Interview de Virginie Tissinié, créatrice de Grand Atelier.

By Pascale Caron

Cette passionnée de mode et de couture a eu envie de réaliser son rêve à l’aube de ses cinquante ans. Elle fabriquait depuis toujours des vêtements pour son plaisir personnel avec des tissus d’exception. En 2020 elle a voulu fonder sa marque, « Grand Atelier » dans les beaux habits et les belles matières.

À l’ère de la production de masse, rapide et peu chère, associée à une prise de conscience globale du défi environnemental, Grand Atelier se veut éthique et responsable. En récupérant de coupons de tissus inutilisés, provenant de grandes maisons, elle permet d’éviter la pollution et le gaspillage.

« Grand Atelier » conçoit, en France, des pièces uniques, en taille unique, dans les règles de l’art de la Haute Couture française. Les modèles sont réalisés en faibles quantités ou sur commande, sans aucune surproduction. Tout est exploité, car les chutes de tissus sont destinées à la confection d’accessoires.

 

Peux-tu nous parler de ton parcours ? Comment as-tu créé ta société ?

Depuis toute petite j’ai toujours été passionnée par la mode. Mais mes parents ne m’ont pas poussée à vivre ma passion. En bonne élève j’ai fait des études qui ne m’ont pas passionnée et je me suis retrouvée en BTS par dépit. J’ai ensuite bossé en tant que conseiller financier pendant 5 ans, puis à la Chambre de Commerce et de l’Industrie en 2001.

Je venais d’avoir ma fille. J’y suis restée 6 ans sous la coupe d’un manager qui ne me permettait pas d’évoluer sereinement. J’ai eu envie d’un break et j’ai pris une année sabbatique, une décision inconcevable à l’époque.

Je me suis rendu compte très vite que je n’étais pas faite pour ne pas travailler ! J’ai tenu un an. Mon mari qui avait une agence immobilière rencontrait des problèmes avec ses employés et m’a demandé de m’investir avec lui. C’était en 2009, et j’ai démarré à mi-temps pour avoir la liberté de m’occuper de ma fille. J’y suis restée pendant 10 ans.

À 19 ans ma fille est partie faire ses études à l’étranger, et j’ai réfléchi. « Maintenant, c’est mon tour ! »

Mon mari m’a suivi et j’ai décidé de créer ma société. Je n’ai pas eu à me poser beaucoup de questions. « Grand Atelier » est arrivé comme une évidence. Depuis 5 ans j’utilisais de coupons de grandes maisons pour m’habiller. Autour de moi mes amies me disaient « j’adore ce que tu portes ».

Sophie Palacios qui avait fondé « Le grand Bain », le 1er site qui vous accompagne dans votre révolution professionnelle, me conseille de me lancer. Nous avions travaillé ensemble à la CCI. Elle me pousse à faire le parcours entrepreneurial de l’IRCE pendant 4 mois.

Au départ « Le Grand Atelier », c’était une marque de chemise pour femmes, en taille unique, coupées dans des tissus de grands couturiers. Je rencontre à l’époque ma couturière avec qui je collabore encore aujourd’hui qui est spécialisée dans les finitions haute couture.

J’ai créé ma société en janvier 2020, juste avant la pandémie. J’avais l’insouciance de celle qui ne savait pas, que le monde aller s’arrêter, quelques mois plus tard. Bizarrement, cette période de confinement a été très positive pour moi. J’ai rencontré une influenceuse de ma génération qui a fait un post sur son compte @vibeshunter, Florence Cazal.

J’ai vendu l’intégralité de ma collection en quelques heures. Je n’avais pas encore créé le compte de ma société ! Ce démarrage en trombe m’a donné confiance. J’avais prévu d’organiser un événement sur Nice et j’ai même été obligée de demander à mes clientes de me prêter les modèles qu’elles avaient achetés pour faire la première exposition.

C’était juste avant la COVID, je m’étais fait connaitre et pendant les multiples reconfinements, mes clientes ont recommandé. J’ai donc étoffé la collection, avec d’autres chemises, mais aussi des vestes et des manteaux, etc. J’ai pu créer une dizaine de modèles qui se sont très bien vendus.

Après cette première année qui avait démarré sur les chapeaux de roues, la 2e a été plus calme. Je devais par conséquent changer quelque chose et agrandir mon auditoire. Je me suis formée sur Instagram grâce à un coach, Géraldine Dormois. Elle m’a conseillé d’incarner la marque et de me mettre plus en avant, chose qui me rendait mal à l’aise. Mais je l’ai fait !

J’ai également adressé des pièces à des journalistes, certaines ne m’ont pas répondu, d’autres m’ont renvoyé la pièce, mais une d’entre elles, Sophie Fontanel a été déterminante. Elle est journaliste et écrivaine. Elle a été rédactrice en chef adjointe de Cosmopolitan, grand reporter pour ELLE, et animatrice sur Canal+. J’ai envoyé une pièce à son attention à sa maison d’édition. Comme mes créations ont des tailles uniques, elles ont la particularité d’aller à tout type de femmes.

Elle a mis un mois à récupérer le paquet, mais quand elle l’a reçu, elle m’a fait un post de dingue sur Instagram. En 2 h, j’avais gagné 400 abonnés. Quelque temps plus tard lors de mon 1er Pop-up à Paris des clientes m’ont dit avoir été convaincues par ce post. Ma plus grande fierté est qu’elle a porté ma chemise à 4 reprises dans des événements, c’était très flatteur !

Pour me faire connaitre, j’ai donc décidé de faire des pop-ups, tout d’abord à Nice et après à Paris en décembre 2021. C’est à Paris que j’ai fait la rencontre de mon public. J’y gagne des clientes qui me sont fidèles et qui achètent ensuite sur mon site. J’habille la femme du 36 au 42, c’est ma grande fierté, car j’ai beaucoup travaillé sur ce concept de taille unique. J’ai fait beaucoup d’essais pour y arriver.

Je ne regrette pas de m’être lancée, même si aujourd’hui je ne me dégage pas encore de salaire, je suis à l’équilibre. Je suis contente du résultat : je suis dans un monde qui me plait. L’entrepreneuriat n’est pas un long fleuve tranquille. Certaines anciennes amies n’ont pas compris pourquoi je créais ma marque et se sont détournées de moi. Si au début cela m’a fait du mal, c’était pour le mieux. Il faut savoir s’entourer d’ondes positives et pas de briseurs d’ailes !

Quels sont tes prochains challenges ?

Ma collection s’exporte ! Elle va partir au Luxembourg. Là-bas, ils sont en manque d’offre qui sort du mainstream type Zahra ou H & M, sans être pour autant des pièces hyper luxueuses.

J’organise aussi un pop-up fin décembre à Paris, 4 rue de Babylone, chez « Smukke Concept Store », un endroit que je connais bien. Je vais y exposer ma collection pour les fêtes.

 Quelles sont les personnes qui t’ont inspirée ?

Ma grand-mère maternelle a été une femme incroyable qui a eu de multiples vies et qui n’avait peur de rien. Elle avait une grosse personnalité, très indépendante. Elle était une grande amoureuse et a épuisé 3 maris. Elle a travaillé dans le monde de la mode, a participé au lancement de playtex. Elle a également travaillé à New York et était devenue experte internet à Paris. Elle avait fait des études de philosophie ce qui n’était pas commun pour une femme de sa génération. Elle était très exigeante avec nous et nous poussait à ne pas faire n’importe quoi. « Tu as la chance d’être là, fait en quelque chose ! N’aie pas peur d’être une femme ! ». Avec mon mari nous appliquons encore sa devise « La vie est un banquet, autant se servir ». Elle est décédée en 2013.

Une autre source d’inspiration c’est ma fille qui me dit toujours « You’re not too old and it’s not too late ».

Aurais-tu un livre à nous conseiller ?

Je fais partie d’un club de lecture, donc j’en lis beaucoup. Celui qui m’a le plus ému cet été c’est « La carte postale » de Anne Berest, Grand Prix des Lectrices d’ELLE 2022. Il renvoie à une histoire familiale qui m’a beaucoup fait pleurer. Ce livre est à la fois une enquête, le roman de ses ancêtres, et une quête initiatique.

Je lis actuellement « Les gens de Bilbao naissent où ils veulent ». Avec sa plume enlevée, pleine d’images et d’esprit, Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de sa vie, plus romanesque que la fiction. Je vous en dirais plus quand je l’aurais fini, mais c’est très prometteur.

Aurais-tu une devise ou un mantra ?

« Sky is the limit! », je l’aime beaucoup celle-là, et je me la répète chaque jour.

 

A propos de l’auteur : Pascale Caron est membre du bureau MWF Institute et spécialiste de la technologie dans le domaine de la santé. Elle est CEO de la société Yunova Pharma, implantée depuis 2020 à Monaco et commercialise des compléments alimentaires dans la Neurologie. Pascale est également directrice de rédaction de Sowl-initiative.