[Impact] Capital

[Impact] Capital

by Pascale Caron

Entretien avec Imène Maharzi fondatrice de OwnYourCash.

Diplômée de HEC en 2000, Imène travaille depuis plus de vingt ans dans le domaine de l’investissement. Elle a commencé au service de fonds d’investissement chez Arthur Andersen, puis est devenue investisseure à partir de 2006 chez Butler Capital Partners, pendant cinq ans.

Grâce à son expérience dans l’entreprise de son père, de 15 à 19 ans, elle est confrontée très tôt à des questions opérationnelles et commerciales, et décide à son arrivée à HEC de mentorer toutes sortes d’entrepreneurs. Une bonne façon de mettre son expérience à profit dans un monde préinternet… Depuis 2013, elle investit son temps et son argent dans des start-ups et des TPEs, principalement celles à impact social et environnemental positif. Pendant 3 ans, elle a repris une PME, qu’elle a dirigée et développée, dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris.

En 2018, elle crée OwnYourCash : une plateforme dédiée aux femmes, qu’elles soient salariées, entrepreneures ou Business Angels en devenir. Elle part du constat que les projets fondés ou co-fondés par des femmes ont peu d’accès aux financements. Cette plateforme éducative va les aider à prendre en main leur destin économique. Elle les forme aux bases de la finance et de l’économie, leur donne les clés pour gérer leur argent et le faire fructifier, tout en démystifiant les aspects rebutants. Elle forme également une nouvelle génération de Business Angels, afin de fluidifier l’accès au capital des projets fondés par des femmes, et plus largement des projets sous-estimés par les financeurs classiques (projets à impact, etc.). Elle les engage à aller au-delà des préjugés, à apprendre à détecter des opportunités d’investissement sous-estimées.

Elle est aussi à l’origine du collectif #EllesComptent initié début décembre 2019, qui met en avant des entrepreneures à impact social et environnemental positif, en les exposant aux acheteurs potentiels.

Difficile donc de définir Imène, investisseure, mentor, repreneure, entrepreneure, créatrice de collectif et surement bien d’autres encore ? D’ailleurs pourquoi devrait-on lui mettre une étiquette, « on a la liberté d’essayer différentes choses », n’est-ce pas ?

Tout d’abord une première question à l’investisseure : quelle est la première chose que tu regardes quand tu étudies un dossier ?

En tout premier lieu, je rencontre la personne et je vérifie l’alignement entre ce que je comprends de la vision et les fondamentaux personnels de l’équipe fondatrice. Ce qui les met en mouvement. Je suis focalisée sur les sociétés qui résolvent un problème social et environnemental urgent. Leur vision sociale doit leur être chevillée au corps, parce que mener à bien un projet à impact est très difficile, et les pressions pour s’éloigner du projet initial seront nombreuses au fil du temps, des rencontres etc. Je vois une grande différence en les personnes qui se lancent dans un projet de manière théorique, narcissique ou romantique, « to do well because you want to feel good about yourself » et ceux qui seront les garants absolus du projet ; ceux-là ne dériveront pas de leur ligne de conduite. Je pense à une entrepreneure par exemple que j’adore, mais qui est réellement obsessionnelle sur des sujets qui peuvent nous paraitre banals, parce qu’elle sait que c’est fondamental pour ses bénéficiaires. Il s’agit de détecter ce genre de personnes et créer le climat de confiance pour les aider à réaliser de jolies choses.

Que tires-tu de ton expérience de repreneure ?

C’est une voie sous-estimée par les femmes et notamment des ex-dirigeantes/cadres supérieures, qui ont envie de liberté et de construire sur leurs compétences. Lorsqu’elles décident de quitter les structures où elles travaillent, généralement pour chercher plus de sens, les options leur paraissent assez limitées. Entrepreneure ou salariée ou freelance ? Elles se lancent souvent vers le service, car cela semble moins risqué et moins gourmand en capital au départ, et pour certaines ça marche. Mais j’invite le maximum de femmes à aussi considérer l’opportunité de reprise d’une petite entreprise une peu endormie, la redynamiser, y injecter son réseau, ses compétences, ses valeurs. Parce que partir de la feuille blanche avec un projet à soi, ce n’est pas forcément une voie évidente.  Mais partir avec une équipe, avec un fonds de commerce, avec des produits existants, et les faire évoluer, les embarquer avec soi, cela peut parler à beaucoup !

Avec la crise actuelle, beaucoup de salarié.e.s sont en recherche de sens. Une reconversion, ce n’est pas que se lancer dans une carrière de Thérapeute ou de coach ! Des chemins différents existent. Et la reprise en fait partie.

C’est ce que j’ai fait de 2014 à 2017 : j’ai repris avec un associé, une entreprise familiale fondée il y a 20 ans dans le transport scolaire d’enfants handicapés à Paris. En 3 ans nous sommes passés de 30 à 70 salariés et nous avons triplé le Chiffre d’affaires.

J’ai beaucoup appris de cette expérience. En tant qu’investisseure, je couvrais déjà pas mal de secteurs. J’étais intervenue dans différentes sociétés de transport et je m’intéressais à l’impact sociétal, mais je n’avais jamais eu l’expérience du transport scolaire d’enfants handicapés.

L’entreprise fonctionnait comme une double hélice en matière d’inclusion : on aidait les enfants à accéder à une éducation comme tous les autres enfants, en les accompagnant à l’école. Et on réinsérait aussi des personnes éloignées de l’emploi, ou au RSA, en leur offrant un emploi d’accompagnateur. Dans cette entreprise se focaliser sur la qualité n’était pas une évidence ; mais une forte exigence sur la ponctualité, et l’attention portée aux enfants ont porté leurs fruits !

Cette aventure s’est arrêtée pour moi au bout de 3 ans, mon associé et moi n’étions plus alignés sur la stratégie. Ce départ a été une expérience douloureuse, mais l’expérience au global m’a apporté beaucoup, bien plus que je ne pouvais l’imaginer !

Quel a été le déclencheur pour te lancer avec OwnYourCash ?

 Mi 2017, j’ai donc cédé mes parts à mon associée et le choc de ce départ s’est fait sentir même physiquement. J’ai pris beaucoup de poids en quelques semaines : à vrai dire, je porte encore ce poids-là, donc quelque chose me dit que cette histoire n’est pas tout à fait derrière moi. Ce changement m’a forcée à ralentir et à voir les choses différemment. J’ai repris le mentorat de sociétés à l’automne 2017 et mon activité précédente. Quelques mois plus tard, par hasard, je lis 2 articles sur l’accès au financement des entrepreneurEs de la tech. Des écarts ahurissants (de 50 % à l’époque) dans les montants levés entre équipes masculines vs féminines me sautent aux yeux. J’étais prête à le voir à ce moment-là peut-être, en tous les cas j’ai eu un flash !

J’ai fait le lien avec mes années de mentoring d’entrepreneures. Même si je voyais bien que c’était compliqué pour beaucoup de femmes de trouver du financement, je ne pensais pas que le problème était national et était statistiquement représentatif !

La demande de financement d’une femme est régulièrement plus faible qu’un homme. Cela ne se justifie pas uniquement par la nature du projet ou par un potentiel plus modeste : elles annoncent souvent le chiffre magique de 200 k€. Et j’ai pris l’habitude au fil des années, de contrevenir à cette sous-estimation et de les booster : « Que pourriez-vous faire avec 500 k€ voire 1 M€ ? ». Cela leur ouvre des perspectives, un chemin vers d’autres possibles. Et surtout, me permet de sentir l’ambition qu’elles portent réellement en elles, pas l’ambition qu’on a bien voulu leur laisser avoir.

Le sujet fondamental est, le rapport des femmes à l’argent. Pour moi, c’est la « dernière frontière ». Sans égalité économique réelle, l’égalité en droits entre hommes et femmes reste une illusion.

En matière de Business Angel, beaucoup pourraient se lancer, pas besoin d’avoir fait une école de commerce, d’être pro en finance, ni même d’être entrepreneur.e ou dirigeant.e soi-même. Être Business Angel c’est, être en veille, se former, exercer sa curiosité. Et avoir envie de vivre une aventure entrepreneuriale par procuration. Je pense qu’être Business Angel, c’est le nouveau MBA 🙂

Aurais-tu un exemple de pays que tu considères comme modèle pour la réussite des femmes ?

On ne doit pas être naïfs sur ce qui se passe dans d’autres pays progressistes. On ne doit pas plaquer des « trucs et astuces », sans tenir compte du contexte culturel. On peut voir des choses bien partout, mais globalement si l’expression du machisme est différente, elle est bien réelle. Je suis de culture professionnelle anglo-saxonne. Aux USA, par exemple, le sort des femmes même sur les côtes n’est pas idéal: même sur les tabous autour de l’argent ! Je ne crois pas au pays parfait sur ce sujet.

 Quels sont tes nouveaux challenges ?

La 2e étape d’OwnYourCash est d’accélérer et d’inciter au passage à l’action : « Be a game changer, the world has enough followers ». C’est le slogan que j’avais choisi pour les premiers goodies fabriqués pour OwnYourCash. Régulièrement, je reçois des messages ou croise des personnes me disent « je lis tes newsletters », « je te suis sur les réseaux », en guise d’encouragement ou de compliment. Clairement ce n’est pas mon but, je voudrais qu’ils/elles passent à l’action. Qu’ils/elles apprennent à investir, déploient leur capital, soutiennent des entrepreneur.e.s à impact, ou osent parler d’argent plus librement.

J’aimerais relancer des contenus de formation sur la partie Business Angel, peut-être encore plus courts, et orientés vers la partie impact. Les projets de type ESS sont nombreux, mais peinent encore à trouver les premiers soutiens financiers, et tout le monde n’a pas d’ami.e.s /famille pour investir !

 Quelles sont les personnes qui t’inspirent ?

Je suis réservée sur la place prise par le concept des rôles modèles, je ne vois personne à qui j’ai envie de ressembler : le storytelling de parcours me met mal à l’aise. Cependant j’ai eu la chance d’avoir beaucoup de mentors dans ma vie, souvent des hommes d’ailleurs.

Parlons du fond : Adèle Van Reeth est très inspirante avec ses « chemins de la philosophie » que j’écoute en Podcast. J’aime beaucoup utiliser des métaphores pour expliquer des concepts et ses podcasts me nourrissent beaucoup. Le raisonnement par images m’élève et m’inspire.

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Côté pro, je choisis Jason Calacanis, « Angel: how to invest in technology », un Business Angel un peu fou, le meilleur au monde. C’est un p’tit gars de New York d’origine grecque qui se considère toujours comme tel. Quand on pense qu’il a investi au premier tour dans Uber et depuis, dans 8 ou 9 licornes ! J’ai eu la chance de le rencontrer aux USA quand, à peine 3 mois après avoir lancé OwnYourCash. j’avais monté de toutes pièces, une délégation de de 10 Françaises talentueuses pour participer pendant 5 jours à une conférence Women In tech à San Francisco.

Côté perso, il m’est difficile de faire un choix. Je lis beaucoup et je décide généralement de lire un livre, au hasard à la bibliothèque, souvent en fonction de la couverture. Le hasard est très important pour moi.

Francois Cheng est un Académicien français, né en Chine. Ses livres me font penser à une peinture chinoise, tout en délicatesse en poésie et en retenue : je choisirais « L’éternité n’est pas de trop », par exemple. Mais c’est compliqué d’en élire un, c’est toute son œuvre qui me bouleverse.

Amin Maalouf est un auteur franco-libanais. Puisqu’il le faut, je choisis « Samarcande », c’est le premier que j’ai lu, mais toute son œuvre est formidable.

« Winston Churchill », par François Kersaudy. C’est la seule biographie où j’ai littéralement éclaté de rire : le biographe combine un regard critique et un réel attachement pour le personnage.

Pour finir, parlons de la somme « Incerto » de Nassim Nicholas Taleb, qui mène ses recherches sur le hasard. C’est un ancien trader, pointu en statistiques, devenu philosophe. Dans cette série on compte notamment « Black Swan » qui a été très fameux pendant la crise de 2008. Mon préféré c’est « Skin in the game » : je l’ai lu 2 ou 3 fois. C’est comme une discussion autour d’un thé avec lui. C’est également un personnage très particulier.

 Pour finir aurais-tu une devise ou un mantra ?

 J’en ai 2, un positif et un plus sombre :

« Nothing great was ever achieved without enthusiasm », Ralph W. Emerson.

« Et au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », Albert Camus.


[Femmes] Academic

Women directors contribution to organizational innovation: A behavioral approach

Mariateresa Torchia, Andrea Calabrò, Patricia Gabaldon, Sadi Bogac Kanadli

Article in press in Scandinavian Journal of Management

The number of women on corporate boards continues to slightly increase worldwide. Norway has the highest percentage of board seats filled by women (40,1%). However worldwide, this is an exception due to a 40% gender quota restriction that came into force in 2008. In fact, the percentage of board seats occupied by women in Canadian, US, the majority of European, and the
Asia-Pacific Stock Index Companies are lower than 30%. Thus, especially in Europe, increasing the number of women on boards is a target specified in policy makers’ agendas (e.g., quota laws in Italy, Spain, Iceland, France, and Germany, and EU 2020 Targets).

Having in mind this landscape, many studies have investigated the effect that women directors might have on firm performance, often presenting contrasting results about the positive, negative or non-impact of women directors on firm performance.
In order to make clarity on the impact that women directors might have on firm performance, the article published in the Scandinavian Journal of Management, by Prof. Mariateresa Torchia and colleagues, aims at understanding the contribution of women directors to the level of organizational innovation. Specifically drawing from behavioral theory of the firm and using data
from 341 Norwegian companies, they found out that having more women directors is beneficial for the companies as they are able to impact positively the level of organizational innovation.

This positive effect on organizational innovation comes from two sources:

  • the greater presence of women on boards introduces different perspectives
  • views to the decision-making process (cognitive conflict) and increases the level of preparation and involvement of all directors in the board meetings. In both cases, more gender diversity on boards results in a very positive outcome.

From this perspective, as long as women directors have the chance to actively participate in board discussions and present their perspectives, boards may benefit from their women directors’ talent in making strategic decisions.

This study offers interesting managerial insights indicating the importance of women directors ‘contribution to strategic decisions (organizational innovation) given that an open board atmosphere or supporting activities are provided.

If gender diversity on boards leads to organizational innovation through women’s contribution to cognitive conflict and greater preparation and involvement, the contribution of diversity to organizational innovation can easily be reinforced on boards. In particular, supporting activities should consider efficient ways of sharing board meeting agendas and of course providing necessary documents and information prior to board gatherings. Information about the firm is possessed and controlled by the CEOs,
who might not be willing to share this information with particularly new directors, to preserve his or her power on the board.

It might be important for firms to have third parties, for instance, a board committee, to facilitate the flow of all required information to directors before board meetings. Likewise, to facilitate open and free task-related debates, corporate leaders might
consider separating the chairperson a?d CEO positions, as powerful CEOs may be willing to demonstrate his or her power by opposing the directors’ perspectives, ideas, and opinions.

By Mariateresa Torchia