoga. Cela m’a permis de m’écouter, de me découvrir et de me rendre compte que le temps était une ressource précieuse. C’était en 2014, on ne pratiquait pas encore beaucoup en France.

J’ai compris que j’étais faite pour ça, j’ai donc cédé mes parts à mon associé et je suis partie me former à Bali après seulement 2 cours dans toute ma vie.

Là-bas, j’ai fait un grand cheminement intérieur et tout a basculé quand j’ai réalisé que l’on pouvait vivre de ses passions. Je les avais trouvées, la montagne et le Yoga.

On montait déjà à Isola 2000 depuis des années : j’avais découvert mon lieu. En 2014, j’ai pris 6 mois pour faire un essai et je propose à la station de donner des cours de yoga. Cette discipline n’était pas connue en France et je n’ai pas rencontré le succès escompté tout de suite.

J’ai donc réfléchi à des alternatives. La plupart de mes amis en équipe de France s’étaient reconvertis en tant qu’artistes dans le Cirque du Soleil. J’ai donc entamé une école de cirque pendant 1 an. J’ai travaillé d’arrache-pied et à 26 ans après 8 ans d’arrêts j’ai retrouvé mon niveau. Je dirais même qu’avec la maturité et un objectif de vie je suis arrivée à me transcender.

En parallèle, je monte régulièrement à Isola et je me demande si ce futur métier d’artiste pourrait me faire vibrer. J’ai une envie de m’ancrer : la montagne me parle vraiment et je suis toujours attirée par le yoga. Physiquement je commence à être limitée et finalement je prends la décision de m’installer à Isola. J’ai donc créé le Chalet des arts à Isola, mélangeant école de cirque pour les enfants et yoga pour les adultes. J’ai continué à me former en parallèle, comme le paddle yoga, le yoga pour les enfants, le reiki, la sonothérapie… Puis, mes élèves se sont confiés et m’ont fait part de déséquilibres plus profonds. J’ai eu envie de pousser plus loin mon accompagnement. En me faisant soigner par une acupunctrice, j’ai eu une nouvelle révélation et j’ai décidé de me former à la médecine traditionnelle chinoise afin de proposer une approche holistique.

 

 

Quel parcours! Comment as-tu organisé les retraites de yoga?

Tout est venu de l’idée de créer un séjour au cours duquel je pourrais offrir un programme hors du temps, une bulle de déconnexion. Nous avons choisi de les orchestrer en duo avec ma meilleure amie professeure de yoga et chef nutritionniste. C’est un voyage holistique doublé d’une immersion dans la nature. Ces expériences m’ont nourrie et m’ont donné confiance.

 

Comment as-tu décidé de quitter Isola 2000?

C’est mon corps qui m’a de nouveau envoyé un signe. À la suite d’un tour de vélo, je me suis blessée à la main et j’ai dû me faire opérer un 15 aout à Nice. Il a fallu entamer une rééducation et j’ai choisi de rejoindre ma maman à Albertville. J’ai cherché un kiné du sport et c’est comme cela que je me suis retrouvée dans l’espace bien être « les sources », à côté du lac d’Annecy. En arrivant au centre je découvre la salle dont je rêvais depuis des années : c’est un lieu de ressourcement tout en bois avec de poutres apparentes et une vue splendide sur le lac. Ils y pratiquent la médecine chinoise, l’ostéo, la psycho : tout ce que j’adore. La propriétaire est également en reconversion d’une carrière dans le textile. Elle me propose son local pour donner des cours de cirque.

Après cette rencontre, je suis allée faire un tour de vélo et je croise Hervé, un des administrateurs du centre des arts du cirque d’Annecy  ! Ces signes ont résonné en moi. Après 6 ans d’Isola 2000, je décide de m’installer en Savoie et de tout recommencer. Tout est allé très vite. J’ai découvert des gens passionnés de montagne qui m’ont ouvert leur porte. Mes cours de cirque ont suscité beaucoup d’engouement, dès la première semaine.

Comment t’est venue cette idée incroyable de spectacle de cirque sous un parapente? On a tous été bluffés.

À Isola, j’avais mis mes projets artistiques entre parenthèses. Ici, j’ai eu envie de faire des spectacles en extérieur et c’est comme cela que j’ai imaginé ce vol en parapente. Au gré de mes tours à vélo, j’ai visité des endroits extraordinaires. J’ai rencontré une équipe de parapente qui montait leur école et qui cherchait à se faire connaitre et un photographe que je suivais sur Instagram. Tous ont adhéré à l’aventure. Nous avons démarré par une vidéo. Je souhaitais immortaliser ces instants pour me souvenir d’abord de ces moments précieux et puis bien sûr pouvoir les partager. J’ai également d’autres projets artistiques en duo avec Manon, une amie artiste. Ce premier opus nous a propulsés dans la lumière : il a été relayé sur France 3, au journal national de France 2, ce qui nous a donné de la visibilité auprès des festivals. On a décidé de retravailler notre projet et de l’étoffer pendant un an afin de proposer un court métrage.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

J’ai des projets artistiques qui sont entrain de prendre forme, qui allient la montagne, l’art et l’eau sous toutes ses formes. Je vais également terminer mon école de médecine traditionnelle chinoise.

Je cherche en priorité un lieu, un espace à moi ou je pourrais créer et accueillir. J’aimerais accompagner d’anciens sportifs de haut de niveau lors de leur transition de fin de carrière ; j’ai appris à mes dépens qu’il est compliqué de se reconstruire et je pense avoir le recul et la maturité suffisante pour les aider.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée et aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je citerais Margot Bardy, mon entraineure de gym et seconde maman. Elle a fait une partie de mon éducation et je sais que mon gout pour les défis sportifs vient de son enseignement. On s’entrainait sans relâche, tout était possible ! Tous les défis sportifs que je relève, c’est grâce à elle, rien ne m’arrête.

Côté livre, je pense, à Matthieu Ricard et le « plaidoyer pour bonheur ». Comment le trouver, le retenir et même le définir ? Il nous propose de cesser de chercher à tout prix le bonheur à l’extérieur de nous, et apprendre à regarder en nous-mêmes.

Je citerai aussi Eckhart Tolle, et « Le pouvoir du moment présent ». Au cœur de cet enseignement se trouve la transformation de la conscience : en vivant dans l’instant présent, nous transcendons notre ego et accédons à un état de grâce, de légèreté et de bien-être.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Vivre avec passion », « not all classrooms have walls » et « Être, plutôt que faire », tout cela avec une notion de partage.

C’est très important pour moi, on peut passer des moments extraordinaires, mais si on les vit seules, cela n’a pas la même valeur…


[Marque] sport pour femmes

Interview de Norah Luttway, fondatrice de Noliju, première marque française engagée de vêtements de sport pour les femmes qui aiment bouger.

By Pascale Caron.

Avec une expérience en tant que directrice marketing de Naf Naf, Petit bateau et Carnet de Vol, passionnée de Running et maman de 2 garçons, elle a créé sa société en 2016. Noliju sort du terrain de jeu habituel des marques du domaine. Son positionnement hybride, l’activewear, s’inspire des codes du prêt-à-porter et du sport en proposant des vêtements adaptés au running, mais suffisamment élégants, pour être portés en ville. Ils trouvent tout naturellement leur place dans les vestiaires des femmes actives.

 

Noliju, « No limit just U » s’adresse aux championnes du quotidien qui jonglent en permanence entre vie professionnelle, personnelle et séance de sport. Ce sont des produits, innovants, haut de gamme, fabriqués à partir de tissus techniques de qualité, confectionnés en Europe. Née sur Internet, et basée à Sophia-Antipolis, elle a été également présente dans des pop-up stores comme l’aéroport Nice Côte d’Azur, le magasin Printemps à Cagnes-sur-Mer et le concept store Capsule à Cap 3000.

 

 

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

 

J’ai fait ma carrière dans l’univers du textile, ça doit bien faire 20 ans maintenant même si je ne compte plus les années… Mais ce qui est amusant c’est que j’ai débuté dans l’électroménager dans le groupe Whirlpool. J’ai commencé comme dans toute boite américaine par le terrain dans un environnement essentiellement masculin. Puis j’ai évolué vers le marketing opérationnel qui correspond à ma formation chez Kedge Business School, pour finir dans le département innovation au siège Europe non loin de Milan. Je pense que cette expérience a été fondatrice pour créer mon entreprise plus tard. Nous étions dans un MBA accéléré, plongés dans une atmosphère internationale, formés par des consultants en stratégie. Nous devions imaginer le business de demain. C’était passionnant, nous étions tous de pays différents et nous voyagions à travers le monde pour trouver les idées de business pour le futur de la société.

Mais j’ai eu envie d’un univers avec plus de créativité et j’ai rejoint ensuite le milieu du prêt-à-porter en intégrant Petit Bateau en 2001 ; je n’ai alors plus jamais quitté le domaine du textile. J’avais un job de rêve, puisque j’étais chargée d’adapter notre stratégie marketing aux spécificités locales des marchés internationaux.

Je me suis mise par exemple au Japonais et j’ai pris des cours de culture japonaise, pour mieux comprendre leur mode de fonctionnement et pouvoir déployer les stratégies dans les filiales. J’ai travaillé aux États-Unis avec « un genre de Woody Allen » de l’étude de marché. En voyageant, j’ai réalisé l’importance grandissante de la vente à distance et Petit Bateau m’a donné la possibilité de créer cette nouvelle filière. J’ai donc travaillé sur les sites ecommerce pour le Japon, et l’Allemagne et les États-Unis. Je je suis partie faire des catalogues en Afrique du Sud où j’ai côtoyé le monde artistique de création avec les stylistes, les photographes, etc. Ce mélange de culture me passionne, parce qu’il est également dans mes gènes avec une maman allemande et un papa hongrois.

J’ai ensuite été recrutée pour être directrice marketing France et internationale chez Naf Naf. Après les machines à laver et les petites culottes, je me suis retrouvée dans l’univers du prêt-à-porter Femmes. J’avais la trentaine, j’étais au comité de direction et je gérais une équipe de 20 personnes. Nous étions en charge de l’ensemble du marketing, des vitrines, des produits, des campagnes de communication, de la stratégie et du positionnement de la marque… Cette expérience a sûrement semé des graines qui ont fleuri plus tard quand j’ai décidé de créer mon propre univers.

On a ensuite choisi avec mon mari de descendre dans le sud de la France, car il est originaire de la région. Je n’ai pas eu à réfléchir longtemps, puisque Carnet de Vol, marque de prêt à porter homme cherchait une directrice marketing au siège social à Carros. C’était une plus petite structure que celles pour lesquelles j’ai travaillé dans le passé et j’ai été heureuse de me replonger dans l’opérationnel. J’ai façonné la notoriété de la marque et j’ai fait un partenariat notamment avec Camille Lacourt, le champion du monde de natation. Cette expérience m’a permis de m’immerger dans l’univers du sponsoring sportif. Toutes ces expériences ont dû nourrir une envie latente.

 

 

Comment est venue l’idée de Noliju ?

Arrivée dans le sud de la France, je me suis prise de passion pour le running. J’ai commencé par quelques 10 km, puis un semi et j’ai préparé mon premier marathon. J’ai eu le déclic quand mon fils, venu me soutenir lors d’une course, m’a innocemment demandé pourquoi je me déguisais pour courir ? Pourquoi je ne pouvais pas simplement rester la même que d’habitude et tirer un trait sur mon style pour mes séances de running ?

J’ai eu envie de faire quelque chose de plus élégant tout en travaillant avec un sourcing proche, 100 % Europe pour la confection et les tissus pour la qualité et la technicité : France, Italie, Portugal.

Au bout de 3 mois de recherche, animée d’une force et d’une énergie incroyable je décide de négocier mon départ en 2015 et de créer ma marque.

J’ai collaboré avec une styliste modéliste britannique et ma 1re collection été est sortie en 2016 il y a 6 ans maintenant. C’est une marque digitale, pour « les championnes du quotidien » qui courent dans tous les sens. J’ai commencé toute seule avec une bonne organisation. J’ai fait rapidement mon business plan et je me suis entourée, en participant à une formation sur la création d’entreprise, à l’IRCE. J’y ai rencontré des professionnels une fois par semaine pendant 2 mois. J’ai pitché ensuite au CEEI et j’y ai installé mon premier bureau en février 2016. J’ai démarré avec un site e-commerce et après 3 ans j’ai mis en place un nouveau mode de commercialisation avec des préventes mensuelles. Il faut savoir que dans le textile nous avons un fort besoin en fonds de roulement. C’est pour cela que ce mode de vente est très intéressant, mais en réalité je travaille quand même sur 2 collections par an afin de renouveler notre offre et répondre aux demandes de nos partenaires distributeurs.

J’ai fait une levée de fonds l’été dernier pour développer la présence de la marque et nous sommes maintenant 7 avec une équipe commerciale et une dans le digital. Mon associé s’occupe du business développement. Il a une carrière dans l’univers du sport et nous permet de structurer la distribution de la marque en B2B. La notoriété doit passer aussi par plus de visibilité. La plupart des femmes ont encore besoin de toucher et d’essayer les produits textiles. C’est pour cela que j’ai fait quelques partenariats avec des boutiques physiques comme avec Cap 3000 et d’autres Pop-up stores en France et à l’international.

 

Quels sont tes prochains challenges ?

 

C’est tout d’abord de franchir l’étape du développement B2B. Nous voulons également étendre la présence à l’international grâce à la valeur de la marque française.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirées dans ta carrière?

 

Mon papa avait ouvert une filiale d’une boite américaine dans le domaine de la finance et mon frère a créé une entreprise aux États-Unis. Leurs 2 expériences ont sûrement fait germer inconsciemment cette envie d’entreprendre.

La personnalité qui m’a donné des ailes c’est Vincent Huguenin, mon ami de cœur qui est parti cette année, trop tôt. C’était le PDG de Petit Bateau quand j’y étais. Il avait cette triple compétence, celle de gérer l’humain, d’être un visionnaire et également un financier. Il avait réinventé Petit Bateau qui était à l’époque à l’instar de Jacadi une marque devenue classique et quelque peu vieillissante. Il avait eu l’idée de repositionner la marque sur l’impertinence des enfants en rajoutant de la gaieté et de l’humanité. Il m’a donné la confiance et l’envie d’entreprendre, en me permettant de développer une expérience professionnelle passionnante, très tôt dans ma carrière. Il avait poursuivi sa carrière en tant que DG chez Kenzo et puis chez Hermes et avait suivi mon aventure entrepreneuriale depuis le début et est toujours resté un ami. Il va beaucoup me manquer,

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

 

C’est difficile de choisir, mais j’en conseillerais trois : tout d’abord la biographie de Jeff Bezos de Brad Stone. C’est l’histoire de la croissance sans précédent d’Amazon et de son fondateur : la réussite commerciale la plus importante de notre époque.

 

Le deuxième est « Petit pays », un roman partiellement autobiographique publié par Gaël Faye. C’est un témoignage poignant autour d’un des génocides du XXe siècle : celui du Rwanda, lors duquel les Hutus massacrèrent des Tutsis.

 

Le dernier est un livre de développement personnel, les quatre accords toltèques de Miguel Ruis. Il propose de nous libérer de la pression et nous explique comment les sociétés contemporaines nourrissent les corps et les esprits par la peur du lendemain et limitent ainsi nos facultés à percevoir le sentiment de liberté.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Il n’y a pas de barrières, mises à part celles que l’on se fixe nous-même », « No limit just U ».