[Femmes] OCDE

Focus sur l’aide pour le commerce

en faveur de l’autonomisation économique des femmes

by Marianne Musumeci

Une étude plus approfondie de certains éléments développés dans cet article est disponible dans le Chapitre 9 du Panorama de l’aide pour le commerce 2019[i]

 

L’établissement d’un objectif d’égalité entre les sexes dans les Objectif de Développement Durable (ODD) en 2015 a montré que les efforts dans ce domaine devaient se poursuivre. Alors que les Objectifs de Développement du Millénaire avaient mis l’accent sur l’éducation, l’ODD n°5 spécifiquement dédié à l’égalité entre les sexes a notamment pour cibles: la valorisation des travaux domestiques non rémunérés par l’apport de services publics, d’infrastructures et de politiques de protection sociale; et l’accès aux ressources économiques, droits de propriété, et contrôle des terres pour les femmes. Dans ce contexte, les pays pourvoyeurs d’aide publique au développement (APD) ont donc une responsabilité dans l’alignement du financement de leurs projets avec l’objectif d’égalité entre les sexes. Pour ce qui est de l’autonomisation économique des femmes, il s’agit d’intégrer une prise en compte du genre dans les secteurs touchant au commerce international et aux activités économique regroupées dans la catégorie de l’aide pour le commerce.

Pour mesurer le montant de l’aide pour le commerce dédiée à l’autonomisation économique des femmes ou intégrant une perspective genre, l’OCDE a développé un marqueur de l’aide en faveur de l’égalité homme-femme. Il se divise en 4 catégories selon la place de l’égalité homme-femme comme objectif : principal (2), important (1), non ciblé (0) ou non marqué (blanc). Un projet d’aide au développement qui est marqué 2 a pour objectif principal l’égalité homme-femme alors qu’un projet marqué 1 a parmi ses objectifs l’égalité homme-femme. Le 0 signifie que l’égalité homme-femme ne fait pas partie des objectifs mais qu’une analyse genre a été menée pour faire en sorte que ce projet n’impacte pas négativement les femmes au contraire d’un projet non marqué. Dans cette analyse, un projet marqué 1 ou 2 sera considéré comme intégrant une perspective genre ou en faveur de l’autonomisation économique des femmes.

 

Comment l’aide pour le commerce peut-elle bénéficier aux femmes?

La Banque Mondiale[ii] estime qu’en 2017, entre 30% et 37% des petites et moyennes entreprises étaient détenues par des femmes dans les pays en développement. Cependant, elles font souvent face à des contraintes plus importantes que les hommes, comme la surreprésentation dans le secteur informel et le manque d’accès aux technologies et aux moyens financiers. L’aide pour le commerce peut donc bénéficier aux femmes en les aidant à dépasser ces difficultés, par exemple, via des formations, l’octroi de crédits ou en leur donnant directement accès à l’emploi. Le développement des infrastructures de transport et énergie peut également alléger le poids des travaux domestiques non rémunérés, souvent confiés aux femmes, mais aussi les aider dans le lancement d’activités génératrices de revenus. D’ailleurs, plusieurs projets témoignent de l’impact de l’aide pour le commerce sur l’autonomisation économique des femmes.

Par exemple, un projet mis en oeuvre par Trade Mark East Africa, une organisation  financée, entre autres, par les Pays-Bas et le Canada a permis de limiter les contraintes auxquelles les femmes d’Afrique de l’Est font face dans le développement de leur activité économique et le commerce transfrontalier, comme le manque d’information sur les procédures douanières et le harcèlement sexuel. Ce projet a permis d’entraîner un groupe de douaniers à 12 postes frontières sur la sensibilisation au genre. D’autres activités ont mené à une simplification des processus administratifs dans les douanes et la diffusion d’information à ce sujet, l’adoption d’une charte intégrant une perspective genre dans le commerce transfrontalier et le développement d’un mécanisme de rapport sur les violences commises aux postes frontières. Un autre projet est celui de la Société Belge d’Investissement pour les Pays en Développement (BIO) qui a octroyé un crédit à la Société Ivoirienne de Traitement de l’Anacarde (SITA) en Côte d’Ivoire. Cette entreprise dirigée par une femme, Massogbè Touré Diabaté, emploie majoritairement des femmes dans la manufacture de l’anacardier. Aujourd’hui, la SITA est le leader dans l’industrie de l’anacarde en Côte d’Ivoire, et le deuxième plus grand exportateur de ce produit après l’Inde.

 

Une intégration de la perspective genre encore trop insuffisante

L’exposé précédent ne doit pourtant pas faire oublier que ces projets ne représentent qu’une faible part dans l’aide pour le commerce totale distribuée. En moyenne pour la période 2016-2017, seulement 24% (soit 12 milliards de dollars) du total de l’aide pour le commerce intégrait une perspective genre. En d’autres termes, 76% de l’aide pour le commerce distribuée sur cette période ne prenait pas en compte l’objectif d’autonomisation économique des femmes. Cependant sur le long-terme, la part d’aide pour le commerce intégrant une perspective genre est en augmentation puisqu’elle est passée de 9% (soit 3 milliards de dollars) en 2006-2007 à 24% pour 2016-2017.

Toutefois, lorsque les secteurs d’activité sont pris en compte, l’intégration d’un objectif d’autonomisation économique des femmes diffère sensiblement. Par exemple, pour la période 2016-2017, plus de 45% (soit 5,5 milliards de dollars) de l’aide pour le commerce distribuée dans le secteur de l’agriculture intégrait une perspective genre. Au contraire, pour les secteurs de l’énergie et des communications seulement 14% de l’aide pour le commerce avait un objectif d’autonomisation économique des femmes. Entre les deux, les secteurs des politiques commerciales, du transport, de l’industrie et de la finance/business se tiennent entre 25 et 17%.

À ce jour, aucune recherche ne permet d’établir l’origine de ces différences dans la distribution de l’aide pour le commerce intégrant une perspective genre par secteurs, mais plusieurs hypothèses peuvent être émises.

Une première hypothèse tient à la représentation des sexes dans certains secteurs: peut-être les femmes représentent-elles une part plus importante des travailleurs dans le secteur agricole, par comparaison aux secteurs de l’énergie ou des transports?

L’autre hypothèse tient aux types de projets et à la possibilité d’intégrer une perspective genre dans ceux-ci. Par exemple, les programmes de micro-finance et de formation professionnelle, fortement représentés dans les secteurs agricoles, industriel ou de la finance/business, la participation d’un nombre important de femmes suffit à donner une perspective genrée à cette intervention. Par contre, les projets de construction, lorsqu’ils sont finalisés bénéficient aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

N’est-il alors pas plus compliqué d’établir un objectif d’autonomisation économique des femmes dans ces projets? Face à cette interrogation, certaines initiatives mettent en place des quotas pour intégrer des femmes parmi les ouvriers participant aux chantiers de construction.

Dans d’autres cas, les femmes sont encouragées à participer aux processus de décision dans la préparation des projets d’infrastructure. Cependant, ces projets ne semblent pas représenter une majorité au vu de la faible part d’aide pour le commerce intégrant le genre dans les secteurs de l’infrastructure.

Ainsi, il reste encore une marge de progression importante dans la prise en compte de la perspective genre dans l’aide pour le commerce par les bailleurs de fonds.

 

[i] Musumeci, M. , K. Miyamoto, (2019). Emerging Lessons from Aid for Trade in Support of Women’s Economic Empowerment, in Aid for Trade at a Glance 2019, OECD-WTO, https://www.oecd.org/dac/aft/aid-for-trade-at-a-glance-22234411.htm

 

[ii] Kumar, R., (2017). Targeted SME financing and employment effects : what do we know and what can we do differently? (English). Jobs working paper; issue no. 3. Washington, D.C. : World Bank Group. http://documents.worldbank.org/curated/en/577091496733563036/Targeted-SME-financing-and-employment-effects-what-do-we-know-and-what-can-we-do-differently


[Femmes] Academic

Women directors contribution to organizational innovation: A behavioral approach

Mariateresa Torchia, Andrea Calabrò, Patricia Gabaldon, Sadi Bogac Kanadli

Article in press in Scandinavian Journal of Management

The number of women on corporate boards continues to slightly increase worldwide. Norway has the highest percentage of board seats filled by women (40,1%). However worldwide, this is an exception due to a 40% gender quota restriction that came into force in 2008. In fact, the percentage of board seats occupied by women in Canadian, US, the majority of European, and the
Asia-Pacific Stock Index Companies are lower than 30%. Thus, especially in Europe, increasing the number of women on boards is a target specified in policy makers’ agendas (e.g., quota laws in Italy, Spain, Iceland, France, and Germany, and EU 2020 Targets).

Having in mind this landscape, many studies have investigated the effect that women directors might have on firm performance, often presenting contrasting results about the positive, negative or non-impact of women directors on firm performance.
In order to make clarity on the impact that women directors might have on firm performance, the article published in the Scandinavian Journal of Management, by Prof. Mariateresa Torchia and colleagues, aims at understanding the contribution of women directors to the level of organizational innovation. Specifically drawing from behavioral theory of the firm and using data
from 341 Norwegian companies, they found out that having more women directors is beneficial for the companies as they are able to impact positively the level of organizational innovation.

This positive effect on organizational innovation comes from two sources:

  • the greater presence of women on boards introduces different perspectives
  • views to the decision-making process (cognitive conflict) and increases the level of preparation and involvement of all directors in the board meetings. In both cases, more gender diversity on boards results in a very positive outcome.

From this perspective, as long as women directors have the chance to actively participate in board discussions and present their perspectives, boards may benefit from their women directors’ talent in making strategic decisions.

This study offers interesting managerial insights indicating the importance of women directors ‘contribution to strategic decisions (organizational innovation) given that an open board atmosphere or supporting activities are provided.

If gender diversity on boards leads to organizational innovation through women’s contribution to cognitive conflict and greater preparation and involvement, the contribution of diversity to organizational innovation can easily be reinforced on boards. In particular, supporting activities should consider efficient ways of sharing board meeting agendas and of course providing necessary documents and information prior to board gatherings. Information about the firm is possessed and controlled by the CEOs,
who might not be willing to share this information with particularly new directors, to preserve his or her power on the board.

It might be important for firms to have third parties, for instance, a board committee, to facilitate the flow of all required information to directors before board meetings. Likewise, to facilitate open and free task-related debates, corporate leaders might
consider separating the chairperson a?d CEO positions, as powerful CEOs may be willing to demonstrate his or her power by opposing the directors’ perspectives, ideas, and opinions.

By Mariateresa Torchia


[Women] Maty Diouf

Entretien avec une Femme engagée, Maty Diouf

Par Patricia Cressot.

Rencontrée par le biais de l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises (FCE) de Nice, et Maître Marielle Walicki, Maty Diouf est une femme discrète, de conviction et de force de persuasion qui mène à biais ses projets professionnels et ses combats de cœur.

Son parcours et son poste actuel fait d’elle une femme engagée et une porte parole sans conteste: Adjointe au Maire de Nice, en charge de la Francophonie, du Droit des Femmes, de la Lutte contre les Discriminations, de l’Egalité ; Conseillère Métropolitaine du Droit des Femmes, Membre titulaire à l’Association Internationale des Maires  francophones (AIMMF), Présidente de l’association Passerelle.

De double culture, originaire du Sénégal d’où elle puise sans doute son énergie africaine, ayant grandi en France avec un  cursus en communication & évènementiel, elle est engagée avec détermination sur les projets départementaux et de la ville sur l’égalité des Droits de la femme, de l’accès aux Droits et respect de la dignité, de l’Egalité professionnelle et mettre la femme en avant devant les instances départementales.

 

Maty, quelle est l’importance pour vous du combat des femmes ?

De façon solennelle, l’égalité et la justice sont sans conteste au cœur de la promesse Républicaine. C’est un combat essentiel, pour une meilleure justice. Les femmes représentent la moitié de l’humanité. En tant que femme j’y suis sensible. Si j’arrive à combattre à faire ce que je fais, grâce aux combats des femmes qui nous ont précédés, tantes et grands-mères. Le fait d’être une femme, est déjà dans certains pays est déjà un  combat pour notre liberté, nos droits et nos aspirations.

 

Pensez-vous pouvoir aider par le biais des collectivités ?

Nos collectivités territoriales ont tout naturellement un rôle majeur à jouer dans ce combat, parce que le souci de l’équité nous anime en permanence et parce qu’elles ont ce devoir d’accompagner ce combat, de protéger et assoir les principes républicains. Ces organes ont la confiance du peuple.

Elles sont les sentinelles des valeurs républicaines : Egalité, Liberté, Fraternité et…le Respect  de la diversité.

C’est au quotidien que j’engage l’ensemble de nos services dans cette lutte, grâce à un appui, forte de la légitimité et du soutien indéfectible de Christian Estrosi, Maire de Nice et Président de la Métropole Nice Cote d’Azur.

J’engage avec le Directeur de nos services, l’ensemble de nos agents dans cette lutte contre les discriminations en général et contre les inégalités entre l’homme et la femme en particulier.

A cet effet, j’ai créé en avril 2014 une délégation aux Droits des femmes et à la Parité pour la ville de Nice. J’ai voulu que nous soyons l’une des premières villes à signer le 8 mars 2012 la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale proposée par le Conseil des communes et régions d’Europe (CCRE), suivis par la Métropole Nice Côte d’Azur le 17 avril 2012 et par le Centre Communal d’Action Sociale le 27 juillet 2015.

Avec acharnement et 6 mois de préparation, et toujours le soutien du Maire, j’ai fait venir ELLES ACTIVES à Nice. Pour un résultat au-delà de nos attentes : 600 femmes ont assisté aux ateliers de coaching. Les femmes savent se réinventer, les femmes sont inspirantes.

 

Quelques…. Chiffres.

 

Dans le Département des Alpes-Maritimes, il est à constater un nombre important de femmes victimes de violences.

Les femmes représentent, sur ce territoire, 40% des personnes hébergées au sein des structures d’hébergement, la moitié pour cause de violences conjugales ou familiales (le département des Alpes-Maritimes reste l’un des plus touché par ce fléau).

 

Au 1er janvier 2019, 90 femmes sont tuées ou assassinées par leur conjoint ou ex conjoint. Ce chiffre est absolument insoutenable et légitime encore plus le combat et celui de tous. Nous ne gagnerons cette guerre, qu’ensemble réunis, Homme et Femme. La Question des droits des Femmes concerne l’ensemble des populations, il est primordial d’y associer les hommes.

 

 

Quel est le rôle de votre délégation au sein de la Mairie de Nice?

Lorsqu’on regarde ces chiffres et la nécessité d’intervenir, on comprend rapidement l’importance de ma délégation. Le rôle de ma délégation est de conduire et d’accompagner les politiques publiques de la lutte contre la discrimination, de l’égalité et du respect.

 

Concrètement et à ce titre qu’une mission, j’ai créé une mission pour le droit des femmes et prévention de harcèlement qui se concrétise par interventions auprès jeunes, des actions, une sensibilisation auprès de la population. Sur les sujets de l’emploi, la formation professionnelle, la lutte contre les violences faites à l’égard des femmes, l’égalité femme-homme.

 

 

D’autre part, ce qui me semble important est de donner une impulsion « politique » en faveur des droits des femmes en participants activement aux commissions, conférences, forums et plateformes mettant en valeur la femme.

 

 

Elle n’oublie pas ses origines,  l’Afrique, Terre d’énergie.

Invitée d’honneur, je suis heureuse d’avoir soutenue mon amie et organisatrice Djelicka YEO, à l’organisation du FIED (Forum des Femmes Indépendantes Entreprenantes et Dynamiques) en 2019 à Abidjan.

Elle m’a remis un Prix d’Excellence.  Ce forum a toute sa place et son importance en Afrique, dans une société matriarcale, et l’entreprenariat féminin aide les femmes à devenir indépendantes financièrement, à s’automatiser.

Comme disait Leopold Sédar Senghor, « Chacun doit s’enraciner dans les valeurs de (…) sa nation  pour s’ouvrir aux autres nations (…)  pour s’épanouir et fleurir »

 

Un dernier Mot ?

J’aime à me définir fondamentalement africaine, profondément française, totalement niçoise.

 

*

Ma rencontre avec Maty, est un esprit, une cohésion, un même combat, le droit des femmes.

Le droit des femmes est encore un long processus et nous avons encore beaucoup à apporter sur les plans politiques, économiques, sociales et humains.

Pour reprendre ses termes, la cohésion est la clé de réussite de ce combat, celui des femmes,

le socle d’un nécessaire «  vivre ensemble » dans le respect.


[Art] Talk

Discussion sur l’Artiste et la Femme, une prédisposition?

Par Karin Fellinger

Avec Patricia Cressot, je m’interroge sur la participation singulière des femmes
dans une démarche artistique.

Je ne crois pas forcement que les femmes possèdent une sensibilité artistique
différentes de celles des hommes.
Tout est une affaire de travail, de recherche, de tâtonnement, de patience, de
discipline et de technique.
L’Art pariétal de la grotte de Lascaux est une œuvre magistrale, possiblement issue
d’un esprit féminin, guidé par une main féminine.
Tout comme l’artiste anonyme de la grotte, mon travail est le résultat d’une
combinaison hasardeuse.
Les petits et les grands plaisirs de l’existence, dans le Sud, sont les fruits ensoleillés
d’une vie paisible et d’une douceur de l’être.
En tant que femme, suis-je « moléculairement » prédisposée à la sensibilité, à la
beauté, à l’harmonie et la célébration du sublime ?
Je ne le crois pas.

Opposition
C’est principalement une question de liberté et d’indépendance.
Le processus créatif n’est pas sexué.
Liberté acquise et indépendance conquise m’ont permis de peindre.
Je suis un esprit indépendant dans un corps de femme libre.
Je suis une artiste peintre.

Karine Fellinger, le vendredi 2 août 2019

INSTAGRAM /FACEBOOK fellingerkarinstudio

*BIO Karine Fellinger

 » Autrichienne par mon horizon généalogique et française par le biais du mariage, les premières années furent marquées par l’enchantement de la culture pastorale associé au parisianisme culturel euphorique. Les années juvéniles s’évanouissent au fur et à mesure des naissances qui se succèderont trois fois.
L’installation dans le sud de la France constitue une nouvelle rupture existentielle. La lumière cristalline des horizons pastels, les contrastes chromatiques de la nature et les fragrances saisonnières produiront des effets sensibles dans mon rapport au monde. C’est l’origine du  kaléidoscope pictural de mon travail.

Mon travail s’attache à saisir l’évocation d’un paysage, d’un portrait ou d’un objet commun. Cette évocation est une distance conceptuelle avec le sujet. Je ne me considère pas comme étant une naturaliste ou un peintre spécialisé dans la description idéalisée de l’environnement. Ma sensibilité envers la nature est constitutive dans mes œuvres. Le choix des éléments biologiques utilisés pour la création, rassemble des matériaux issus de l’environnement parmi lesquels on retrouve de la cire d’abeille, de.la toile brute biodégradable .des pigments naturels ou du sable ocre issus des carrières du Luberon.

L’utilisation des matières naturelles, compactes, dissociées ou assemblées, rend possible une scénographie gestuelle spontanée et instinctive. Le mouvement du corps et ses circonvolutions est également impliqué dans l’élaboration créative.
Jetés sur la toile, les éléments naturels sont magnifiés par les flous des tracés et des formes. La combinaison compulsive des forces créent les formes. Elles se juxtaposent jusqu’à l’achèvement. 
Peindre c’est essentiellement gratter, ajouter, effacer, cacher, salir, blanchir, brosser, retrancher, refaire… 
Mais, peindre c’est aussi pleurer, s’émouvoir, rater, recommencer, s’énerver, s’impatienter, durer, se tromper dans un rythme cadencé par un quotidien carencé et toujours insuffisant. 
Peindre c’est créer de l’abstraction.
Je reconstitue le sujet avec les mêmes composants qui façonnent la nature comme la terre qui est chauffée à vif par les morsures du soleil. Je préfère conserver à l’esprit les sensations éruptives qui génèrent une peinture. 
Une toile peut être réalisée en une heure comme en une journée, voire parfois en un mois. Combien de temps faut-il à une fleur pour exister dans la nature ?

L’aspect sculptural de mes tableaux est largement influencé par les peintres abstraits, en particulier par ceux de l’immédiat après guerre comme Dubuffet et Tapies. C’est mon deuxième arbre généalogique. »


[Philo] Femme

Hommage à Hypatie d’Alexandrie

Par Christian Carbone

 

A Alexandrie au 4ème siècle, Hypatie,  mathématicienne et astronome
et philosophe, dispensait un enseignement public, aux frais ou au service
de l’État.
Elle expliquait « Platon ou Aristote ou tout autre philosophe »
(selon le néo-platonicien Damascios).

La participation à ses cours était libre. D’autre part, Hypatie donnait sans doute des séances privées (idia), en Cénacles, auxquelles assistaient Synésios et ses condisciples.
Elle prônait la tolérance entre les chrétiens dogmatiques et les néoplatoniciens.
Cela explique que Cyrille d’Alexandrie, en poste depuis 412, ne se soit rendu compte qu’en 415 de la popularité d’Hypatie, ce qui déclencha sa terrible jalousie et ordonna une cruelle et horrible vengeance de la part des fanatiques chrétiens (les mêmes qui incendièrent la Grande Bibliothèque d’Alexandrie) et ainsi fit d’elle « la première martyre – philosophe » …
Elle devint, au cours des siècles (surtout, XIX°, XX°, et même XXI° siècles), une véritable égérie de la cause féministe …

Au XV° siècle, Christine de Pizan reprit, avec brio et lucidité remarquables, quelques thèses d’Hypatie et affirmera que : « ce n’est pas le murmure, la rébellion contre les lois ou usages établis, c’est l’énergie personnelle, l’effort constant pour parer au mal : l’éviter, si possible, l’atténuer, si on ne peut l’anéantir, ou le subir avec courage, s’il est plus fort que la volonté humaine ».
L’on soulignera cet « embryon de féminisme » dans ce passage dans « La Cité des Dames ».

Depuis ce temps, le féminisme s’est fixé pour objet essentiel, l’autonomie des femmes, la possibilité de quitter un statut de « mineures à vie » et d’être reconnues comme des individus à part entière …

Les obstacles furent nombreux et virulents ! Illusion grossière des combats du « Siècle des Lumières » … Les propos tenus par Rousseau, Cabanis, Montesquieu, entre autres, sont d’une perfidie machiste intolérable ! Je n’en veux pour témoin que cette sentence de Viry : « L’éducation de la femme est différente de celle de l’homme, puisque l’existence de la femme n’est qu’une fraction de celle de l’homme » .
Nous y voici, donc ! Les vieux démons nichés au tréfonds des inconscients des morales dogmatiques chrétiennes resurgissent ! La Genèse, telle une taupe sournoise, fait loi …
Création de l’homme

« Le Seigneur Dieu façonna l’homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Genèse 2.7)
Création de la femme

« Alors le Seigneur Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme, qui s’endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Le Seigneur Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme, et il l’amena vers l’homme. » (Genèse 2.21-22)
« L’homme dit : Cette fois c’est l’os de mes os, la chair de ma chair. Celle-ci, on l’appellera « femme », car c’est de l’homme qu’elle a été prise. » (Genèse 2.23)
« Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait : c’était très bon. » (Genèse 1.31)

En 1790, Condorcet, plus nuancé,  dénonce avec force que :
« la « nature » des femmes n’est que le produit d’une succession de coutumes imposées ».
Il ajoute que :
« Je dénonce le rôle des prêtres : ils soumettent la sexualité et l’esprit des femmes à une autorité qu’on ne leur demande pas de comprendre, ils les préparent à la servitude » .
Dans ce court aperçu de la pensée philosophique « féminine/iste », une seule phrase de Choderlos de Laclos me paraît essentielle et sonne comme un appel :
« N’attendez point des secours des hommes, auteurs de vos maux.
Apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution ! »
D’autre part, en 1785, Madame de Coicy réclame une réforme globale de la loi civile
et religieuse :
« Les Français, dites-vous, sont un peuple libre et, tous les jours, vous souffrez que
13 millions d’esclaves portent honteusement les fers de 13 millions de despotes ! »
« On » lui fera « payer » amèrement ces mots lourds de révolte …

 

Et aujourd’hui …

Les femmes philosophes sont les égales des hommes philosophes. Elles n’ont rien à leur envier du point de vue de la raison ni de l’argumentation. Pourtant, aucune histoire de la philosophie ne leur accorde la place qu’elles méritent. Elles demeurent dans l’ombre de leurs homologues masculins : Mary Wollstonecraft est éclipsée par Godwin, Germaine de Staël par Benjamin Constant, Flora Tristan par Marx, Rosa Luxemburg par Lénine, Hannah Arendt par Heidegger, Simone de Beauvoir par Sartre.
La prédominance des préjugés sexistes ne suffit pas à expliquer cet oubli.
Mais, il y a plus : les femmes philosophes sont des dissidentes.
Elles s’opposent non seulement à l’ordre politique arbitraire mais aussi à l’arbitraire de leur propre camp. Elles sont les dissidentes des dissidents. Elles ont fait le choix de dire non à leurs camarades de combat lorsqu’il leur a semblé que ceux-ci se trompaient.
Elles ont en commun ce combat : la volonté de transformer le monde.

Une évidence : le monde change à une vitesse ahurissante et bouscule violemment tous les concepts auxquels nous nous étions « habitués …

Autre évidence : Toutes les cultures sont différentes. Ainsi, les luttes différent …

Néanmoins, partout dans le monde, des combats acharnés se poursuivent, menés brillamment par des femmes remarquables …
Quelques hommages respectueux … :
Gayati Spivak – Inde – (1942 -)
Intellectuels et transparence
Simone de Beauvoir (1908 – 1986)
Auteur du célébrissime « Le deuxième sexe » (oppression des femmes et patriarcat)
Hannah Arendt (1906-1975)
« l’action politique est un moyen d’atteindre la liberté »
Maria Zambrano (1904 – 1991)
Philosophe de la génération espagnole de 36 (guerre civile !)
Simone Weill ( 1909 – 1943)
Travail sur l’absence, l’affliction et la beauté
Mary Wollstonecraft (1759 – 1797)
Précurseuse du féminisme – Education égale pour toutes et tous …
Maria Lugones
Philosophe qui développe le concept de la colonisation du genre

Catharine Mac Kinnon (1946 -)
Militante activiste radicale (harcèlement sexuel et pornographie)
Sally Haslange (1951 -)
Travail sur la construction sociale de la race et du genre
Talia Mae Bettcher (1951 -)
« Transphobie et féminisme »
Philippa Foot (1920 – 2010)
Ethique de la vert contemporaine
Omolara Ogundipe Leslie (1940 -)
Féministe nigériane – Oppression des femmes africaines
Gloria Anzaldùa (1942 – 2004)
Concept des « frontières »
Judith Jarvis Thomson (1929 -)
A defence of abortion
Susan Muller Okin (1940 – 2004)
Philosophe féministe libérale – Nouvelle-Zélande
Perception du genre dans le contexte sexiste de la famille
Hortense Spillers (1942 -)
Travail sur la structure familiale présumée matriarcale dans les communautés noires
Harriet Taylor Mill (1807 – 1858)
Violences domestiques
Alexandre Kollontai (1872 – 1952)
Révolutionnaire communiste russe préconisant l’amour libre
Linda Martin Alcoff (1955 -)
Philosophe panaméenne, spécialiste du féminisme, critique du concept de race et de l’existentialisme
Luce Irigaray ( 1930 – )
« Utilisation du langage à l’usage des femmes »
Bell Hooks (1952 – )
« De l’impossibilité du féminisme à rendre les femmes et les hommes égaux,
car les hommes ne sont pas égaux dans la société occidentale »
Kathryn Sophia Belle (1970 -)
Créatrice du Collège des femmes noires philosophes. Identité de la féminité noire dans la lutte contre l’oppression
Martha Nussbaum (1947 -)
Distinctions factices imposées par la hiérarchie sociale
Judith Butler (1956 -)
La sexualité, le sexe et le genre sont construits culturellement et le genre est performatif
Eve Tuck
Chercheuse Inuït. Colonialisme en rapport avec l’éducation
Ruth Barcan Marcus (1921 – 2012)
Philosophe et logicienne américaine (logique modale, conflit moral, …)
Lory Janelle Dance
Vision macrocosmique des situations sociales
Rae Langton (1961 -)
Ethique animale
Donna Haraway (1944 -)
Ecologie, animalité, filiation, …
Patricia Churchland (1943 – )
matérialiste éliminativiste connue pour ses travaux sur la neurophilosophie et la philosophie de l’esprit
Lisa Delpit (1952 -)
Dépassement de l’idée d’autrui
Elizabeth Anscombe (1919 – 2001)
Philosophe analytique. Conséquentialisme et éthique de la vertu contemporaine
Wendy Brown (1955 – )
Théoriste critique contemporaine
Chandra Talpade Mohanty (1955 – )
Affirme la nécessité de constituer des projets politiques communs entre les féminismes du Tiers-monde et de l’Occident
L’icône :
Angela Davis
Philosophe et activiste politique (Black Panthers).
« La grande dame » américaine …

Et, enfin, je ne résiste pas à l’envie de citer :

Andrea Dworkin (1946 – 2005)
L’américaine Andrea Dworkin était une féministe radicale qui soutenait que
la pornographie était responsable de la violence que subissaient les femmes.
Quand on lui a demandé comment elle aimerait qu’on se souvienne d’elle, elle a répondu :

« Dans un musée, quand la suprématie masculine sera morte, j’aimerais que
mon travail soit un artefact anthropologique d’une société primitive disparue »

 

Christian Carbone*

 

*Après quelque temps passé en Sorbonne et à l’Ecole du Louvre, Christian part en direction d’une prestigieuse galerie, avenue Matignon à Paris.
Après un projet où il fait quelques tours du monde pour promouvoir notre cher Minitel français, il revient en France dans le monde de la publicité et travaille pour les plus grands (Havas, BDDP, Public Advice,…).
Il prend ensuite la Direction de la communication de la CCI de Champagne-Ardenne et de l’ACFCI.
Une nouvelle tranche de vie dans l’art et au Maroc, avec 12 ans de vie tangéroise avec 2 galeries (Tanger et Assilah). Il donnera aussi des cours de philosophie aux classes « prépa » au Lycée Regnault de Tanger et sera un grand »précepteur ».
Retour en France pour 2 ans de direction de « Riviera Gallery » à Nice.
Aujourd’hui, son nouveau projet est une galerie boutique appelée « la p’tite galerie » villefranchoise et Heart-Monaco, un projet phare et novateur.
Il continue à transmettre la bonne parole philosophique avec des cours particuliers de philosophie à Menton et Monaco (Sciences-Po et ENA).