Interview de Bahia Sharara, co-fondatrice de « Clean Green Monaco ».

By Pascale Caron

 

Bahia est une personne atypique et passionnée comme on les aime. Née à Monaco d’un père libanais, et d’une mère monégasque et italienne, elle a partagé sa vie entre Monaco et le Sénégal. Tour à tour, sportive de haut niveau dans le snowboard, ceinture noire de taekwondo, acheteuse internationale et directrice commerciale au Sénégal, sous-directrice d’une boutique de luxe à Monaco, elle a décidé de co-fonder sa société en 2021.

J’ai donc tout naturellement voulu en savoir plus !

 

 

 

Peux-tu nous expliquer ton parcours ?

J’ai démarré ma carrière à 16 ans en tant que sportive de haut niveau. J’étais snowboardeuse freestyle.

On était un collectif de 3 filles qui avaient commencé toutes petites dans la station d’Auron dans les Alpes maritimes. J’ai un beau palmarès à mon actif, ayant été championne de France en 2000. J’ai remporté l’épreuve, mais mon titre n’a pas été validé. Furieuse j’ai quitté la fédération française et je me suis inscrite au Sénégal. J’ai donc été sélectionnée aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002 pour ce pays.

J’ai eu mon accréditation et puis 2 jours avant les JOs, je reçois un mail du CIO qui invalide la participation des pays sans neige aux Jeux olympiques d’hivers !

Cette histoire est passée sous silence, car il n’y a pas eu de couverture média. On a quand même été médiatisés sur FR3 et on a porté plainte, sans aucun résultat. Nos collègues ont tous porté un brassard noir, mais personne n’en a parlé.

2 ans après le CIO m’a proposé de participer aux Jeux olympiques de Turin, mais j’avais déjà interrompu ma carrière pour blessure et je ne voulais pas juste faire de la figuration.

Les traumatismes m’ont contrainte à écouter mon corps. C’est en 2005 lors d’une exhibition que je me fracture le poignet et la clavicule. J’ai 25 ans et je décide de mettre un terme à mon aventure sportive.

À cette époque je retourne à Monaco chez mes parents et je rejoins une grande boite internationale ou je deviens acheteuse France et Dom Tom en Beach wear et Snow wear. Puis je suis promue directrice commerciale en Afrique. En 2 ans et demi, j’ai ouvert 12 boutiques : c’était très dur, mais très enrichissant. Au bout de 2 ans, enceinte, je décide de rentrer pour accoucher et de quitter mon employeur.

J’ai ensuite recherché un poste similaire. Après avoir structuré le développement commercial d’une multinationale avec des outils équivalents de ceux que j’aurai pu utiliser en France, on m’a refusé ces postes, car mon expérience en Afrique n’avait pas la même valeur !

J’ai donc résolu de changer d’horizon. J’ai rejoint alors Loro Piana. J’ai pris par la suite la sous-direction d’Akris en Monaco en 2013, responsable des VVICs et des VIPs. J’y suis restée 6 ans, en tant que responsable de l’évènementiel, et gérant une clientèle ultra exigeante.

Après mon 2e enfant, je suis tombée malade, et j’ai fait un burnout. J’ai décidé de quitter l’entreprise en 2018.

Finalement, je rebondis 6 mois après. J’accepte un poste à durée déterminée chez Silversea, adjointe de la directrice marketing. Et puis la COVID est arrivée : ça a été un raz de marée dans le domaine de la croisière. Je n’ai pas pu rester.

 

J’ai voulu alors m’enrôler dans quelque chose qui a du sens en me recentrant vers l’essentiel : la planète.

 

Tu es déjà beaucoup investie dans le caritatif en Afrique, n’est-ce pas ?

 

Oui. J’ai depuis toujours vu mon père s’engager dans des œuvres de bienfaisance en Afrique depuis mon enfance. Sa devise est : « quand on réussit, il faut partager ». Avec mon frère, on a créé « Generation hope and dreams ». On a amené des panneaux solaires au Sénégal, creusé des puits, bâtit des écoles. Des villages entiers ont été déplacés lors de la construction de l’autoroute et ils se sont retrouvés, sans eau et électricité.

 

Et puis j’ai eu envie de faire encore plus pour la planète.

 

C’est comme cela que tu as créé ton entreprise ?

 

Avec mon associé, on est parti du constat que laver sa voiture ou son bateau n’était pas anodin. L’ensemble des produits chimiques utilisés finissent inexorablement dans les nappes phréatiques qui sont nos réserves d’eau potable. Monaco étant précurseur dans la greentech, on a établi notre société ici.

Quand on a des enfants, on se doit d’avoir le moins d’impact sur la planète, le plus petit geste compte. Par exemple, dans l’habitacle d’une voiture, par effet de serre les microparticules chimiques et autres perturbateurs endocriniens sont libérés dans l’air ambiant. Ce phénomène est exacerbé par l’utilisation du chauffage continu au sein du véhicule.

Nous avons donc mis au point une gamme de produits 100 % naturels, issus des résidus non toxiques de l’agriculture biologique française. Ils sont créés à partir, d’écorces de citron, et d’épluchures… On a conçu également les services autour de nos produits afin de prouver leur efficacité. Le garage du palais princier, la sureté publique, les pompiers et les carabiniers du prince sont devenus nos clients.

Au départ de notre projet, nous sommes passés par un fournisseur partenaire pour prouver rapidement la traction de notre concept et démontrer les effets profitables de celui-ci à la Principauté. Depuis nous sommes en R&D pour créer nos propres formulations. C’est la raison pour laquelle nous sommes actuellement en levée de fonds. Nous satisfaisons un grand nombre de critères d’Objectifs de Développement Durable (ODD). On est convaincus que ça vaut la peine et qu’on ne doit rien lâcher !

 

Quelles sont les personnes, qui-t ont inspirées dans ta carrière ?

Mes parents bien sûr, qui se sont faits tout seuls, comme mon père, ostéopathe à Monaco qui a toujours été un travailleur acharné et nous a montré la voie.

Je citerais également Alyson Felix, une athlète américaine qui a été discriminée lorsqu’elle est tombée enceinte. Elle a créé elle-même sa marque quand ses sponsors l’ont lâchée.

 

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Mon livre de chevet est « L’alchimiste » de Paolo Coehlo. C’est un ouvrage hyper positif qui te force à garder l’esprit ouvert. Il te montre qu’il faut surmonter les échecs pour apprécier les victoires.

 

Quelle est ta devise ?

« Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». Je l’ai appris dans le sport de haut niveau. C’est une école de la vie qui t’enseigne que la réussite tu la dois à toi même, et que rien ne sert de marcher sur la tête des autres !

 

À méditer.