[Mode] inclusive

Interview de Awa Sagna, fondatrice de Peuhl Fulani basée à Montpellier.

By Pascale Caron

Awa est une personne qui a eu plusieurs vies : tour à tour championne de boxe française, top model pour Cartier ou Thierry Mugler, publiciste pour Publicis ou le groupe RTL, et Chroniqueuse TV et en ligne. En 2019 elle se lance en tant que chef d’entreprise et crée la marque « Peulh Fulani », dédiée à sa tante, la regrettée Katoucha Niane, muse d’YSL que l’on surnommait la petite princesse Peulh.

Startup innovante née entre Montpellier, Paris et Dakar, Peulh Fulani compte bien dynamiser le secteur du textile et du e-commerce français. Elle a pour volonté d’imposer ses maillots de bain, haut de gamme, en matières 100 % écologiques fabriquées à partir de bouteilles de plastique. Influencée par la haute couture française et la culture Peulh, c’est le mariage de 2 pays, entre savoir-faire traditionnel africain, et technologique numérique.

Elle a été sélectionnée par l’incubateur Sprint, soutenu par la Fondation Chanel, pour accélérer son développement au Sénégal. En mars 2022, elle est lauréate du « Pass Africa Initiative » de BPI France et du Conseil Présidentiel Africain. Elle est nommée parmi les Tops 500 qui bâtissent l’Afrique de demain par le magazine D’Afrique du Sud « Tropics ».

En juillet 2022 c’est Jean Christophe Tortora, PDG de la Tribune, touché par son histoire, qui lui offre d’ouvrir le forum « Women Future Méditerranée ». Elle est également mise à l’honneur dans le magazine ELLE qui lui consacre un article sur ses multiples vies.

Engagée dans une démarche d’entrepreneuriat responsable, elle fonde en parallèle la « Maison de l’Afrique — Berceau de l’Humanité » pour soutenir les artistes et les jeunes startups qui souhaitent se développer entre la France et l’Afrique.

Je l’ai rencontrée lors d’un comité « Label Initiative Remarquable » Initiative France, au cours duquel nous lui avions décerné le label et j’ai eu envie d’en savoir plus.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours et comment as-tu créé ta société ?

Je suis née à Paris au sein d’une famille nombreuse et aimante. J’ai été façonnée par des femmes. Tout d’abord Catherine Noël, qui, en m’enseignant la danse, m’a appris à être à l’aise avec mon corps tout en étant ancrée au sol.

Adèle Badgi du ballet Niaba, au New Morning à Paris, m’a inculqué ensuite le Sabar, une danse sénégalaise aérienne, tout l’inverse de mes débuts.

Dans mes années lycée, j’ai croisé la route d’une professeure de boxe française, Sylvie Leriche, qui m’a emmenée jusqu’aux championnats de France. C’est une grande fierté d’avoir été aux championnats de France à Liévin avec mes camarades du Lycée Charles Baudelaire.

Et puis j’ai rencontré Almen Gibirila, à Clichy dans un petit atelier mode. Elle m’a fait connaitre le monde de la mode, m’a permis de défiler, et j’ai appris à prendre confiance en moi et à m’imposer.

Ces quatre femmes ont contribué chacune à faire de moi la personne que je suis devenue. Puis très vite, un personnage fondateur est arrivé dans ma vie : Tata Katoucha, muse d’Yves Saint Laurent, qui va m’inculquer la posture. « Il faut être belle et en avoir dans la tête », me disait-elle. J’ai eu la chance de défiler avec elle au musée du Quai Branly sur le thème de l’Afrique. Elle a eu un destin tragique et a disparu en février 2008. Elle était très engagée contre l’excision et l’autonomie des femmes. Par la suite, j’ai défilé pour Saint-Laurent, Cartier, Mugler… à New York, Londres, Paris, Milan.

Ma vie a changé de cap quand j’ai rencontré Hedwig Dethée, qui me propose de le rejoindre dans le monde de la publicité, et d’interviewer les responsables de marques. Je décide de quitter l’univers de la mode à un moment où j’étais au top de ma carrière, contre la volonté de ma mère. Il m’apprend un nouveau métier, crée une télévision, me met à l’écran. Très vite, je produis des émissions au carrefour du design de la mode et de la culture, afin de séduire les annonceurs. On est en 2006 et malheureusement peu de temps après mon mentor décède.

À cette époque, je rencontre mon mari que je suis tout d’abord en Normandie, puis à Montpellier. C’est là que je me lance dans la radio, pour Fun Radio, RTL2 et plus tard RTS. Je crée des spots publicitaires sur mesure pour les marques locales.

À la suite d’une rencontre avec Antoine Rémy de Groupon, au « Café Riche », mon QG à Montpellier, j’embrasse une carrière dans le Web. « Vous êtes une preneuse de risque, rejoignez Groupon ! ». Je les rejoins donc à Montpellier puis Paris.

Je rallie finalement le groupe Publicis en 2017, avec à sa tête Maurice Levy : ça a été un honneur pour moi de travailler pour lui. J’y ai approfondi mes compétences Web sur Google et Facebook.

En 2019, je décide de me lancer dans l’entrepreneuriat en combinant tous mes métiers mode, communication, web et humanitaire.

 

C’est à ce moment-là que tu as créé « Peulh Fulani » ?

Oui. J’ai fondé une marque inclusive de maillots de bain 100 % écoresponsables, adaptée à toutes les carnations de peaux et à toutes les morphologies. Les Peuhls sont une ethnie nomade d’Afrique de l’Ouest. Ils ont des tatouages sur le visage et sur le corps que nous avons reproduits, sur du polyester recyclé. Je travaille actuellement avec deux usines en France et au Portugal. J’ambitionne d’établir mes propres outils de production en France et en Afrique. La filière du textile est un secteur à dynamiser en misant sur les nouvelles technologies qui permettent aujourd’hui d’être créatif et innovant, tout en protégeant l’environnement.

Où en es-tu dans l’évolution de la société ?

La levée de fonds a été un parcours semé d’embuches, mais nous avons finalement récolté le financement. Je vais pouvoir travailler sur la prochaine collection 2023, qui sera sur le thème des pharaonnes. Un de mes rêves est d’organiser un défilé inclusif, pour toutes les femmes de 16 à 60.

 

Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée dans ta carrière ?

Je pense en premier lieu à ma tante Katoucha, qui est partie trop jeune en 2008. Surnommée « la petite princesse Peulh », elle a été le 1er top model noir et égérie d’Yves Saint-Laurent. Ses combats pour l’excision m’ont inspiré. Son image de femme forte en transformation perpétuelle m’accompagne encore aujourd’hui.

Une autre personnalité fascinante, c’est Michèle Obama. Elle n’a pas seulement été l’épouse du 44e président des États-Unis, la première « First Lady » noire de l’histoire de ce pays et la mère de famille que l’on connait. Durant les deux mandats présidentiels de son mari, elle s’est engagée pour de nombreuses causes : comme la lutte contre l’obésité, les droits des personnes LGBT ou l’éducation des jeunes filles dans le monde. Elle est un modèle pour moi.

La dernière est Simone Veil, sa force malgré sa vie difficile et ses sacrifices m’ont guidée.

 

Aurais-tu un endroit dans le monde, que tu aimerais nous partager ?

Je pense à une petite plage incroyable à Bali, qui s’appelle Jimbaràn. Elle fait du bien et apporte de très belles énergies. J’ai également le village de Djiragone en Casamance au Sénégal, le meilleur endroit pour se ressourcer au cœur de la nature, en mangeant un bon Thiéboudiène.

 

En conclusion aurais-tu une devise ou un mantra ?

Mon mantra c’est « Ubuntu », une philosophie africaine qui signifie :

« Nous ne sommes rien sans le partage avec les autres ».

A propos de l’auteur : Pascale Caron, membre du bureau MWF Institute est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.

 


[Abidjan] impact

Interview Katy Marcos fondatrice Couleur Bois

Par Patricia Cressot

Katy, on veut en savoir plus, parlez nous de vous

D’origine Libanaise et de nationalité Française, je suis née en Guinée Conakry. J’ai vécu à Marseille de mes un an et demi à mes 7 ans. Puis je suis partie en Côte d’Ivoire où j’ai grandi de mes 7 ans jusqu’à l’âge de mes 18 ans. J’ai ensuite fait plusieurs voyages et la vie m’a rapidement conduite à nouveau jusqu’à Abidjan. Avec une maman active, bricoleuse et couturière, j’ai suivi la tradition et j’ai commencé par une école de couture puis j’ai eu la chance de travailler comme petites mains chez Christian Dior à Paris. Je souhaitais aller plus loin, alors j’ai ensuite fait les Beaux-Arts à Marseille dans les années 1986. J’étais à ce moment prédestinée à exercer un métier artistique. Puis un jour, à la recherche d’œuvre d’art pour ouvrir une galerie, je suis entrée dans cette entreprise qui était à vendre et à l’abandon, j’ai franchi le pas de la porte et je me suis dit « c’est ici que je veux être ». Et c’est ainsi qu’une grande histoire d’amour pour le travail du bois a démarré. Je suis Ivoirienne de Cœur, je suis une enfant du pays. Je me sens à ma place au sein du « berceau de l’humanité ». C’est ici que j’ai grandi, que j’ai eu mes enfants et que je travaille. C’est un magnifique pays d’opportunités, une terre d’accueil qui aujourd’hui encore laisse de l’espace à tous les entrepreneurs ambitieux qui souhaitent se lancer. Pour moi ici, tout est encore possible.

Quel a été le déclencheur pour créer couleur bois et quel est son histoire ?

Couleur Bois est le successeur de l’un des plus anciens ateliers d’artisanat d’Abidjan, datant de 1960, du nom de Nocodaf qui signifie « Noix de coco d’Afrique ». Tout a commencé avec le constat suivant : la noix de coco est un isolant naturel. C’est ainsi que nous l’avons transformé en seau à glaçon nommé « Glacière en Noix de Coco ». L’idée était née, le brevet déposé & l’entreprise lancée. Nous fabriquons des seaux à glace, des coupelles en noix de coco et aussi des pirogues en feuilles de coco. Et puis, au fil du temps nous avons étendu notre savoir-faire de la coco, au bois de cocotier jusqu’aux bois exotiques tel que le Teck, d’Acacia et d’Iroko…. Toujours en préservant le naturel du bois mais aussi en le vernissant et en le décorant (bronze, cauris, peinture…). Au fil des ans, les créations se modernisent, se diversifient et nous restons toujours tournés vers l’innovation.

Quels ont été les challenges et défis à relever ?

Depuis 26 ans que l’enseigne Couleur Bois existe, j’ai été sur tous les fronts : de l’atelier à la création, à la vente, à la commercialisation, au développement, je faisais tout toute seule. J’y ai mis toute mon âme et tout mon cœur. Je me rends compte maintenant que si je m’étais entourée plus tôt, toute l’énergie que j’ai mise dans la gestion du quotidien de l’entreprise aurait pu être déployée de manière différente pour faire la « décoller » plus rapidement et équilibrer ma vie professionnelle et privée. Ce que j’ai commencé à faire depuis le début d’année avec l’arrivée d’une architecte d’intérieur et d’une assistante manager dans mon équipe.

 Avec combien d’artisans travaillez-vous?

Je travaille avec une équipe d’une trentaine d’artisans. Menuisiers, Ebénistes, Sculpteurs, Ponçeurs, Artistes peintres, Vernisseurs. Mais aussi une équipe administrative et trois équipes de vente pour nos différentes boutiques. Ce qui fait une multitude de métiers différents dans notre petite entreprise familiale. 5. Vous avez ouvert d’autres points de vente ? Quelle est la prochaine étape ? Nous avons récemment ouvert une nouvelle boutique dans la galerie de l’hôtel du Sofitel d’Abidjan. Ce qui nous fait trois boutiques. Une au Sofitel, une autre dans un grand centre commercial et enfin notre maison mère qui se trouvent sur deux étages avec notre gamme complète que ce soit en artisanat, en Art de la table mais aussi en ameublement et en décoration. La prochaine étape sera pour nous à l’évidence d’ouvrir une boutique en ligne avec livraison internationale de nos marchandises. C’est aujourd’hui un réel challenge pour nous car la digitalisation n’a jamais été au centre de l’activité de Couleur Bois, qui reste une entreprise familiale et artisanale. Petit à petit nous renforçons notre présence sur les réseaux sociaux et conjointement nous travaillons depuis quelques temps sur une ouverture prochain de ce fameux site de vente en ligne.

Quels conseils donneriez-vous pour réussir une reconversion professionnelle ?

C’est une très belle question à laquelle je ne saurai répondre car je fais la même activité depuis le début de ma carrière professionnelle, soit maintenant 26 ans. Mais je vois autour de moi énormément de personnes qui se lancent dans des reconversions professionnelles et d’après ce que j’observe je pense que c’est la passion qui permet de réussir. Peu importe l’objectif : épanouissement personnel, découvertes, divertissement… c’est réellement la passion qui anime la réussite des reconversions professionnelles.

En tant que femme cheffe d’entreprise, est-ce plus difficile d’imposer vos idées qu’un homme? Non ! Après toutes ces années de travail je peux affirmer que non, être une femme n’a jamais était une barrière dans mon rôle de cheffe d’entreprise. A partir du moment où j’ai toujours été exemplaire, investie dans toutes tâches de l’entreprise, soucieuse de l’activité de chacun, exigeante jusque dans les moindres détails. Le respect s’est fait naturellement. Car quand le travail avance, que les créations se vendent, le personnel prend confiance et suit leur cheffe.

Qu’est-ce qui vous inspire?

Je considère avoir une totale liberté artistique. Je peux créer au gré de mes envies, de mes goûts et laisser voguer mes inspirations. Mais le plus important est pour moi la liberté d’expression. Grâce à mon métier, j’ai la chance de pouvoir m’exprimer à travers mon ART(isanat)! Je pense que l’artisanat est un véritable outil d’expression qui me comble quotidiennement. Cette magnifique liberté je la constate aujourd’hui dans le fait que mon travail a été la source d’inspiration de beaucoup de personnes dans leurs créations.


[Corps] Esprit

[Corps] Esprit

Interview de Linda Ftouni, Osthéopathe & Poète à Dakar,

par Patricia Cressot

J’ai rencontré, Linda Ftouni, il y a quelques années par un heureux hasard. Ostéopathe, poète en herbe, humaniste, contestataire des inégalités sociales grandissantes dans le monde, elle rêve d’un monde meilleur. J’ai voulu vous la faire connaitre.

Linda, peux-tu nous brosser un tableau de ton parcours ?

Je suis née de deux parents libanais eux-mêmes nés au Sénégal dans les années 50, leurs propres parents étaient immigrés du Liban.

Après la terminale, je suis partie à Paris avec pour objectif de devenir pédiatre et de m’occuper de nouveau-nés. On connait tous le fameux concours de médecine et sa sélection drastique qui m’a obligée à chercher une autre voie. En considérant le métier de sage-femme, je tombe sur un article mentionnant les bienfaits de l’ostéopathie sur le nouveau-né. Ce fut une révélation pour moi. J’ai découvert un univers beaucoup plus large, bien au-delà de mes espérances !

Une fois mes études terminées, je n’imaginais pas élever des enfants à Paris et j’aspirais à retourner vers ce que j’avais connu. Après une étape en Côte d’Ivoire, nous rentrons au Sénégal où nous sommes installés depuis 12 ans.

Qu’est-ce qu’apporte l’ostéopathie au patient ?

L’ostéopathie est une thérapie manuelle reconnue par l’état français. En posant les mains sur les patients, nous sentons les zones qui ont perdu leur mobilité et leur fonction. Grâce aux techniques ostéopathiques, nous redonnons de la mobilité, ce qui permet aux symptômes de diminuer et de disparaitre. 

Je travaille en ostéopathie biodynamique, une méthode qui parait très douce de l’extérieur, mais qui est très puissante. Le patient prend conscience qu’il détient en lui toutes les possibilités de guérison. L’ostéopathe « ne remet pas en place » des vertèbres par des manipulations. Je vois chaque jour des êtres qui se rendent compte du miracle qu’est leur corps et c’est extraordinaire !

Qu’est ce que t’a apporté l’ostéopathie ?

Derrière une profession, c’est aussi un art de vivre. Un de mes professeurs disait : « Vous ne pourrez pas être ostéopathe dans votre cabinet et autre chose au-dehors ». Pour ma part, cela s’est vérifié. Observer quotidiennement sous mes mains, ces mécanismes s’agiter pour réparer le corps et l’esprit a construit ma vision du monde, comme une sorte de chemin spirituel. Cela ressemble à des courants d’eau qui circulent dans le corps. De plus, pour que ces mécanismes fonctionnent, je dois être ancrée et cela me demande une manière d’être apaisée au quotidien malgré les grands vents.

L’ostéopathie a donc un impact sur les émotions ?

Tout comme une chute laisse des traces dans les corps, il en est de même pour les émotions. Si elles ne sont pas digérées, elles vont entrainer des adaptations du corps puis des symptômes. Ce qui me touche, c’est de voir cette prise de conscience chez le patient, il réalise soudain que ses émotions sont là, dans cette douleur de côté, dans cette sciatique qu’aucun médicament n’a pu calmer. On plante une graine de compréhension puis il fera son chemin et souvent il en découle une meilleure écoute de ses besoins physiques et émotionnels.

Qu’est-ce qui t’inspire ?

Ma profession et encore ma profession ! Je me rends compte que j’évolue au quotidien au plus près d’un mécanisme qui n’est ni sexiste, ni raciste, ni capitaliste et qui a la grâce d’être écologique ! Les mécanismes « fluidiques » agissent sur tous, quelle que soit la couleur de peau, le genre. Ils ne discriminent pas.

Mon patient est mon horloge, je ne peux m’arrêter que lorsque ces mécanismes arrivent à un point d’équilibre qui signe la fin de la séance, pas de rentabilité possible !

Et il est écologique évidemment, car il n’y a pas de gaspillage, pas de perte d’énergie, le corps a en lui de nombreuses possibilités.

 J’ai le sentiment incroyable d’être au plus proche d’une universalité et cela me comble au quotidien. Les patients en tous en commun cette capacité de résilience, qui attend d’être stimulée.

J’ai découvert aussi à travers un autre domaine qui est l’écriture que j’avais une relation particulière à la nature qui m’entoure. Je suis sensible aux détails qui font la joie chaque jour une lumière, un oiseau, ou les couleurs des fleurs. La nature m’inspire des émotions très fortes.

Poète en herbe, d’où est venue cette passion ?

En terminale, une de mes professeurs m’avait poussé à faire des études littéraires. Mon père m’a découragé en y voyant un avenir incertain. Mon appétence pour les sciences et mon envie de soigner ont alors jalonné mon parcours.

Après le décès de ma mère, je me suis mise à écrire et cela ne m’a plus quitté. Ce que j’aime dans la poésie, c’est non pas ce romantisme qui lui est souvent reproché, mais la possibilité des mots à s’engager. J’ai commencé par Baudelaire comme tous adolescents puis Neruda et la révélation est venue avec les poétesses russes, Marina Tsvetaeva et Akhmatova. Je découvre actuellement Chedid et Khoury, un vrai bonheur ! J’aime l’écriture en général, la poésie c’est un peu le cri du cœur.

Si tu pouvais changer quelque chose que ferais-tu ?

Je m’intéresse aux discriminations, quelles qu’elles soient. Je me rends compte que la prise de conscience de ces fléaux que sont le racisme, le sexisme, le manque d’éducation est trop lente dans notre société.

J’écoute de nombreux podcasts, et je lis des essais, mais tout le monde n’a pas accès à ces données. Au Sénégal, la radio est un média sont encore très présent, et ce serait génial d’avoir des émissions de philo, ou littéraires, en Wolof ou en Sérère. Cela permettrait à ceux qui ne peuvent pas aller à l’école de développer un esprit critique en ayant accès à la culture. Moi qui vis ici, la découverte des podcasts, littéraires, politiques ou sociologiques, a changé ma vision du monde. Mes parents n’étaient pas férus d’art et aujourd’hui via tous ces médias disponibles, je m’enrichis et me nourris de ce qui m’a manqué. Qu’est-ce qu’un podcast sinon une autre manière de faire de la radio ?

Dans ma vie personnelle, j’aimerais avec le temps allier ostéopathie et écriture dans mon quotidien, et vivre avec les enfants une nouvelle aventure ailleurs. Pourquoi pas à Paris !

 À quoi aspires-tu ?

Sans hésitation, j’aspire à un monde plus juste. Les inégalités sont tellement visibles au Sénégal et dans le monde que cela me perturbe de plus en plus et pas seulement au niveau financier. Aujourd’hui, par exemple, la plupart des femmes incarcérées au Sénégal le sont en raison de leur sexe : les mules qui font passer de la drogue, souvent d’origine étrangère, ne parlent pas la langue et sont utilisées par les trafiquants. L’avortement et les infanticides sont les 2 autres causes d’incarcération des femmes.  Les femmes se retrouvent enceintes et abandonnées. Pour la plupart, elles n’ont pas d’éducation et savent à peine ce qu’est une grossesse. Le déshonneur d’être enceinte, les pousse à commettre l’irrémédiable puisque l’avortement n’est pas autorisé. Elles vivent une double peine par mort d’un bébé et leur incarcération. Cela me choque d’autant plus que si l’on ne souhaite pas dépénaliser l’avortement, on pourrait en attendant faire de l’éducation sexuelle. Le Mozambique est devenu le 4e pays d’Afrique à le légaliser, espérons que le recul des droits des femmes partout dans le monde cesse, il faut laisser la place à l’espoir. Mais il viendra aussi avec le militantisme et la révolte.

 

instagram @osteopathelindahassan

                       @lilu_june


[LUXE] Afrique

LUXE & AFRIQUE

Entretien avec Coralie OMGBA, fondatrice d’AFRICA IN A NEW ERA, fondatrice et organisatrice de conférences internationales sur le marché du luxe en Afrique.

par Patricia Cressot

De banquière à conférencière experte du marché du luxe, comment as-tu démarré ce projet ?

L’histoire de Magnates Places naît en 2015 grâce à plusieurs rencontres à Genève, au fil de conversation, on me soufflait que ma vision du l’art de vivre pourrait intéresser le continent africain. Ils m’ont suggéré de visiter le Ghana. Découvrant un pays futuriste ambitieux propice au luxe de part notamment les infrastructures bien établie, j’en prends plein les yeux avec Kempinski, Moët & Hennessy et leurs événements, ses restaurants, ses boutiques-hôtels ou complexes immobiliers de très haut standing aux standards internationaux. A mon retour tout était clair, je prends conscience du dynamisme du continent africain et le message envoyé par ces fameuses rencontres à Genève sonne comme un véritable écho. De là j’ai commencé par le digital avec un blog où j’y partageais différentes thématiques comme l’art de vivre, la géo-économie, l’art contemporain, une fusion entre le continent africain et le reste du monde ; des passions qui m’animent.  Ce blog  Magnates Place était également un bon moyen de prendre la température. Cette approche a intéressée tant les francophones et anglophones ; le fait de faire un lien entre le luxe et l Afrique, J’ai été agréablement surprise par l’intérêt que cela suscitait. Des questions sur les  chiffres et le potentiel du continent africain ont fusés et c’est delà  que j’ai décidé de réunir des experts  de différents domaines de l’univers du luxe et du monde des affaires liés à l’Afrique  et décortiquer cette niche de manière décomplexée et sans guillemets; et c’est à ce moment que j’ai créée en 2016 cette conférence sur le luxe global en Afrique.

Les grandes lignes du luxe en Afrique ?

Ma définition du luxe est quelque chose qu’on vit, une expérience. Entre 2016 et aujourd’hui, la thématique a encore évolué. La problématique et les appels évoluent. En catégorie de luxe, ce qu’aiment une partie des africains, sont l’horlogerie, joaillerie, vins& spiritueux, l’automobile, les voyages et l’aviation privée, et les accessoires de mode. Toutefois à noter, ce continent qui détient plus de 54 pays et une immense diversité ; d’un pays à un autre ou/et d’une région à une autre ; les approches et demandes en matière de luxe sont forcément différentes.

Luxe et digital, compatible ?

L’année 2020 nous l’a encore plus démontrée que c’est compatible. En Afrique oui, à partir du moment que la logistique international et inter/intra régional et continental fonctionne correctement. On voit que des plates-formes E-commerce qui se développent entre continent et reste du monde, accessoires de mode de premium et accessible. Mais, selon moi, le véritable luxe passe par l’émotion, l’expérience humaine, la communication en réelle.

Voir émerger de marques africaines sur le plan international?

De nombreuses sociétés s’y attèlent et c’est une bonne nouvelle. Si le produit est bon et la marque bien entourée, qu’elle soit africaine ou autres, tout est possible. Encore une fois, une marque africaine est un terme bien trop simpliste voire réducteur car l’Afrique n’est pas un pays ; un made in Nigeria, fabriquée en Côte d’Ivoire est bien plus valorisant tant pour le continent, que le pays de fabrication concernée, que le créateur.

As-tu des projets en cours dont tu souhaites partager avec nous?

Continuer à développer et promouvoir cette thématique, faire croitre mon association OKIRI œuvrant pour le développement des potentiels vers le tourisme de luxe en Afrique , en étroite collaboration et en partenariat avec l’Ecole hôtelière de Lausanne, ensemble nous proposons une formation professionnelle aux talents originaires et basés en région subsaharienne, désireux de suivre un enseignement spécialisé en hôtellerie / restauration et tourisme à distance et en présentiel auprès d’experts reconnus de l’industrie hôtelière de luxe dans un centre de formation localiser sur le continent. Apprendre, comprendre, former et développer est la clé du développement et d’une croissance économique profitable positivement. L’approche est dans une vision d’investissement à impact. Nous ne faisons ni dans l’aide, ni dans l’humanitaire ou la misérabilité; mais plutôt, nous misons et assemblons de manière pragmatique les forces et les talents du continent africain et de l’industrie hôtelière exigeante en établissant des relations saines, respectueuses, équilibrées et gagnante/gagnante.

Liens

www.okiri.org

http://www.magnatesplace.com/


[Inspiration] Wax

[Inspiration] Wax

Entretien avec Elodie Avice, fondatrice de Wax-feel

par Patricia Cressot

Parlez nous de vous? Comment et quand avez vous débuté ?

Je suis Elodie, Franco-ivoirienne, expatriée à Dakar depuis aout 2018. Ma vie a commencé au début des années 80 dans le quartier de Cocody à Abidjan, une ville hyperactive. Mon enfance en Côte d’ivoire, reste pour moi pleine d’insouciance, de jeux dans les rues avec les amis(es). Je me revois me faufiler entre les machines à coudre des ateliers de tailleurs, pour y ramasser les chutes de tissus et ainsi pouvoir habiller mes poupées en bois. Depuis lors, la mode est restée une grande passion.

Le déclic a eu lieu, quand j’étais à Hanoï, capitale du Vietnam, loin de la France et de la Côte d’Ivoire.

En arrivant au Vietnam en 2015, je suis frappée par l’absence de la culture ouest-africaine. La méconnaissance des peuples et des cultures africaines dans la métropole Hanoïenne était tellement importante que je me suis sentie obligée de modestement y remédier. J’ai commencé par faire venir au Vietnam de l’artisanat traditionnel ivoirien et ouest-africain (masques, tissus, bogolan, statuettes). Une rencontre avec une amie australienne qui tient un concept store à Hanoï réveille ma passion pour la mode. Je m’attelle alors à créer mes premiers modèles et à les déposer dans son magasin. C’est le début de l’histoire de Wax Feel, ma marque de vêtements.

Où puisez-vous vos inspirations?

Je puise mon inspiration dans la diversité culturelle des différents pays où j’ai pu vivre lors de mes différents déplacements professionnels. J’utilise principalement des tissus, tels que la soie, de l’organza,  les  tissus ouest-africains tels que le koko dunda du Burkina faso, le meulfeu mauritanien, les tissus teintés à la main par les femmes du nord de la Côte d’ivoire….pour alimenter mes différentes collections, et du mélange culturel des différents pays où je suis passée. Un changement de pays implique un changement de population et donc une adaptation de mes collections à de nouveaux critères de mode.

A quel type de femme pensez vous en créant ?

Je ne crée pas uniquement  pour un type de femme prédéfini. J’aime le streetwear, je fais la promotion du savoir faire et de l’artisanat africain. Je pense que les femmes d’ici et d’ailleurs se reconnaîtront, forcement dans une pièce waxfeel. Certaines m’emmènent dans leur sphère en me demandant des modèles spécifiques. Tout est une question d’adaptation.

Quelle est votre inspiration du moment? Quelqu’un vous inspire?

Je cherche toujours à apporter un twist d’élégance dans mon vestiaire, telle est mon inspiration première. Ma prochaine collection s’annonce sur le thème de la légèreté, de la fluidité ….

Quels sont projets futurs et vos désirs pour la marque ?

Le départ définitif du Sénégal arrive à grand pas. Dans un premier temps j’aimerais garder le plus longtemps possible, la merveilleuse relation que j’ai avec mes différents collaborateurs sénégalais-es. Rencontrer d’autres propriétaires de concept store en Afrique et ailleurs pour d’autres collaborations. Je ne pense pas encore à la création d’une boutique waxfeel en raison de ma vie professionnelle et familiale qui m’emmène à déménager très souvent.


[Art] Citoyen

[Art] Citoyen

Entretien avec Inès Baccouche, la fondatrice d’ArtforNess.

By Pascale Caron

Après un diplôme d’ingénieur à Grenoble INPG, elle a travaillé successivement chez ST Microelectronics, Infineo et Intel Labs. En 2017, Inès se lance dans un Master 2 de Skema, d’études entrepreneuriales. Elle crée ArtForNess, une galerie d’art en ligne pour ainsi faire le pont entre les deux rives de la Méditerranée. Son objectif principal est la promotion et la mise en valeur d’illustrateurs, de dessinateurs de bandes dessinées et designers d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

Qu’est-ce qui t’a amenée à te lancer dans l’entrepreneuriat ?

Quand j’étais petite, je voulais être astrophysicienne : la magie de l’infiniment grand me fascinait, mais j’ai dû me confronter à la dure réalité du marché. Sur les conseils de ma mère, je me suis engagée dans une école de microélectronique. Après les classes prépatoires en Tunisie j’ai intégré l’INPG en France. L’étude de l’infiniment petit, des atomes et des électrons était tout aussi captivante. Pour pousser plus loin, j’ai également fait un master en nanotechnologies. Mon métier me plaisait, mais j’avais le syndrome de l’élève modèle : j’étais à la recherche d’une reconnaissance dans mon domaine et je pensais que mes qualités dans le travail suffiraient. Un de mes collègues m’a dit un jour « il faut que tu ries plus aux blagues du boss », des blagues misogynes et sexistes, non merci. Tout cela m’étouffait : je m’impliquais beaucoup, je sacrifiais ma famille, mais pourquoi ? J’étais à la recherche de sens, je n’apportais rien au monde, juste de nouvelles puces pour pouvoir facturer les téléphones plus chers. Mon fils cadet avait 2 ans et à l’époque présentait un retard de langage. Un matin, mon boss me fait venir et me « passe un savon » pour l’exemple alors que je n’avais rien fait. Dans la journée, la maitresse me convoque concernant mon fils cadet et ses problèmes scolaires.

S’en est trop, je décide de changer de métier. C’est difficile de prendre une telle décision, car tu laisses derrière toi une certaine aisance financière : mais je ne regrette rien, même si je dois l’admettre, c’était très dur la 1re année.

Comme je suis une bonne élève, je m’enrôle dans une formation d’entrepreneuriat à Skema et en parallèle je passe mon certificat de chef de projet PMI (Project Management Institute).

 

D’où t’est venue l’idée d’ArtforNess ?

 Je suis restée une enfant et j’ai un imaginaire très fort, je lis beaucoup de « fantasy ». Au départ, je voulais créer une maison d’édition autour des livres illustrés que j’affectionne tant, mais la complexité du métier m’a obligé à pivoter. Le monde des BD Comics est un art sous-estimé, mais c’est vraiment un art à part entière. Les gens sont prêts à mettre un argent fou pour acheter un croquis signé. J’ai commencé par des dessins et ensuite des artistes dans la peinture et le collage m’ont contactée.

En tant que personne j’aime l’art, et je n’ai pas pour autant fait des études pour cela. Pour moi, l’art véhiculait une image élitiste, inaccessible, chère. J’ai voulu casser ces codes, en montrant la richesse artistique et culturelle du Moyen-Orient. Je présente des artistes émergents à des prix abordables.

Quand j’ai démarré en septembre 2019, j’ai pu participer à 2 événements, mais la crise est passée par là. J’ai dû rebondir et me lancer dans une campagne Ulule de financement participatif. Le B2C n’est pas évident, le nerf de la guerre est la visibilité et cela coute très cher. Cette campagne de crowdfunding m’a beaucoup appris sur le planning, le storytelling, et m’a apporté un petit souffle financier.

Je n’oublie pas pour autant mon premier métier : marier l’ingénierie à l’art me tient à cœur. J’utilise mon esprit d’analyse et des outils inconnus du monde de l’art, c’est ma force. Il m’arrive encore d’avoir le syndrome de l’imposteur, mais ce qui me confirme dans ma certitude c’est la confiance que les autres ont en moi : les artistes et mon mentor qui est au Canada. Le doute est présent, mais je l’ai enfermé dans un placard à double tour !

Je me forme constamment, c’est mon côté ingénieur. SEO, réseaux sociaux, je suis à l’affut des formations en ligne. J’ai pu participer à un programme d’« Artist curation » organisé par le « Goethe’s institute », avec plusieurs pays du monde. Cette formation m’a permis de mettre le doigt dans l’engrenage de l’art classique.

As-tu été accompagnée pour la création ?

 J’ai démarré avec Initiative Terre d’Azur et je suis coachée depuis par les Premières Sud, elles me soutiennent beaucoup. Je suis passée aussi par Orange Femmes entrepreneures et bouge ta boite. Les premières m’ont permis de me rassurer. Je réfléchis beaucoup avant de m’engager et je ne me décide que quand j’ai tout analysé. Grâce à leur soutien, je prends de plus en plus confiance en moi et je me sens plus dans l’action.

Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je vais faire dans le classique : avec ses contradictions, ses forces et ses faiblesses, ma mère. Elle a sacrifié sa carrière pour nous élever, mais quand nous sommes partis, elle s’est lancée dans la vente à distance. Elle est rapidement devenue directrice commerciale pour la Tunisie. J’aime sa force de caractère, elle m’impressionne.

 Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

J’en choisirai 2, que je lis à mes enfants, sur les femmes artistes et scientifiques, écrits par Rachel Ignotofsky : je pense à « Women in art – 50 fearless creatives who inspired the world ». Je conseillerai aussi « Women in science – 50 Fearless Pioneers who Changed the World ».

 Aurais-tu une devise ou un mantra ?

J’en ai plusieurs : « you can fail but fail fast », « Keep it simple » et « better done than perfect » !


[Ville] Régénérative

[Ville] Régénérative

par Patricia Cressot

Entretien avec Diane Binder, fondatrice de REGENOPOLIS.

Anciennement directrice adjointe du Développement International chez SUEZ en charge de l’Afrique, membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique créé par le Président Macron, co-fondatrice et présidente d’Action Emploi Réfugiés, membre du conseil d’administration de Women in Africa, Young Global Leader du World Economic Forum.

 

  • Co-fondatrice de Regenopolis, vous êtes convaincue d’une nouvelle conception de la ville, comment êtes-vous arrivée à la naissance de ce projet ?

J’ai été directrice du développement en Afrique pour les différents métiers de SUEZ, dans la gestion de l’eau et du traitement des déchets, sillonnant le continent africain pendant 10 ans pour développer des projets avec les gouvernements et créer des alliances entre secteur public et secteur privé. Puis en 2019, je suis devenue Directrice des relations internationales du groupe dans l’objectif de créer « Suez Impact », afin de proposer de nouveaux business  modèles et de nouvelles modalités d’action : force a été de constater que ce n’était pas une priorité pour la direction générale.

 J’ai donc décidé de quitter le Groupe,  pour créer Regenopolis, initiative internationale et pan-africaine qui identifie, structure et finance des projets en lien avec ce que j’’apelle la « ville régénérative », pour contribuer au développement des villes de manière plus harmonieuse avec la nature, cassant ainsi les silos entre climat et biodiversité, développement urbain et développement rural,  innovations locales et projets internationaux de grande envergure. Regenopolis est né comme une réponse à une somme de constats que j’avais eu l’occasion de faire au travers de mes activités chez Suez et comme membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA).

1er constat : la manière dont les projets émergent font trop souvent fi des solutions locales portées par des entrepreneurs locaux – ils sont généralement à l’initiative des Etats, des bailleurs de fond internationaux, des grandes entreprises, au lieu de privilégier d’abord les écosystèmes locaux d’innovation. Ou alors les projets sont à l’initiative d’ONG ou de petites PME, qui n’ont pas les moyens de développer des projets à fort impact.

2ème constat :  des financements existent, publics comme privés, avec une attente forte d’impact et de rentabilité : des banques de développement, des fonds d’investissement, des fondations privées, des family office (surtout une nouvelle génération qui est plus sensible à la lutte contre le dérèglement climatique et la préservation du capital naturel). Mais ils peinent à trouver des projets bancables, suffisamment matures pour attirer ces capitaux : le besoin de structuration et d’accompagnement est fort.

3ème constat : Enfin, le système de l’aide au développement qui s’appuie d’abord sur des consultants internationaux aux coûts exorbitants est à bout de souffle : c’est sans considérer d’’une part que l’expertise existe au niveau local, et d’autres part que de nombreux acteurs sont prêts à s’impliquer sous forme de mécénat de compétence pour aider des projets porteurs de sens.

 Le sens de notre démarche justement est de proposer du « reverse engineering » pour des projets de villes régénératives en Afrique, car :

–  l’aide au développement qui est un système à bout de souffle, nécessite de changer de prisme pour identifier, consolider, financer des solutions durables aux principaux défis des pays en développement – davantage de pragmatisme et d’humilité, davantage d’écoute de ceux qui, sur le terrain, connaissent les enjeux, les difficultés et les espoirs ;

– l’importance de ce qui se joue sur le continent africain, véritable laboratoire d’innovation et porteur de nombreuses leçons – le rapport au temps, le rapport à la nature, le rapport à l’autre – ; 

– la centralité des villes, qui sont le choix que nous faisons de faire société, et de développer nos civilisations; l’importance de cet enjeu particulièrement en Afrique où la population urbaine va doubler dans les 20 prochaines années, et où les villes peuvent encore être construites dans le respect de la nature qui les féconde. 

 L’idée de Regenopolis prend aussi racine dans la crise brutale que nous avons vécue depuis 2020. Ce monde qui soudain s’est mis à l’arrêt, les plus grandes démocraties ligotées par un insaisissable virus, les plus grandes économies mises à terre par un rappel que peut-être, l’hubris collectif nous a conduit à ne pas voir que l’économie ne pouvait croître sans fin, de cette manière-là, sur une planète aux ressources limitées, et à confondre croissance et progrès, développement des pays et bien-être des sociétés, fondé sur des principes d’inclusion et de justice sociale.

  • Quelle est la prochaine étape ?

Nous sommes en train de lancer les activités de nos hubs en Côte d’Ivoire, Sénégal, Maroc et Ethiopie ; nous avons récemment initié un programme dédié à la Grande Muraille Verte, pour identifier et structurer les projets mais aussi développer les chaînes de valeur agro-écologiques au Sahel ; nous accompagnons quelques « regen tech » sélectionnées pour les aider à développer des projets sur le continent africain ; nous travaillons dans la perspective des prochaines grandes échéances internationales – G7, Sommet Afrique-France, COP26, etc.

Nous sommes une start-up, et la prochaine étape est essentiellement de poursuivre l’opérationalisation de notre vision de manière très pragmatique, et de lever des fonds pour nous accompagner dans une démarche et un positionnement validés par de nombreux acteurs et partenaires !

Qu’Est ce qu’une ville régénérative ? Quelle différence avec le concept de ville durable ?

Une ville régénératrice est un développement urbain bâti sur une relation écologique et réparatrice avec les systèmes naturels dont la ville puise des ressources pour sa subsistance.

Elle  entretient une relation mutuellement bénéfique avec son arrière-pays environnant, non seulement en minimisant son impact environnemental, mais en améliorant et régénérant activement la capacité de production des écosystèmes dont elle dépend.

Une ville régénérative est aussi un contrat social qui permet à ses diverses communautés de vivre ensemble dans l’harmonie, le respect et la solidarité. Il est fondé sur le principe de la justice sociale et de l’égalité d’accès aux opportunités et aux services universels.

La ville régénérative va au-delà de la durabilité (résilience, inclusion, faibles émissions de CO2). Elle se pense comme en lien avec la nature environnante, où elle puise l’essentiel de ses ressources pour se nourrir, se loger, se déplacer, etc. Comment allier développement urbain et préservation de la nature et de la biodiversité ? Comment allier développement économique et sauvegarde de la planète et de

ses écosystèmes naturels ? Certains pays ont su le faire, comme le Costa Rica que j’ai eu la chance de découvrir l’année dernière : un PNB multiplié par 4 en 30 ans alors même que la surface de forêts doublait. 

Les villes sont un acteur central de cette régénération : elles représentent 40% du PNB mondial, et sont responsables de 30% de la perte de la biodiversité. Elles sont aussi un réservoir d’innovations pour des projets d’économie d’eau, d’économie circulaire,  d’énergies renouvelables, etc.

  • Charte et certification, un engagement des villes ?

Nous travaillons en effet sur un projet de charte des villes régénératives qui s’engagent : cela permet non seulement de catalyser un mouvement, en Afrique et au-delà, des villes régénératives, mais aussi de proposer à ces villes, par-delà l’alternance politique, de les aider à identifier des projets les aidant à atteindre leurs engagements en matière de climat, de biodiversité, de parité notamment.  

  • Vous êtes impliquée dans le projet de la Grande muraille verte à travers le CPA et Regenopolis, un projet ambitieux en Afrique…

La Grande Muraille Verte est un projet porté par l’Union Africaine, né il y a une quinzaine d’années, avec pour objectif de lutter contre la désertification au Sahel. C’est un semi-échec,  puisqu’il ne suffit pas de planter des arbres, mais de susciter l’intérêt des communautés locales en leur permettant de nouveaux moyens de subsistance grâce aux produits qu’il est possible de valoriser : baobab, café, karité, moringa, dattier du désert, etc. Il faut donc développer ces chaînes de valeur agro-écologiques. C’est le sens de l’engagement pris par la communauté internationale lors du One Planet Summit organisé par. Le Président de la République en janvier 2021, en mobilisant 14 milliards de dollars sur la GMV. Mais comment s’assurer que ces financements puissent bénéficier aux PME locales, qui transforment, et les coopératives – souvent de femmes – qui produisent ? Eux ont besoin de petits montants, alors que les bailleurs ne savent pas financer de petits projets. Là encore, nous pouvons aider à identifier et structurer des projets pour leur passage à l’échelle.

Le CPA, à la demande du Président Macron, continue à faciliter la mise en œuvre des engagements pris, notamment dans la perspective du Nouveau Sommet Afrique-France qui se tiendra en juillet à Montpellier.

 Vous êtes membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique, dites-nous en quelques mots

Nous sommes une dizaine de personnalités issues de la société civile, qui travaillons avec l’Afrique ou les diasporas africaines en France. Notre rôle est de mettre en œuvre les engagements pris par le Président de la République, Emmanuel Macron, à l’université de Ouagadougou au Burkina Faso le 28 novembre 2017, présentant les axes de la relation qu’il veut fonder entre la France et le continent africain. Pour ma part, j’y porte depuis 3 ans et demi les thématiques en lien avec le développement du secteur privé, l’entrepreunariat, la ville durable et plus récemment la biodiversité – autant de sujets qui à mon sens sont essentiels pour les jeunes africains, et donc  sur lesquels nous pouvons, peut-être, apporter notre contribution.

  • Vous êtes membre des Young Global Leaders du World Economic Forum, et dans le cadre de ce programme, vous avez effectué un voyage qui semble-t-il a changé votre vie…

Oui, j’ai la chance de faire parti de ce programme extraordinaire qui réunit des personnes de moins de 40 ans qui partagent une même passion, une même vision, une même capacité, une même envie, de changer le monde : c’est inspirant, galvanisant, et donne lieu à de formidables rencontres.

C’est ainsi par exemple que j’ai rencontré Mustapha Mokass, avec qui j’ai décidé de fonder Regenopolis : nous partagions les mêmes constats et nos expériences complémentaires sont une force pour ce projet. Et c’est vrai que cette communauté de YGL est aussi un facteur de confiance, clé de la réussite pour tout projet entrepreneurial !

Ma première expérience au sein des YGL a été un voyage en Groenland, en mai 2019 : oui, ce voyage a changé ma vie. Prendre conscience, en voyant des glaciers s’effondrer, de la réalité et de l’urgence du dérèglement climatique ; mêler cette émotion à des connaissances scientifiques auxquelles nous avons été confrontées, et à des possibilités de collaboration avec d’autres qui partagent convictions et idées : c’est un mélange très puissant qui conduit à l’action, et à une responsabilité pour agir, ensemble. La pandémie depuis 2020 n’a fait que renforcer cette urgence : la fonte de permafrost, et la perte de la biodiversité qui s’est accélérée de manière vertigineuse ces dernières décennies, sont des catalyseurs pour libérer des virus qui se rapprochent dangereusement de l’Homme…  

 Un dernier mot sur votre engagement auprès des femmes ?

Je crois profondément au rôle transformateur des femmes dans les sociétés – que ce soit par la politique, l’économie, ou tout autre forme d’engagement. C’est d’autant plus vrai en Afrique, où les femmes sont puissantes et jouent un rôle primordial dans le développement. C’est avec cette conviction que j’ai été membre dès sa création du Conseil d’administration de WOMEN IN AFRICA, qui fait un formidable travail depuis 5 ans pour identifier et soutenir des femmes qui ont le pouvoir, ou la capacité, d’impulser un changement nécessaire et des innovations.

 

 

*Diane Binder Dirigeant d’affaires international expérimenté et entrepreneur social dans des environnements d’entreprise, des organisations de développement et des ONG | Focus sur le climat et le développement du secteur privé en Afrique.

Senior VP chez SUEZ (International Development, Africa; Group International Relations), leader mondial des services environnementaux essentiels aux communes (gestion de l’eau, assainissement, valorisation des déchets).

Membre du Conseil Présidentiel Consultatif Français sur l’Afrique créé par le Président Macron.

Ancien consultant climat, conseiller les institutions de financement du développement (Banque mondiale, Agence française de développement, OCDE, etc.) et les gouvernements sur les PPP dans les secteurs de l’eau et de l’énergie.

Co-fondateur et président d’Action Emploi Réfugiés en France; Membre du conseil d’administration de Women in Africa.

Forum économique mondial «Young Global Leader», Institut Choiseul «Leaders économiques de demain», Forum des femmes «Rising Talent», Amis de l’Europe «European Young Leader».

Diplômé de l’E.M. Lyon avec Mme en Finance & Management, de l’Université de Georgetown avec – MSc in Foreign Service et un certificat d’honneur en diplomatie des affaires internationales.

 


[Leapfrog] Digital

« LEAPFROG » DIGITAL EN AFRIQUE

Un petit pas pour les femmes,

un grand pas pour la croissance ?

par Julie Clémentine Faure

La digitalisation et les récentes avancées des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) offrent aux pays en cours de développement l’opportunité de rattraper le retard sur d’autres pays dans la révolution numérique. En investissant dans l’innovation et les technologies de pointe, ces pays peuvent maintenant se permettre de « sauter » certaines étapes coûteuses vers le développement. C’est ce que l’on appelle le « leapfrog » (saut de grenouille) digital. La promotion de la croissance économique via le numérique est une alternative qui s’avère très attrayante pour certains pays, particulièrement en Afrique.

 

DES OBSTACLES AU DEVELOPPEMENT

En Afrique Subsaharienne, la répartition inégale de la population et la présence de nombreuses zones isolées et difficiles d’accès ont depuis longtemps constitué des obstacles majeurs au développement. La surface que les infrastructures (réseaux routiers, électriques, hôpitaux, écoles, etc.) devraient couvrir pour être efficaces et les frais d’entretien qui y sont associés en font un investissement particulièrement coûteux et dissuasif.

 

DES SOLUTIONS INNOVANTES

De nombreuses innovations adaptées aux déficits d’infrastructure ont vu le jour en Afrique. Récemment, des systèmes d’énergie décentralisée « mini-grid » et « off-grid », tel que les kits solaires hors-réseaux prépayés, se sont développés dans les zones rurales. Ils sont considérés comme une solution viable pour électrifier entièrement le continent d’ici 2030[i].

Autre exemple dans les milieux de la santé et de l’agriculture, l’utilisation de drones tant pour approvisionner les régions éloignées en plasma[ii] que pour l’agriculture de précision.

 

L’essor du mobile money

La démocratisation des TIC en Afrique remonte au début des années 2000, avec l’expansion rapide et inattendue du téléphone portable, passant de 25 millions d’utilisateurs en 2001 à 650 millions en 2012[iii].

Plusieurs innovations mobiles ont suivi cet élan pour capitaliser sur les demandes de la population. L’argent mobile (« mobile money »), par exemple, a vu le jour au Kenya avec le lancement de M-PESA en 2007. Le service pallie l’absence de services bancaires formels et permet aux utilisateurs non bancarisés de transférer de l’argent directement depuis leur téléphone portable. Facile d’utilisation et ne nécessitant pas de technologie coûteuse, il permet aux Kenyans de transférer rapidement de l’argent à leur famille dans les zones reculées. Aujourd’hui, les pays d’Afrique Subsaharienne sont les plus gros consommateurs d’argent mobile dans le monde.

 

TIC, OUTILS DE CONNAISSANCE ET DE COOPERATION …

Il n’y a pas si longtemps, les TIC étaient encore considérées comme un luxe, loin d’être perçues comme des services d’utilité publique. Aujourd’hui, le rôle de la technologie et de l’innovation dans la croissance économique et le développement humain ne fait plus aucun doute.

Beaucoup d’études ont démontré leurs retombées positives sur le secteur de la finance, de l’éducation, de l’agriculture, de l’énergie et de la gouvernance. Dans un environnement favorable, elles contribuent à la productivité d’autres secteurs, créent des emplois, fournissent des connaissances, et améliorent les interactions le long de la chaîne de valeur[iv]. Elles facilitent également la participation aux affaires communautaires et politiques (e-gouvernement, réseaux sociaux), et augmentent l’efficacité des réseaux d’entraide que la majorité des africains utilisent pour compenser l’absence de certains services.

En facilitant l’accès à l’information et à la communication, les TIC jouent un rôle clé dans le développement d’une économie du savoir, fondée sur la connaissance et la coopération.

 

… MAIS DES PROGRES À REALISER

L’impact des TIC sur l’économie africaine demeure décevant comparé à celui observé dans d’autres régions du monde. L’Afrique de l’Ouest, en particulier, présente des taux élevés de pauvreté et d’inégalité, ainsi que de faibles niveaux d’accès aux soins et d’enrôlement scolaire. Pourtant, le niveau d’utilisation des TIC y est relativement élevé. Ce phénomène peut s’expliquer par un manque de stratégie sectorielle claire et par la difficulté des gouvernements à tirer parti de la révolution digitale[v].

Au Rwanda, où le gouvernement s’est engagé en faveur du digital en 2000 et a mené des réformes strictes ces 20 dernières années, le pays jouit d’un fort taux de croissance économique, de nombreuses perspectives commerciales et d’une meilleure qualité de vie. En favorisant l’innovation et le développement technologique et grâce à des réglementations appropriées et à des investissements dans les infrastructures Internet et l’apprentissage, l’Afrique de l’Ouest pourrait elle aussi parvenir à un leapfrog digital.

 

UN PETIT PAS POUR LES FEMMES

En attendant, les TIC se sont avéré énormément utiles pour développer l’autonomie des femmes. En Afrique, la situation maritale, le nombre d’enfants, le nombre d’emplois disponibles dans l’agriculture (où les femmes représentent le gros des forces de travail), l’insécurité, le niveau d’éducation et les normes sociales déterminent la plupart de leurs opportunités économiques.

Les secteurs où la main-d’œuvre est historiquement féminine sont souvent dominés par les hommes, qui possèdent les terres, l’infrastructure nécessaire à la transformation de certains produits primaires et les entreprises. Rares sont les femmes engagées dans les étapes plus commerciales de la chaîne de valeur, qui sont aussi les plus rentables; et celles qui y parviennent ne font guère concurrence aux grandes entreprises.

Les femmes ont longuement été mises à l’écart des sources d’information et de connaissance en raison de restrictions sociétales, culturelles et commerciales. L’information étant aujourd’hui le principal moteur de la société, les TIC offrent ainsi aux femmes l’opportunité de s’émanciper. En utilisant les informations et les connaissances qu’elles fournissent, elles peuvent identifier des opportunités d’emploi et de travail indépendant, créer leur entreprise, acquérir de nouvelles compétences, et améliorer leur qualité de vie.

 

QUELQUES EXEMPLES

 

Des avocats pour les agricultrices

En Ouganda, où les pratiques coutumières s’efforcent de conserver la terre entre les mains des hommes, l’accès des femmes à la propriété est difficile. En 2017, la start-up L4F (Lawyers4Farmers) lance une plateforme numérique avec service de SMS, services juridiques subventionnés, et partage d’informations juridiques sur WhatsApp et Facebook. Pour moins d’un euro par SMS, des agricultrices peuvent bénéficier de conseils juridiques pour mieux connaître leurs droits[vi]. En franchissant l’écart géographique entre zones rurales et prestataires de services situés en ville, L4F propose une alternative bon marché et pratique, incitant les agricultrices à utiliser l’application pour s’informer sur leurs droits.

 

Le beurre et l’argent du beurre

Au sein de la vaste « ceinture du karité » qui s’étend de la Gambie à l’Éthiopie, près de 4 millions de femmes participent à la chaîne de valeur mondiale du beurre de karité. La commercialisation de ce produit de subsistance a permis à de nombreuses femmes de générer des revenus supplémentaires pour le bien-être de leur ménage, et constitue un filet de sécurité en période de récession.

Cependant, la majorité d’entre elles est déconnectée des chaînes d’approvisionnement mondiales : la collecte des noix, leur traitement, et l’extraction du beurre sont des activités exclusivement féminines tandis que les étapes les plus rentables de la chaîne sont dominées par les hommes. Ces femmes ont une vision floue des normes de qualité exigées par les acheteurs internationaux, des techniques d’extraction et de stockage optimales, et du juste prix. En conséquence, elles ratent de nombreuses opportunités de transformer ces emplois de subsistance en activités plus rentables. Dans le secteur du karité, les TIC permettent aux femmes qui le désirent d’accéder aux informations sur le marché et à du contenu éducatif axé sur les compétences commerciales. Elles peuvent aussi être utilisées pour faciliter la transmission des connaissances entre cultivatrices et faciliter l’action collective et la création de coopératives de femmes. Utilisées ainsi, les TIC peuvent réduire l’écart entre les initiatives des femmes et les grands commerçants, en les aidant à s’insérer dans une partie de la chaîne de valeur traditionnellement contrôlée par les hommes[vii].

 

Il est difficile de prévoir si les TIC seront correctement assimilées par la population et si celle-ci se montrera assez opportuniste pour les utiliser à leur plein potentiel. La rapide expansion des services mobiles et son utilisation à des fins innovantes nous a déjà prouvé l’ingéniosité de la population africaine et la rapidité avec laquelle elle peut intégrer ces technologies et les utiliser pour améliorer sa qualité de vie. Aujourd’hui, le plus gros obstacle à l’absorption des TIC sur le continent africain demeure le manque d’investissement dans les infrastructures télécom et le taux d’analphabétisme. Les TIC ont tout le potentiel pour devenir un grand pas vers une croissance inclusive.

 

[i] Technology and Innovation Report 2018: Harnessing Frontier Technologies for Sustainable Development. United Nations publication, Sales No. E.18.II.D.3, New York and Geneva

 

[ii] Lee Seok Hwai (2020) Africa’s Drone Medical Delivery Service Saves Lives in Lockdown. INSEAD 2021

[iii] Njoh, A. J. (2018) The relationship between modern Information and Communications Technologies (ICTs) and development in Africa. Utilities Policy, 50(April 2017), 83–90

[iv] Jeremiah O. Ejemeyovwi & Evans S. Osabuohien (2020) Investigating the relevance of mobile technology adoption on inclusive growth in West Africa, Contemporary Social Science, 15:1, 48-61

[v] World Bank Group; China Development Bank (2017) Leapfrogging : The Key to Africa’s Development?. World Bank, Washington, DC. © World Bank

[vi] Busani Bafana (2019) En Ouganda, avocates et agricultrices communiquent par SMS, Digitaliser l’agriculture – Réduire les inégalités hommes-femmes, Spore, Issue 192

[vii] Bello, Julia & Lovett, Peter & Pittendrigh, Barry. (2015). The Evolution of Shea Butter’s « Paradox of paradoxa » and the Potential Opportunity for Information and Communication Technology (ICT) to Improve Quality, Market Access and Women’s Livelihoods across Rural Africa. Sustainability.


[Enfance] AMADE

L’AMADE, est une ONG dédiée à la protection de l’enfance, créé par la Princesse Grace et présidée aujourd’hui par S.A.R La Princesse Caroline. Son engagement repose sur une vision, celle d’un monde ou chaque enfant, quelque soient ses origines sociales, religieuses ou culturelles puisse vivre dignement, en sécurité, dans le respect des ses droits fondamentaux. Celle d’un monde où tout enfant peut pleinement développer ses potentiels.

Entretien avec Jérôme Froissart, Secrétaire Général de l’AMADE

  • Quels sont vos projets en cours en Afrique dans le secteur de l’éducation?

L’éducation des jeunes filles en Afrique, notamment au secondaire, est un axe important pour l’AMADE. Nous travaillons actuellement au Niger sur un vaste projet d’accès à l’éducation des jeunes filles à proximité de Niamey la capitale, sur le plateau de Ganguel qui réunit 6 villages. Nous avons réalisé ou réhabilité 6 écoles primaires, ainsi qu’un collège. Les 1.000 enfants de ces villages sont à présent scolarisés au primaire et 500 jeunes devraient avoir accès au collège en 2021. Si au primaire nous avons à présent atteint la parité, grâce notamment à la forte implication des familles et des communes, seulement une jeune fille sur cinq de la communauté sort diplômée du secondaire. Notre objectif est de porter cette part relative à 50%.

  • Pourquoi est-ce important selon vous de soutenir spécifiquement les filles?

L’éducation est la clef du développement. C’est la condition sine qua non. L’éducation permet à chacun de développer au mieux ses potentiels, de trouver la place que l’on mérite dans la société, d’être libre. Une jeune fille éduquée est une jeune femme en capacité de se projeter, d’identifier ce qui est bien ou non pour elle, de choisir son mari, le nombre d’enfants qu’elle souhaite. En tant que femme éduquée elle a également beaucoup à apporter à sa communauté, notamment en termes de règlement des conflits, de conseils aux femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Les leaders communautaires que je rencontre, les personnes qui incarnent une vision, sont souvent des femmes…. Dans notre quotidien, sur le terrain, nous remarquons que les enfants des mamans peu éduquées, font partie des enfants les plus vulnérables. Les enfants nées de femmes éduqués ont clairement plus de chance de survie. Nous ne naissons pas égaux, et la trappe de la pauvreté est une réalité froide.

  • Quelle est la prochaine étape ? Comment gérez vous à distance et avec les contraintes liées au covid ?

Pour ce qui est des femmes, nous avons développé un programme intitulé « Dignité pour les Femmes », qui outre l’accès des jeunes filles à l’éducation secondaire, nous permets d’intervenir en vue de prévenir et prendre en charge les jeunes filles et les femmes victimes de violences sexuelles. Nous collaborons sur ce sujet avec le Dct Denis Mukwege en RDC, Prix Nobel de la Paix. Nous souhaitons également favoriser l’accès à l’hygiène intime qui est souvent un handicap pour les jeunes filles au collège qui abandonnent leur étude au moment de la puberté. Nous venons également de réaliser à Goma, dans l’est de la RDC un centre de santé communautaire mère enfant au sein de l’Hôpital Heal Africa. Ce centre est dédié aux femmes enceintes, de leur grossesse jusqu’à l’accouchement et  au suivi des nouveaux nés. C’est une très belle réalisation qui donne beaucoup d’espoir à cette région des Grands lacs.

Nous nous sommes adaptés à cette situation particulière liée au COVID, la flexibilité est dans notre ADN. Nous avons l’avantage de travailler avec des partenaires de terrain qui assurent la mise en œuvre des projets, aussi nous ne sommes pas trop impactés. Nous avons tout de même hâte de repartir sur le terrain au plus près de nos partenaires, des bénéficiaires, c’est d’eux que nous vient la force d’agir.

L’AMADE, est une ONG dédiée à la protection de l’enfance, créé par la Princesse Grace et présidée aujourd’hui par S.A.R La Princesse Caroline. Son engagement repose sur une vision, celle d’un monde ou chaque enfant, quelque soient ses origines sociales, religieuses ou culturelles puisse vivre dignement, en sécurité, dans le respect des ses droits fondamentaux. Celle d’un monde où tout enfant peut pleinement développer ses potentiels.

Entretien avec Jérôme Froissart, Secrétaire Général de l’AMADE

  • Quels sont vos projets en cours en Afrique dans le secteur de l’éducation?

L’éducation des jeunes filles en Afrique, notamment au secondaire, est un axe important pour l’AMADE. Nous travaillons actuellement au Niger sur un vaste projet d’accès à l’éducation des jeunes filles à proximité de Niamey la capitale, sur le plateau de Ganguel qui réunit 6 villages. Nous avons réalisé ou réhabilité 6 écoles primaires, ainsi qu’un collège. Les 1.000 enfants de ces villages sont à présent scolarisés au primaire et 500 jeunes devraient avoir accès au collège en 2021. Si au primaire nous avons à présent atteint la parité, grâce notamment à la forte implication des familles et des communes, seulement une jeune fille sur cinq de la communauté sort diplômée du secondaire. Notre objectif est de porter cette part relative à 50%.

 

  • Pourquoi est-ce important selon vous de soutenir spécifiquement les filles?

L’éducation est la clef du développement. C’est la condition sine qua non. L’éducation permet à chacun de développer au mieux ses potentiels, de trouver la place que l’on mérite dans la société, d’être libre. Une jeune fille éduquée est une jeune femme en capacité de se projeter, d’identifier ce qui est bien ou non pour elle, de choisir son mari, le nombre d’enfants qu’elle souhaite. En tant que femme éduquée elle a également beaucoup à apporter à sa communauté, notamment en termes de règlement des conflits, de conseils aux femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. Les leaders communautaires que je rencontre, les personnes qui incarnent une vision, sont souvent des femmes…. Dans notre quotidien, sur le terrain, nous remarquons que les enfants des mamans peu éduquées, font partie des enfants les plus vulnérables. Les enfants nées de femmes éduqués ont clairement plus de chance de survie. Nous ne naissons pas égaux, et la trappe de la pauvreté est une réalité froide.

 

  • Quelle est la prochaine étape ? Comment gérez vous à distance et avec les contraintes liées au covid ?

Pour ce qui est des femmes, nous avons développé un programme intitulé « Dignité pour les Femmes », qui outre l’accès des jeunes filles à l’éducation secondaire, nous permets d’intervenir en vue de prévenir et prendre en charge les jeunes filles et les femmes victimes de violences sexuelles. Nous collaborons sur ce sujet avec le Dct Denis Mukwege en RDC, Prix Nobel de la Paix. Nous souhaitons également favoriser l’accès à l’hygiène intime qui est souvent un handicap pour les jeunes filles au collège qui abandonnent leur étude au moment de la puberté. Nous venons également de réaliser à Goma, dans l’est de la RDC un centre de santé communautaire mère enfant au sein de l’Hôpital Heal Africa. Ce centre est dédié aux femmes enceintes, de leur grossesse jusqu’à l’accouchement et  au suivi des nouveaux nés. C’est une très belle réalisation qui donne beaucoup d’espoir à cette région des Grands lacs.

Nous nous sommes adaptés à cette situation particulière liée au COVID, la flexibilité est dans notre ADN. Nous avons l’avantage de travailler avec des partenaires de terrain qui assurent la mise en œuvre des projets, aussi nous ne sommes pas trop impactés. Nous avons tout de même hâte de repartir sur le terrain au plus près de nos partenaires, des bénéficiaires, c’est d’eux que nous vient la force d’agir.